Jonathan Garnier : entretien avec le scénariste de Momo

« L’écriture, c’est un travail d’alchimiste en terme de rythme et de ton ». Nous sommes allés à la rencontre de Jonathan Garnier, le scénariste des superbes séries Momo, Bergères guerrières et Timo l’aventurier. Plongée dans l’univers intelligent et grand public de ce jeune auteur souriant et subtil. Interview.

Momo (deux volumes avec Rony Hotin, Casterman)

Jonathan Garnier, ton parcours est assez original puisque avant d’être scénariste, tu as été directeur de collection chez Akama. Comment es-tu passé de ce statut à celui de raconteur d’histoires ?

Avant, j’ai même dessiner. Plus petit, je recopiais du Mickey, du Dragon Ball ou du Mario. Je me disais que vraiment je ferais de la bande dessinée plus tard mais en tant que dessinateur. Scénariste, ce n’était pas pour moi.

J’ai ensuite suivi une formation de graphiste. J’ai travaillé dans ce secteur pour Ankama Editions. C’était la période des débuts de la maison. Il n’y avait que Run qui chapeautait les titres puisqu’il était salarié. En fait, je tenais le rôle d’éditeur sans m’en rendre compte. Il n’y en avait pas encore, cela n’était pas structuré à l’époque. Run m’a fait confiance et j’ai appris le métier sur le tas.

Je lui ai alors présenté des auteurs comme Guillaume Singelin, Amélie Fléchais et Ulysse Malassagne. J’ai donc naturellement glissé vers éditeur puis directeur de collection. J’essayais avant tout de trouver des jeunes talent. Ils n’avaient pas spécialement de projets mais avaient de vrais univers graphiques. Il y avait aussi de la narration derrière leurs images. Je les accompagnais dès l’écriture. De parler d’écriture, ainsi que de scénarios avec eux, ça m’a nourrit et formé sans que je m’en rende compte.

« Je n’ai d’ailleurs pas de boulimie d’écriture mais plutôt une envie de raconter les choses »

Avant tu n’avais jamais écrit ?

Non, je n’ai d’ailleurs pas de boulimie d’écriture mais plutôt une envie de raconter les choses. J’avais aussi lâché le dessin parce que je n’aimais pas ce que je faisais avec. Je m’étais aussi mis à la photographie.

Je m’y suis donc essayé avec Momo. Je fus inspiré par une série de photographies d’une Japonaise Mirai-Chan par l’artiste Kawashima. Elle avait une bouille pas possible. Il y avait déjà ce côté désuet de la campagne japonaise dans ces clichés. Cela faisait aussi sens puisque j’ai grandi dans la campagne normande.

J’avais envie de parler de l’enfance. J’avais commencé à écrire alors que j’étais éditeur sans vraiment penser à ce que cela soit publié. En plus, c’était le moment où Ankama se restructurait et j’avais un peu de mal à trouver ma place. J’ai donc tenté l’aventure de l’écriture. J’ai néanmoins retrouvé le travail de collaboration que j’aimais éditeur, entre le dessinateur et moi.

Est-ce que cela veut dire que la porte est définitivement fermée du coté du dessin ?

Peut-être pour mes vieux jours. C’est un boulot monstrueux. Je sais dessiner et j’ai un bon bagage technique mais j’ai du mal à en faire un truc intéressant. J’ai parfois la frustration de ne pas pouvoir tout maîtriser. En plus, il faudrait que je retravaille tout cela.

Cela veut dire que lorsque tu travailles avec des auteurs, tu leur envoies un story-bord déjà découpé ?

Je l’ai fait par exemple sur des histoires courtes pour Mathieu Bablet dans un Doggybags. Etonnament lorsque je l’ai fait, j’étais déçu que les auteurs suivent quasiment à la lettre mon découpage. C’était naturel qu’ils le fassent mais cela ne leur laissait pas assez de place.

Je fais donc un découpage précis mais pas non plus case par case. Je pose les actions et les plans de façon très précise. On discute vraiment beaucoup par la suite. Lorsque que l’on a validé ensemble le découpage, je les laisse faire leur travail. Je ne m’immisce plus sauf pour des petites broutilles. Pendant la phase sur le découpage, le dessinateur m’apporte du recul sur mon propre travail et j’aime ça.

« Dans mon travail, la narration est très importante, c’est déterminant »

Quelles sont les interactions avec tes auteurs ou ton autrice ?

Pour Momo, j’avais écrit les deux tomes et tout était dialogué avant de le passer à Rony. C’était aussi un contexte particulier où je travaillais encore chez Ankama. Pour Bergères guerrières, cela est parti d’une image dessinée par Amélie. Nous avons vraiment monté le projet à deux.

