À l’occasion de sa venue pour la Japan Expo 2025, nous avons eu l’immense honneur de rencontrer et poser quelques questions à Oreco Tachibana.
Oreco Tachibana est une autrice qui fait ses débuts en 2018 avec Promise Cinderella. En France, l’autrice est publiée avec Promise Cinderella et Les Noces des lucioles aux éditions Glénat.
Pour cette entrevue, Oreco Tachibana est accompagnée de son tantô, une personne qui fait le lien entre le mangaka et l’éditeur.

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Bienvenue à Paris. C’est votre première fois en France. Est-ce que vous avez hâte ?
C’est ma première fois en dehors du Japon. Il paraît que la cuisine française est délicieuse. Durant ce voyage, j’aimerais manger du pain et tout un tas de spécialités. Je pense que je vais prendre 5 kg avant de revenir au Japon. J’aimerais bien me promener dans Paris, mais je crains que le décalage horaire me perturbe. Hier soir, j’ai découvert un grand nombre de variétés de fromages alors que je n’en suis pas très friande à la base.
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Avez-vous suivi un parcours ou une formation artistique particulière ?
J’ai appris toute seule le dessin. Je me suis aidée avec des archives pour apprendre à dessiner le corps humain. Lorsque je suis sur une série, je me concentre au maximum sur elle donc je n’ai pas beaucoup de temps pour m’exercer. Entre deux projets, j’ai un temps pour travailler mon dessin.
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Vos œuvres évoquent aussi l’atmosphère de séries télévisées. Y a-t-il certaines séries ou certains artistes qui vous ont particulièrement marquée ? Vous ont-ils influencée dans votre travail ?
En fait, quand j’écris mon histoire, je visualise une scène dans son ensemble avant de me mettre à la dessiner. C’est, sans doute, pour cela que mes séries ressemblent à des séries télévisées. Sinon, mes films préférés sont Titanic de James Cameron, Mr. & Mrs. Smith de Doug Liman. Ma série télévisée coréenne préférée est Crush Landing on You de Park Ji-eun et Lee Jeong-hyo.
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Vous avez dit en interview que Les Noces des lucioles est un manga né de votre intérêt pour les couples psychopathes X princesse. Avez-vous des œuvres de référence à ce sujet ?
Non, pas du tout. En fait, les personnages de Shinpei et Satoko me sont venus en tête instantanément.
(ndlr : Ici, l’autrice a préféré garder confidentiel le nom du manga qui l’a le plus inspiré dans la réalisation de ses personnages.)

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Vous avez fait vos débuts avec la série Promise Cinderella sur Manga One, c’est aussi là qu’est publiée Les Noces des lucioles, votre œuvre actuelle. C’est une plateforme qu’on ne connaît pas bien en France. Comment s’est déroulée cette première collaboration ? Êtes-vous libre dans le rythme de parution et dans le développement de vos histoires ?
Comme il ne s’agit que de ma première fois, je ne peux pas comparer avec d’autres plateformes. Cela dit, on me donne beaucoup de libertés et de temps. J’en ai pour la conception de l’histoire et pour le rythme de travail. Je me sens, donc, vraiment libre dans la réalisation de mes travaux. Aussi, j’essaie de ne pas dire des choses extrêmes avec mes tantôs. Comme je m’y sens très bien, je pense que je n’irai pas ailleurs.
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Comment créez-vous vos personnages ? Avez-vous un processus créatif particulier ?
Je suis quelqu’un de très timide et réservé. Du coup, j’ai envie de dessiner un personnage principal très différent de moi : une femme franche et déterminée. Pareil dans le cas des autres personnages, j’aimerais qu’ils fonctionnent tous de cette manière.
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Lorsque vous développez le destin de vos héroïnes, est-ce que vous souhaitez les rendre inspirantes pour vos lecteurs/lectrices ? Si oui, quelles sont les idées que vous aimeriez transmettre à travers elles ?
C’est important de pousser les lecteurices, de les faire avancer. Avant toute chose, je dois savoir si les personnages me parlent à moi-même. Après ça, j’aimerais que mes personnages vivent beaucoup d’expériences et prennent le temps d’évoluer.
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Vous avez déclaré en interview que ce sont les discussions avec votre mari qui vous ont inspiré l’intrigue de Promise Cinderella. Est-ce que ce sont les échanges avec les autres qui guident vos questionnements vous permettant de créer vos histoires ?
En effet, ce sont les échanges avec les autres qui offrent de la nouveauté à mes histoires. Nul doute que les interactions que j’ai avec les Français en apporteront aussi.

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Dans Promise Cinderella, le rapport de force entre Hayame et Issei est assez complexe et s’inverse presque à chaque chapitre. Comment faites-vous pour construire des duos aussi forts ?
J’aime les couples composés de deux personnes fortes et c’est ce que j’essaie de représenter au maximum.
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La différence d’âge entre Hayame et Issei est un point fort que vous maîtrisez très bien dans Promise Cinderella. Qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre cet écart d’âge dans votre scénario ?
Après avoir accouché de ma fille, j’ai eu la sensation que les hommes devenaient mignons. Je me suis dis qu’un décalage de 10 ans permettrait aux hommes de devenir encore plus mignons. C’est pour cette raison que j’ai décidé de les mettre en scène dans mon manga.
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Est-ce que Promise Cinderella vous a permis de dire, d’exprimer des choses que vous n’osiez pas dire dans la vraie vie ? Si oui, pourquoi ?
En fait, mon mari est à l’origine du personnage d’Hayame. Il dit des choses très fortes. Comme j’ai pu vous le dire, je suis quelqu’un de très réservé. J’essaie de dire les choses à mon mari, ce n’est pas toujours simple. Au moment où j’ai commencé à dessiner, j’ai communiqué de plus en plus avec lui. Ça a été une bonne chose.

