V2 Panzer

Une femme, des motos, un monde post-apo. Bienvenue dans l’univers de Leiji Matsumoto. Le père d’Albator et Galaxy Express 999 nous embarque avec ses penchants pop dans une nouvelle croisade pour sauver le monde avec V2 Panzer.

Le cimetière de moto

La silhouette surgit dans le désert. Trapue, emmitouflée dans une épaisse cape noire, un fusil sur le flanc. Cette silhouette, c’est Savior Serazard. La jeune femme a perdu ses parents dans une guerre contre le dictateur Zuera Zender. Étrange dictateur qui gouverne par la force de ses chars et interdit les motos. Car nul ne doit pouvoir voyager de par le monde.

Assoiffée de vengeance, Serazard se lance dans le seul moyen d’atteindre Zender : une course de moto, seule exception au régime anti-cyclomoteur du dictateur.

Tout le monde peut participer tant que le véhicule date d’avant 1940. Tout les coups sont permis tant que les armes son antérieur à 1860. C’est Zender qui établit les règles.

Serazard dégotte la moto. Mais le hic, c’est qu’elle ne sait pas conduire. Elle va devoir compter sur deux individus mystérieux qui l’accompagnent la nuit, et seulement la nuit. Eux, vont pouvoir lui apprendre à conduire, à réparer sa moto et ne pas mourir face à ses ennemis. Car finalement, ce ne sont pas les autres concurrents, ses adversaires. Ce sont les sbires de Zender que Zender met sur son chemin.

La fille dans le désert et les deux hommes de la nuit

Les deux hommes qui l’accompagnent,  Sherlock Mayback et Gen Daiba, sont de formidables mécanos, dotés d’un certain sens de l’humour et d’un sens moral ….. incertain. Ils accompagnent Serazard sous les rayons de la lune, puis disparaissent subitement dès que le soleil se lève.

Qui sont-ils ? Serazard se pose la question, et leur fait confiance par obligation plus que par choix. Ils l’aident, autant qu’ils l’embarquent dans de nouveaux problèmes.

A leurs côtés, la course pour la tête de Zender prend des allures de véritables péribles. Entre bataille avion contre moto dans le désert, cité de rouille, rift du paradis, canyon des amours perdus et Zeppelin machiavélique, V2 Panzer regorge de drôle de surprise.

V2 Panzer : Une histoire pleine de trous

Les 378 pages du manga, édité par Kana d’après l’œuvre originel de 1987, sont montées comme un anime ou une série en plusieurs tomes. Comme si Leiji Matsumoto n’avait pas eu toute la place qu’il voulait pour déployer son histoire. Car ici et là, on voit les niches où l’histoire pourrait prendre plus de place, les recoins où l’on n’a comme « enlevé » des bouts pour que tout passe dans le format originel.

Mais est-ce vraiment le cas ? Pas sûr. Car si Leiji Matsumoto a laissé visible les angles-morts de son histoire, tout tient debout sans effort.

Ce scénario, s’il avait été écrit pour l’animation, aurait l’allure et la complexité d’un Comboy Bepop ou d’un …. Capitaine Albator. L’absurde en plus.

L’absurde, le surligneur des paradoxes humains

Car Leiji Matsumoto tire les bizarreries de sa série à l’extrême. V2 Panzer se pose comme un recueil écologique plein d’ironie. Critique franche de l’humain technologique, de l’humain hypocrite, de l’humain vivant dans la luxure. Serazard s’oppose à l’ensemble de ses adversaires et chaque adversaire incarne un couac de chez nous.

Leiji Matsumoto écrit ces travers par l’intermédiaire de situations complètement loufoques. Dans lesquels Serazard, Sherlock et Gen ne font que passer. Comme des fourmis qui pousserai sans faire exprès les premières dalles de domino géant.

Les folles du dictateur et la vulgarité de Leiji Matsumoto

Ne vous étouffez avec le mot que vous avez lu. Oui, je parle bien de vulgarité, mais pas de panique.

Dans V2 Panzer, il y a des femmes. Bien plus notables que dans de nombreux autres shônen et seinen.  Elles sont costaudes, oui certainement. Mais elles sont toutes (toutes !) obnubilées par un seul homme. Zender. Soit parce-qu’elles le veulent lui, soit parce-qu’elles veulent sa mort. Zender, un homme au corps si particulier. Un homme dont les actes suggèrent des agressions au fil du récit.

Je parle de vulgarité dans l’obsession qu’ont les personnages à vouloir voir et toucher Serazard. Et la facilité avec laquelle cette femme – qui ne porte rien d’autre sous sa cape – se déshabille, reste nue des pages entières sans que rien ne le justifie. Sur une planète désertique, Serazard ne craint visiblement pas de finir comme un steack calciné par le soleil (entre autre).

Et pourtant.

Et pourtant, on lui pardonne, à Leiji Matsumoto.

Parce-ce que Serazard sait ce qu’elle fait, et qu’elle fait ce qu’elle veut. Parce-qu’elle est intelligente et que c’est cela qui fait sa force. Alors oui, on se pose de sérieuse question sur le rapport de l’auteur aux femmes. Mais V2 Panzer n’en reste pas moins un manga très drôle, totalement absurde, bien écrit et agréable à lire, de part le graphisme inimitable de l’auteur autant que part le propos.

Article posté le jeudi 03 février 2022 par Marie Lonni

V2 Panzer - Leiji Matsumoto - Kana
  • V2 Panzer
  • Auteur : Leiji Matsumoto
  • Editeur : Kana, collection Sensei
  • Prix : 15€
  • Parution : 21 janvier 2022
  • ISBN : 9782505110538

Résumé de l’éditeur : 2987, le monde est sous la coupe du tyran Zera Tsender et la population vit dans la misère sur une Terre dévastée…
Ayant perdu ses parents lors de la guerre contre les forces de Tsender, la belle Serazad est déterminée à régler ses comptes. Pour ce faire, elle décide de participer à une course de motos à travers les terres désolées.
Les règles sont simples : les motos doivent être des modèles d’avant 1940 et tous les coups permis, pour peu que les armes datent d’avant 1860.
Alors que la course s’annonce solitaire, Serazad va rencontrer deux compagnons. Mais sont-ils ceux qu’ils prétendent être ?

À propos de l'auteur de cet article

Marie Lonni

"C'est fou ce qu'on peut raconter avec un dessin". Voilà comment les arts graphiques ont englouti Marie. Depuis, elle revient de temps en temps nous parler de ses lectures, surtout quand ils viennent du pays du soleil levant. En espérant vous faire découvrir des petites pépites à savourer ou à dévorer tout cru !

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