Il y a toujours un ping-pong avec eux, puis je me pose pour structurer l’histoire. C’est moi qui ait choisi les dessinateurs avec lesquels je travaille. Ce sont avant tout des personnes qui vont apporter quelque chose au récit, avec qui on va se comprendre parce qu’on a les mêmes références. Je vais leur proposer des choses cohérentes avec leurs univers.

Dans mon travail, la narration est très importante, c’est déterminant. Cela doit être retravaillé jusqu’à ce que cela soit parfait.

Tu es un laborieux ?

Oui, je suis chiant ! Les dessinateurs doivent avoir une page cachée Facebook entre eux pour me maudire. Je suis aussi exigeant avec eux que je le suis avec moi-même. Surtout sur le découpage, après beaucoup moins.

Il ne faut pas qu’il y ait un seul élément qui perturbe la lecture. Il faut que le lecteur lorsqu’il prend le bouquin puisse enchaîner les scènes sans entrave. Je refais donc surtout mes parties à moi, les dialogues afin qu’ils ne soient pas trop long et que cela soit fluide.

« Quand je commence, j’ai des références photo mais pas en dessin »

L’idée de Momo est donc partie d’une série de clichés…

D’avoir arrêté le dessin pour la photographie, cela m’a ouvert d’autres horizons qui m’ont aidés dans l’écriture. Je m’intéressais aux documentaires photo ou vidéo, donc des tranches de vie et des choses qui n’étaient pas digérées par un auteur.

Une photo, c’est comme un case, il y a déjà un travail d’ellipse et c’est à toi de l’interpréter. Quand je commence, j’ai des références photo mais pas en dessin.

Peux-tu me présenter Momo ? Comment la qualifierais-tu ?

Ce qui me plaisait dans Momo, c’est à la fois ce côté sauvage –  elle est un peu introvertie, elle a du mal à communiquer ses émotions –  mais aussi son côté extraverti notamment lorsqu’elle explose, elle explose vraiment. Avant tout, j’aimais avoir un personnage qui joue sur ces deux tableaux : un personnage complexe.

Pourtant, lorsque j’étais petit, j’étais très introverti et je pense qu’une partie de ma famille pensait que j’étais muet.

Elle entre pourtant bien en contact avec les autres, avec des personnages secondaires, un peu à la marge.

Elle a du mal avec les enfants, avec certains adultes mais avec les « laissés-pour-compte », elle y arrive. La base de Momo, c’était vraiment eux, les « laissés-pour-compte ». Ce que je regrette souvent dans les titres jeunesse, c’est que les enfants côtoient des enfants, des parents et c’est tout. Alors que moi enfant, j’avais un grand frère et il y avait d’autres personnes autour de moi. Il y a une projection à l’enfance que l’on ne voit pas dans certains titres.

Il était important que Momo rencontre des adolescents. Le côté intergénérationnel est aussi important, notamment avec sa mamie. Enfermer des enfants avec des enfants, ce n’est pas ça la vie.

En quoi les années 80 servent-elles ton histoire ?

L’histoire se déroule dans les années 80-90. Le récit au départ devait se situer au Japon. Je voulais parler des «laissés-pour-compte» parce que j’avais des références de ce côté avec le Japon. Là-bas, c’est particulier puisqu’ils sont cachés. Mais j’ai eu peur de tomber dans des clichés donc j’ai situé mon histoire dans la campagne normande dans les années 80-90. En plus, cela me permettait d’y mettre des choses plus personnelles.

Pour les adultes-lecteurs, cela permettait aussi d’y mettre un peu de nostalgie. Avec Rony et l’éditeur, on ne voulait pas non plus trop le marquer pour ne pas perdre ceux qui n’avaient pas ces références.

Comme dans Bergères guerrières, l’ouverture vers la mer est aussi très importante. Pourquoi ?

Je savais que le récit serait basé sur l’attente du père qui part en mission en mer. Avoir cette ligne d’horizon, ce désert où tu as l’espoir de voir un petit point apparaître, c’était aussi  jouer sur cela.

« J’ai choisi Rony pour le côté très vivant de son dessin »

Qu’est-ce que tu apprécies dans le travail de Rony ?

J’ai choisi Rony pour le côté très vivant de son dessin. Je l’avais contacté lorsque j’étais chez Ankama. A l’époque, il n’y avait pas encore trop Facebook, donc je fouillais sur les blogs et les sites de dessinateurs. De bons dessinateurs, on en a des pelletées mais avec le dessin de Rony, il y avait des univers et des jeux narratifs qui se créaient. Sur ses images, on a envie de voir la suite. En plus, il allait vers la jeunesse mais pas une jeunesse clichée. Il y avait aussi énormément de charme dans son dessin.

