En adaptant graphiquement Vipère au poing, roman emblématique de l’œuvre d’Hervé Bazin, Frédéric Rébéna nous ouvre une porte sur l’enfance meurtrie du romancier. Ce roman, largement autobiographique, raconte l’histoire de Jean Rezeau, un enfant martyrisé par celle dont il aurait dû recevoir de l’affection et de l’attention, sa mère. Ou plutôt sa marâtre. Une adaptation très réussie aux éditions Rue de Sèvres.

Le roman d’une enfance
Vipère au poing est un roman écrit par Hervé Bazin en 1948. Le romancier, ancien président de l’Académie Goncourt, y raconte l’enfance et l’adolescence de Jean Rezeau, ou plutôt son double. Puisque c’est en réalité sa vie, mais surtout les relations conflictuelles qu’il entretint avec sa mère qu’il narre dans ce roman. Celui-ci sera suivi de deux autres titres. La Mort du petit cheval et Cri de la chouette viendront compléter cette trilogie familiale.

Vipère au poing est devenu ce qu’on appelle un classique de la littérature française du 20e siècle. Ce roman a très souvent été étudié dans les établissements d’études secondaires. Et est présent dans la bibliothèque de nombreuses familles. Mais ce récit dur et réaliste n’est pas toujours évident d’appréhender. Surtout quand on est collégien ou lycéen. Il raconte l’histoire des Rezeau, une famille bourgeoise désargentée qui vit en vase clos dans sa belle propriété angevine. On y suit donc l’enfance de notre héros Jean, cadet de la famille, surnommé Brasse-Bouillon par son frère aîné Ferdinand, surnommé lui Freddie.

La fin de l’enfance
Quand débute le récit en 1922, les deux frères profitent d’une vie agréable chez leur grand-mère paternelle en l’absence de leurs parents, partis en Chine depuis six ans. Les garçons vivent en toute liberté au grand air. Ils reçoivent malgré tout une éducation prodiguée par l’abbé Trubel et Mademoiselle Ernestine, leur gouvernante. Au décès de la grand-mère, les parents doivent à contre-cœur rentrer en France avec leur troisième fils Marcel. Dont les deux aînés ignoraient même jusqu’à présent l’existence.

Les parents s’installent donc dans la belle demeure familiale et ainsi débute pour les deux adolescents une nouvelle vie de famille. Mais en réalité commence surtout un calvaire pour les deux garçons, en raison du comportement de cette mère capable du pire à leur égard. Le petit dernier est épargné. Ainsi s’installe une haine féroce à l’égard de Paule Rezeau, cette femme que Jean et Ferdinand surnomment très rapidement Folcoche, mot issu de la contraction de folle et de cochonne.

Une enfance meurtrie
Cette plongée dans une enfance meurtrie vient donc d’être adaptée en bande dessinée par Frédéric Rébéna qui n’en est pas à sa première adaptation graphique. En effet, on lui doit aussi celle en 2018 de Bonjour tristesse de Françoise Sagan, également chez Rue de sèvres.

Avec son trait sombre et incisif, voire tranchant, l’auteur nous propose une belle adaptation de ce roman témoignage. Celui d’un adolescent prêt à tout pour s’éloigner de sa marâtre, il faut bien la qualifier ainsi. Les oppositions entre la mère et les fils sont parfaitement bien rendues à la fois avec le texte mais surtout avec ces face-à-face visuels qui ruissellent la haine. Que ce soit de la part du fils, mais surtout de la mère.

Une adaptation graphique après les adaptations visuelles
Les adaptations télévisuelle (1971) et cinématographique (2004) de Vipère au poing nous avaient représenté Folcoche sous les traits d’Alice Sapritch et de Catherine Frot. La mère imaginée par Frédéric Rébéna semble nettement plus jolie. Mais elle n’en est pas moins terrifiante. La froideur se sent sur ses traits dès sa première apparition sur le quai de la gare. Comme si un masque de répugnance vis à vis de ses deux aînés s’était fixé irrémédiablement sur son visage.

Grâce à des tonalités extrêmement sombres et froides, l’univers dans lequel évoluent Jean et Ferdinand s’est obscurci dès l’arrivée de leur mère. Les extérieurs, la maison sont devenus des lieux hostiles puisque sous l’entière coupe de cette maîtresse femme. En effet, malgré la présence du père pourtant bienveillant à l’égard de ses fils, mais totalement absent, une chape de plomb s’est abattue sur la vie de cette famille. Un piège duquel Jean fera tout son possible afin de s’en échapper. Tel un animal traqué.

Une fidélité à l’ambiance du roman
Comment à la lecture de cette bande dessinée ne pas retomber instantanément dans la terrible ambiance du récit originel ! Frédéric Rébéna s’est ainsi appliqué à faire renaître visuellement cette nouvelle Folcoche. De plus, en insérant en fin d’album des photos de famille, il nous révèle le vrai visage de Paule Hervé-Bazin.

Cette adaptation graphique très réussie ne pourra que plaire aux lecteurs de bande dessinée qui n’ont pas encore lu ce roman. Mais elle plaira également aux lecteurs de romans qui voudront s’essayer à la lecture de bandes dessinées.

- Vipère au poing
- Auteur : Frédéric Rébéna
- D’après le roman d’Hervé Bazin
- Éditeur : Rue de Sèvres
- Parution : 23 avril 2025
- Prix : 20,00€
- Nombre de pages : 120
- ISBN : 9782810200382
Résumé de l’éditeur : Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, vit avec ses frères auprès d’une mère odieuse et acerbe qu’ils surnomment Folcoche. En grande partie autobiographique, le roman d’Hervé Bazin fut plusieurs fois adapté au cinéma. Frédéric Rébéna s’empare aujourd’hui de cette œuvre transgénérationnelle pour une première interprétation pleine de sensibilité en bande dessinée.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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