Vietnam journal tome 8 – Au delà de l’horreur

Il faut savoir fêter quand une série difficile est publiée en intégralité par un éditeur. Avec Vietnam journal tome 8, Delirium termine la publication de la série de Don Lomax consacrée à la Guerre du Vietnam. Une fin de série intense, qui justifie plus encore de découvrir ce comic-book et de l’intégrer à un maximum de bibliothèques.

Vietnam journal tome 8Vietnam journal tome 8 : Fin de série sans démobilisation

Été 1969. Richard Nixon a pris la décision de quitter le Vietnam et de laisser la guerre se terminer entre soldats locaux. Mais les accords politiques tardent à trouver une réalité sur le terrain. Les Nord-Vietnamiens n’entendent pas laisser les États-Uniens repartir tranquillement chez eux. Scott « Journal » Neithammer, le journaliste, reste lui aussi au plus près des troupes pour documenter la fin de la guerre. Quitte à se retrouver à commander une base avancée sous le feu ennemi.

Vietnam journal : c’est quoi ?

Rappelons rapidement le concept de la série si vous ne le connaissez pas. Don Lomax, qui a été mobilisé pendant le conflit, a voulu restituer la réalité de cette boucherie américaine. Il a donc recueilli des témoignages complémentaires à sa propre expérience et livre des regards crus sur ce qu’ont vécu, fait et ressenti les soldats sur le terrain.

Une construction narrative très pensée

Si cet album propose quatre épisodes, ce sont en fait deux histoires qui nous sont racontées. La structure narrative employée dans les deux productions montre une belle intelligence de la part de Don Lomax.

Vietnam journal tome page 98Le premier récit commence comme une banale mission de récupération de véhicule sur le champ de bataille. Un bataillon états-unien fait son apparition, poursuivi par le Viêt-Cong, et l’auteur raconte le retour périlleux de mission. Mais la seconde partie est différente. Elle prend la suite, mais fait aussi office de flashback. Lomax prend excuse de suivre la mission de récupération des corps des soldats morts pour revenir sur les événements vécus par le bataillon rencontré dans l’épisode précédent. Le lecteur connaît la fin, mais pas du tout le déroulé. On sait qui s’en sort, dans quel état, mais l’artiste conserve toute la puissance d’une course poursuite mortelle. Jamais il ne perd l’attention des lecteurs. C’est dire si les péripéties sont intenses.

Le second récit fonctionne différemment. Il prend pour point de départ la rencontre entre « Journal » et un aumônier de terrain. Celui-ci entraîne le personnage principal dans une base avancée. Et d’une petite balade religieuse, Lomax fait un véritable Fort Alamo. Par là-même, il pousse Scott dans ses retranchements ultimes. Il le confronte directement au poids du commandement en temps de guerre. Les lecteurs qui suivent cette évolution, sont piégés avec lui dans ce bourbier. Ils vivent ses émotions en pleine connexion. Don Lomax voulait décrire la réalité de cette guerre ? Il y parvient jusqu’à la dernière page.

Vietnam journal tome 8 : Don Lomax à son point d’équilibre créatif

Vietnam journal tome 8 page 90Le récit est parfaitement construit pour nous immerger dans les batailles, mais la composition des planches et le dessin sont aussi mobilisés en ce sens.
Concernant le dessin, le style de Don Lomax peut être qualifié de « caricatural ». Il livre des trognes hors-normes. Ses décors sont précis et parfois surchargés. L’artiste noie le regard des lecteurs dans une forme de réalisme grossier. Il n’y a pas de moquerie envers les hommes dessinés. Il y a sans doute plus une volonté d’incarner des visages mémorables pour les ancrer dans la mémoire des lecteurs. La violence est omniprésente, mais légèrement grandiloquente, ce qui la rend toujours plus supportable.

À la croisée du dessin et du scénario, le découpage des planches, la composition des cases, écrasent l’œil du lecteur. Cet effet est renforcé par l’utilisation de noirs et blancs tranchés. Il n’y a pas de nuance dans les dessins de Lomax, uniquement de l’intensité.

Terminer, exercice compliqué

Huit tomes et oui, il est temps de quitter Scott Neithammer et de le renvoyer au pays. Lomax ne traite pas ce sujet directement. Le mot de la fin en bande dessinée reste au Vietnam. Mais un poème introductif vient donner le sens de ce choix. Fondamentalement, les hommes engagés au Vietnam, sont tous restés là-bas. Leur vie s’est brisée dans les rizières, le peuple américain a parfaitement compris que cette guerre avait été entreprise pour les mauvaises raisons et qu’il en était le grand perdant.

Vietnam journal tome 8 est à intégrer à votre bédéthèque idéale !

Vietnam journal tome 8 conclut donc la chronique d’un conflit inutile et coûteux pour l’âme des États-Uniens. Don Lomax a réalisé un travail de documentation indispensable, dont il n’a pas expurgé les ignominies de son camp. Ce n’est pas un travail neutre. C’est un comic-book engagé. Mais engagé pour rappeler que les guerres décidées en haut lieu, tuent et mutilent de vrais gens, qui ne demandent rien. Ce qui rend cette série d’une actualité malheureusement brûlante.

Article posté le jeudi 10 septembre 2026 par Yaneck Chareyre

Vietnam journal tome 8
  • Titre : Vietnam journal tome 8 – Au delà de l’horreur
  • Auteur : Don Lomax
  • Traducteur : Alex Nikolavitch
  • Éditeur USA : Caliber Comics
  • Éditeur France : Délirium
  • Date de publication France : 4 septembre 2026
  • Nombre de pages : 144
  • Prix : 20€
  • ISBN : 9782493428721

Résumé éditeur : VIETNAM, Été 1969. Scott « Journal » Neithammer, reporter de guerre, poursuit sa couverture du conflit sur le terrain en compagnie des jeunes marines. Alors qu’il accompagne une unité de mécaniciens qui doit récupérer l’épave d’un véhicule blindé, une escouade de GIs surgit, poursuivie par des Viet Congs. Journal va alors apprendre l’histoire de ce peloton perdu tandis qu’il suivra les équipes chargées de la récupération des corps restés en arrière lors de leur fuite… La deuxième histoire phare de cet ultime recueil raconte l’histoire de l’aumônier Zek Goodfellow,. Envoyé avec Journal sur le site d’un poste avancé soumis aux assauts incessants des vagues Viet Cong, Zek réalise que sa vocation lui impose aussi la compassion envers l’ennemi. Mais de tels principes sont-ils compatibles avec la guerre sans pitié du Vietnam ?

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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