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La mise en scène de la tension romantique dans vos œuvres est très efficace. Comment travaillez-vous la narration visuelle pour que les scènes d’émotions ou de confrontations soient percutantes ?
Je pense que c’est comme tous les mangakas, j’essaie d’étudier le corps humain dans son intégralité. Cela me permet de réfléchir au meilleur angle pour représenter le personnage.
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Actuellement, en France, la romance connait un très grand succès. Quels sont les ingrédients indispensables à une bonne romance ?
Je pense que le plus important est d’avoir sa propre expérience pour la retranscrire du mieux possible. Pour se différencier des autres romances, je joue avec l’identité et la situation des différents personnages.
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L’histoire de Les Noces des lucioles se passe durant l’ère Meiji. Pourquoi avoir choisi cette période et comment vous documentez-vous ?
Tout d’abord, j’ai fait énormément de recherches sur l’ère Meiji. J’ai visité des musées et, notamment, ceux des maisons closes. Je pense aussi que les assassins existaient encore durant l’ère Meiji. Pour moi, ils représentent la cruauté au plus haut point. Ainsi, l’ère Meiji était la meilleure période à représenter si je voulais dessiner tout cela. Cela me permet de représenter, à la fois, un aspect occidental et un Japon plus ancien.
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Les deux séries mettent en scène des amours impossibles (mariage arrangé et différence de statuts dans Les Noces des lucioles) ou compliqués (différence d’âge dans Promise Cinderella), tout en semblant s’inspirer de contes populaires et de la tradition des histoires romanesques. Aimez-vous revisiter de façon inédite ces intrigues afin qu’elles reflètent des enjeux ou relation de notre société actuelle ?
Vous allez, peut-être, être déçus par ma réponse, mais je n’ai pas tous ces éléments en tête. Écrire des histoires qui me plaisent et les dessiner sont les seules choses que j’ai en tête. Si les lecteurs sont touchés durant la lecture, je suis contente.

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Les relations amoureuses commencent aussi sur des bases déséquilibrées : contrat de jeu humiliant dans Promise Cinderella, chantage et violence dans Les Noces des lucioles. Est-ce une manière pour vous d’explorer la rédemption ou de questionner des récits amoureux classiques ?
C’est très simple, je voulais représenter un personnage principal au plus bas. Au fur et à mesure que le récit avance, le personnage grandit et évolue pour grandir et « monter ».
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Quand vous démarrer une nouvelle série, est-ce que vous avez déjà la fin en tête ou est-ce que vos personnages peuvent parfois vous entraîner là où vous ne l’aviez pas prévu ?
Je décide la fin dès le début de mon récit, mais celle-ci change tout le temps.
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Promise Cinderella est un manga relativement long avec 16 volumes. Peut-on s’attendre à une longévité similaire pour Les Noces des lucioles ?
Quand j’ai commencé Les Noces des lucioles, je pensais que la série se terminerait sur les 5-6 premiers volumes. En avançant sur la série, je me suis rendu compte qu’elle durerait le double.
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Quels sont les plus grands défis que vous avez rencontrés en tant qu’autrice de manga. Les avez-vous surmontés ?
Je pense que le dilemme est le même pour tous les mangakas. Ce qu’ils dessinent n’est pas forcément ce que le public attend. De mon côté, le public aime ce que je dessine donc je suis plutôt contente. J’arrive à vivre en tant que mangaka et ça me va.
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Comment avez-vous accueilli l’adaptation en live-action de Promise Cinderella ? Avez-vous participé à cette adaptation ?
En premier lieu, j’étais heureuse de découvrir la série télévisée de mon œuvre. Chaque semaine, à l’heure de la diffusion, j’étais devant la TV avec mon téléphone pour parler avec les fans de cette adaptation. J’ai eu l’occasion d’aller sur le plateau de tournage et de dessiner une petite histoire de ce qu’il s’y passait. J’ai pu vérifier le scénario, mais la plupart a été surveillé par mon tantô.
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Souhaiteriez-vous voir Les Noces des lucioles adapté en animé ou en live-action ?
Évidemment ! J’aimerais bien en adaptation animée !

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Avez-vous déjà une prochaine œuvre en tête ? Ou une histoire que vous n’avez pas encore osé raconter ?
Il y a beaucoup d’histoires que j’ai envie de dessiner. Elles n’ont pas forcément de fin comme j’ai énormément d’idées en tête. Comme je travaille sur un projet, j’essaie de ne pas y penser pour ne pas me mélanger. Par exemple, j’ai en tête un drame humain avec le thème du sport.
Entretien réalisé le 02 Juillet 2025 à Paris.
Nous tenons à remercier Glénat pour l’opportunité, mais également Oreco Tachibana et ses éditeurs pour le temps qu’ils nous ont consacré.
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