Une nuit à Rome #3

La fin du deuxième tome d’Une nuit à Rome évoque une promesse. La même qui a antérieurement permis les retrouvailles de Marie et Raphaël. Se revoir, le temps d’une nuit, vingt ans après qu’ils se le soient jurés, aura eu des conséquences inévitables sur leurs existences. L’histoire pouvait se terminer ainsi. Le lecteur aurait laissé libre court à son imagination quant à ce qu’il adviendrait des deux héros. Mais en laissant une porte entrouverte, Jim, l’auteur de cette aventure, se donnait la possibilité de les retrouver. Bien lui en a pris. Nous allons savoir si la promesse va être de nouveau tenue. Une chose est sûre, les dix années passées vont fatalement laisser des marques.

 

À quarante ans, Marie sautait volontairement d’une falaise italienne. Au début de ce troisième livre d’Une nuit à Rome, c’est Raphaël qui côtoie à son tour le repos éternel en subissant un malaise cardiaque sur les mêmes terres. On se retrouve ainsi à entendre ses propres pensées qui résument les raisons pour lesquelles son cœur lui joue un mauvais tour. Et subitement, Marie apparaît. Derrière un pupitre se révèle un visage grave, vieilli, fatigué, marqué par le maquillage qui ne survit pas aux larmes qui coulent. Et pourtant, elle reste toujours aussi séduisante.

Le fil conducteur d’Une nuit à Rome, est le temps qui passe. Pour ces premières planches, il défile à toute vitesse. Alors, la toile peinte par Raphaël durant sa période étudiante va se substituer à Marie. Habile façon de revenir en arrière et ainsi débuter cette nouvelle histoire quatre ans auparavant.

OUBLIER MAIS LUI GARDER UNE PLACE

Raphaël a quarante-six ans. Lorsque Jim a sorti De beaux moments, il nous avait déjà donné quelques informations sur ce qu’était devenu son héros masculin à cet âge. Papa de deux petites filles, il semblait avoir retrouvé une certaine sérénité auprès de Sophia. Non sans que de quelconques détails du quotidien réveillent chez lui cette parenthèse d’une nuit avec Marie. Mais en six ans, il avait appris à refouler ces pensées inavouables. Sa vie d’aujourd’hui, il l’avait choisie et elle lui convenait parfaitement. Et elle était sans elle. Seul le lecteur sait qu’il était à quelques mètres de la jolie brune, un soir au détour d’une rue parisienne. Mais ce n’était pas encore le moment que leurs regards se croisent.

Et puis, il y a cet élément déclencheur qui va engendrer un retour à la case départ pour Raphaël. Sophia est partie. Avec son passif, il ne pouvait se battre pour la récupérer. En avait-il seulement envie ? Ne se sentait-il pas libéré malgré tout ? L’occasion était là pour revoir Marie. Mais d’un bref message, elle lui rappellera qu’il est encore trop tôt.

Alors, il attendra. Il en profitera pour construire une nouvelle vie. En se focalisant sur son nouveau travail, il patientera jusqu’au jour j. Et quand il arrivera, ce sera à son tour de lancer l’invitation. Ou plutôt les invitations. On sent qu’il a mûrement réfléchi à la façon dont il voulait la retrouver. À Rome, bien sûr, mais l’arrivée du demi-siècle résonne comme une envie légitime que les choses s’inscrivent dans la durée…

MARIE GALANTHER, CETTE BELLE INCONNUE

Marie recevra la même lettre que celles envoyées à d’autres amis. Avec à l’intérieur, un mot personnalisé, bien entendu. La future quinquagénaire ne sera pas prise au dépourvu. Si elle le rejoint, c’est en connaissant les intentions de son amant épisodique.

On sait peu de choses sur les dix années qui se sont écoulées pour la jolie femme. De nature mystérieuse, son corps lui sert de carapace. Rien d’étonnant à ce que l’on la croise (toujours dans De beaux moments), lors d’un vernissage d’une exposition photos à son effigie. Faire diversion aux yeux des hommes en exhibant sa silhouette dénudée, lui permet de ne pas dévoiler l’essentiel. Ce sentiment d’avoir raté sa vie amoureuse.

