Wonder Woman Dead Earth

Des années après une catastrophe qui a plongé le monde dans une désolation apocalyptique, Wonder Woman, la légendaire héroïne, se réveille enfin.

Entre recherche de sens et de rédemption, elle va mener une quête qui l’emmènera aux confins de l’humanité. Telle est l’histoire que nous conte Daniel Warren Johnson dans Wonder Woman Dead Earth, paru chez Urban comics dans la prestigieuse collection Black Label.

LA TERRE EST MORTE, VIVE LA TERRE.

Suite à un cataclysme d’une rare violence appelé le Grand Feu, la Terre est morte. Elle n’a pas disparu, mais devenue stérile, elle oblige ses derniers habitants à une lutte sans fin pour survivre.

Pour tenter de débusquer les dernières ressources, les hommes partent par petits groupes au péril de leur vie, craignant à chaque instant de croiser le chemin de terribles Haedras, ces créatures démoniaques mutantes apparues mystérieusement à la suite de l’apocalypse.

C’est ainsi que la jeune Dee, accompagnée de ses compagnons Eddog, Jonesy et Tal, part à l’aventure, bien déterminée à rapporter un butin utile au bien du camp.

Tiraillé entre la crainte de croiser un monstre et celle de rentrer bredouille, le groupe tombe dans un gouffre et se retrouve nez à nez avec une créature tant redoutée. Ils ne doivent alors leur salut qu’au réveil inopiné de Wonder Woman, surgissant d’un caisson de verre et d’acier enfoui au fond d’une cave…

Le retour de l’immortelle défenseuse de l’humanité peut tout changer, mais bon nombre de questions restent en suspens et un constat amer s’impose :

« On dirait que tu as échoué. »

Wonder Woman Death Earth : L’ART DU CONTRE-PIED.

L’approche du talentueux Daniel Warren Johnson (Murder Falcon) brille tout d’abord par son originalité.

Affaiblie, amnésique, crasseuse, perfide et surtout capable d’accomplir les plus grands exploits, mais dubitative quant aux motivations nécessaires, Diana est indéniablement tombée de son piédestal.

Ainsi, bien loin de l’image scintillante traditionnelle et relayée dernièrement au cinéma, le scénariste adopte un parti pris qui écorne à un tel point la princesse des Amazones, qu’on en arrive tout bonnement à douter de son statut de super-héroïne.

On comprend alors bien vite que l’aventure que va vivre Wonder Woman est avant tout la quête existentielle d’un statut qui se mérite car il n’est jamais acquis. Pour certains, ce sera celui d’être humain, pour d’autres, celui de super-héros, mais une chose est sûre, pour Daniel Warren Johnson, les deux se valent.

HUMANITAS SALVATRIX.

On se retrouve alors face à une Wonder Woman déchue qui ne croit plus en elle-même, censée guider des hommes en qui elle ne croit plus non plus…

Et c’est ainsi que de super-héroïne immortelle, elle devient une héroïne tragique, sensible, faillible et vulnérable.

L’image christique vient immédiatement à l’esprit, et elle est d’ailleurs parfaitement assumée, tout en étant renouvelée avec subtilité.

En effet, s’il sera bien question ici d’expiation des fautes passées, ce sera avant tout les siennes que Diana devra affronter. Par ailleurs, pour l’Amazone immortelle, le choix de la mort n’étant pas envisageable, il faudra trouver une voie qu’elle seule pourra tracer.

On s’attend bien entendu à ce que Wonder Woman bénéficie d’une aide précieuse pour mener à bien cette quête, et dans l’univers DC, de prestigieux adjuvants sont attendus. L’ingénieux scénariste ne les a pas oubliés et leur réserve même un sort mémorable.

De fait, les contraintes sont nombreuses mais loin d’être impressionné par l’ampleur du projet, Daniel Warren Johnson va jongler avec chacune d’elles pour créer un univers inédit.

LE STYLE DANIEL WARREN JOHNSON.

Publié dans la collection Black Label (Killer Smile, Harleen) Wonder Woman Dead Earth trouve une cohérence parfaite avec les exigences éditoriales.

Que ce soit dans le caractère sombre et désabusé des personnages ou encore dans le choix de la palette de couleurs, tout converge pour créer une ambiance pesante, oppressante, qui visiblement tient à cœur à l’auteur puisqu’elle rappelle par moments l’excellent Murder Falcon.

Notons par ailleurs la remarquable exploitation du format original de la collection Black Label qui, plus large que d’ordinaire, permet d’étirer les pages pour donner une profondeur saisissante. Certaines planches panoramiques bénéficient ainsi d’une composition vertigineuse.

Soulignons enfin que l’édition bénéficie de bonus appréciables, tels qu’une galerie de couvertures, quelques croquis et surtout la retranscription d’un entretien entre Daniel Warren Johnson et Jim Lee, réalisé après la lecture du premier chapitre et qui sonne comme l’adoubement du disciple par la légende.

En mettant en scène une Wonder Woman désabusée dans un univers post-apocalyptique, Daniel Warren Johnson, choisit le contre-pied parfait. Et pour le rendre cohérent, il le traite avec une subtilité et une finesse inattendues dans ce registre.

Par ce savant mélange des genres, le talentueux auteur/dessinateur réalise de main de maître une histoire aussi touchante que mémorable.

Article posté le lundi 04 janvier 2021 par Victor Benelbaz

Wonder Woman Death Earth de Daniel Warren Johnson (Urban Comics)
  • Wonder Woman – Death Earth
  • Auteur : Daniel Warren Johnson
  • Éditeur : Urban Comics, Black Label
  • Prix : 20 €
  • Parution : 27 novembre 2020
  • ISBN : 9791026817857

Résumé de l’éditeur : Lorsque Wonder Woman se réveille du sommeil séculaire dans lequel elle a été plongée, elle découvre que la Terre n’est plus qu’un vaste désert radioactif… Piégée au coeur de cette plaine stérile tapissée des cendres d’un passé ravagé par l’arme nucléaire, la Princesse Amazone se doit alors de protéger la dernière cité humaine de monstres titanesques et tâche tant bien que mal de découvrir les secrets cachée sous la poussière de cette terre morte et désolée.

À propos de l'auteur de cet article

Victor Benelbaz

Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.

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