Elle n’est pas malheureuse pour autant. C’est juste un manque qui se réveille de temps à autre. Elle va avoir l’occasion de le combler. Au moins le temps d’une nuit, mais pour ça, il faudra qu’elle délaisse sa maman mourante…

UNE NUIT À ROME… MORTELLE…

Dans cette première partie de ce second cycle d’Une nuit à Rome, Jim ajoute un ingrédient omniprésent. En effet, qu’elle soit traitée de façon concrète ou associée à un changement de vie, la mort se manifeste tout au long de ce nouveau récit. Elle sera même utilisée à des fins humoristiques par Raphaël. N’y voyons pas pour autant un contenu sinistre. On peut, en revanche, interpréter cette démarche de l’auteur comme une étape inéluctable dans la vie des personnages. Comme pour signifier que le temps les rattrape petit à petit et qu’on ne peut, à cinquante ans, avoir la même insouciance qu’auparavant.

Et pourtant, Marie et Raphaël ne sont pas encore prêts. Ils veulent encore vivre cet instant éphémère. On ne parle pas d’amour entre deux êtres, mais plutôt de nostalgie de la jeunesse qu’ils ont l’impression de récupérer en étant réunis. Jusqu’à présent, ils n’ont jamais eu l’occasion de vivre leur relation plus en profondeur. Même si la première fois, Marie aurait voulu prolonger ces quelques heures. Et qu’aujourd’hui, les rôles semblent s’inverser.

COMME DANS UN FILM

Un peu à la manière d’un Claude Lelouch qui adule ses comédiens, Jim est très attaché à ses personnages. Qui plus est lorsqu’on sait que c’est son épouse et coloriste, Delphine, qui a servi de modèle pour imaginer Marie, mais aussi Sophia. Sans oublier Raphaël, né grâce au visage d’un de ses amis, Saint-Rémy. Il n’a plus qu’à les mettre en scène dans une situation originale pour que tout devienne naturel. Grâce à cette capacité à mettre en exergue tout ce que la nature humaine peut offrir en matière de complexité. Il la montre, la met en évidence mais ne la juge pas.

Quant à sa réalisation graphique, elle est toujours aussi généreuse en gros plans sur les visages pour qu’on soit au plus près des protagonistes. Avec de nombreuses planches où tiennent brillamment trois larges cases, le scénariste donne une dynamique très cinématographique. Ajoutée aux couleurs justes, chaudes et très propices à la ville éternelle de Delphine, on obtient Une nuit à Rome, un roman graphique qui serait limité de considérer comme romantique tant d’autres facettes de l’être humain prédominent.

Il est trop tôt pour dire si les deux héros trouveront une issue heureuse à ce nouveau rendez-vous. Jim leur donne encore quelques obstacles à franchir. Le dernier tome devrait au moins confirmer que cette promesse semble être la dernière à tenir. La fin de ce troisième épisode nous laisse sur notre faim. Mais on a cette étrange sensation que Jim n’achèvera pas ce nouveau diptyque par un « tout est bien qui finit bien »…

Article posté le jeudi 29 mars 2018 par Mikey Martin

Jim partage son travail sur Une nuit à Rome 3 (Bamboo/Grand Angle)) quelques mois avant sa sortie - décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Une nuit à Rome : livre 3
  • Scénariste : Jim
  • Dessinateur : Jim
  • Coloriste : Delphine
  • Éditeur : Bamboo (Grand Angle)
  • Prix : 18,90 €
  • Parution : 04 avril 2018
  • ISBN : 9782818944783

Résumé de l’éditeur : Dix ans ont passé depuis la première nuit à Rome et cette promesse que Marie et Raphaël s’étaient faite de passer la nuit de leurs quarante ans tous les deux… Puis les amants sont retournés à leurs existences d’avant. Quand Marie reçoit une invitation pour aller fêter les cinquante ans de Raphaël à Rome, elle ne sait pas encore si elle va accepter. L’invitation de Raphaël restera-t-elle lettre morte ? Et puis, après tant d’années, n’y a-t-il pas tout à perdre à essayer de revivre cette nuit exceptionnelle ?

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s'installe avec sa compagne juste en face d'une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s'y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d'être partagée par de petites chroniques.

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