« L’écriture, c’est un travail d’alchimiste en terme de rythme et de ton »

Pourquoi était-ce important pour toi qu’il y ait ce fil ténu entre la comédie et le drame ?

Dans Momo, si j’avais commencé directement dans le drame, cela n’aurait pas fonctionné, on aurait été trop dans le pathos. Cela aurait pu être lourd et les gens se seraient attendus à un événement tragique.

Je joue beaucoup sur l’ascenseur émotionnel. Lorsque l’on n’est que dans le pathos, on est préparé à voir arriver le drame. J’apprécie de rythmer mes histoires. L’écriture, c’est un travail d’alchimiste en terme de rythme et de ton. Mes références en la matière ce sont des films comme Little miss sunshine, où l’on peut parler de la mort avec un ton de comédie et ainsi passer du rire aux larmes. Il suffit parfois d’un rien pour que cela bascule : un coup de téléphone pour annoncer qu’un proche est malade… Tout peut s’effondrer d’un coup.

« Mon plus gros défi en tant que scénariste, c’est de me faire oublier »

Est-ce que tu lis des albums jeunesse ?

J’en lis pas mal. J’aime par exemple Julien Neel, le créateur de Lou, qui a une façon très naturelle de raconter des histoires. Mon plus gros défi en tant que scénariste, c’est de me faire oublier, que l’on ne sente pas qu’il y ait un auteur derrière. Je cherche le naturel avant tout, quitte à ne pas être impressionnant dans mon écriture et mes dialogues. Ça doit avant tout sonner juste.

Bergères guerrières (deux volumes avec Amélie Fléchais)

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le travail de Amélie pour lui proposer cette histoire de Bergères guerrières ?

Il y avait un univers qui était là comme chez Rony. C’était posé et très mâture pour de jeunes artistes. Amélie faisait un webcomics et je savais qu’elle avait envie de publier une bande dessinée. Il y avait aussi ce monde folk qui était super chouette. Comme Yohan Sacré, ils aiment les contes russes comme les films de Wes Andersson, des choses très graphiques.

Pourquoi était-ce important de mettre en scène des femmes, un groupe de femmes ?

C’est Amélie qui m’a fait remarqué que je n’avais que des héroïnes. Je n’y avais pas fait attention. Cela m’aide à prendre du recul. Si sur Momo j’avais fait un petit garçon, je me serais trop posé de questions de style : Enfant comment aurais-je agi ? Sachant que je ne faisais que lire et jouer aux Lego – j’étais un petit pétochard – donc l’histoire aurait été hyper chiante.

Le projet est parti de dessins d’Amélie pour un collectif où elle avait dessinée des Bergères guerrières, où il y avait déjà cette famille et cette idée de clan. Il y avait vraiment du potentiel et j’ai pu y greffé une thématique : ceux qui restent pendant la guerre. Lorsqu’on parle de conflits armés, on voit les hommes au front mais on ne parle ni des enfants, ni des femmes et ni des anciens. Les femmes arrivent pourtant à s’émanciper un peu et à montrer qu’elles sont autant capables que les hommes, comme pendant la Première guerre mondiale.

J’aime trouver des points de vue un peu particuliers : la guerre par l’angle des femmes ou bien un enfant qui a une vie bien particulière pour parler d’enfance. Lorsque je me lance sur un projet, j’ai un personnage, une thématique et un point de vue qui vont me permettre de creuser quelque chose d’un peu original.

Je ne voulais pas non plus en faire un pamphlet féministe, ni être dans l’éducatif mais plutôt de l’aventure. Amélie est fan d’Harry Potter donc il fallait que j’imagine quelque chose de généreux dans l’aventure fantastique mais avec du fond.

« Un héros réussissant tout, c’est un peu pénible et pas du tout réaliste »

Etait-ce la force du groupe qui était important dans la série ?

Dans Bergères guerrières, c’est très clan. Je trouvais intéressant que cette fille soit portée par ce clan de femmes. Je trouvais bien, comme Momo qui se retrouve à grandir dans une famille recomposée, à côtoyer des adolescents, des SDF et des marginaux. J’avais l’idée d’un personnage qui ne vit pas que par lui-même. Avoir des personnages secondaires forts mais pas des faire-valoir. Un héros réussissant tout, c’est un peu pénible et pas du tout réaliste.

Lorsque l’on est enfant, on est une éponge, on s’inspire des autres mais on ne grandit pas seul. Il y a toujours des choses qui découlent des gens qui nous ont entouré.

Dans Bergères guerrières, il y a aussi ce côté village d’Astérix proche de la mer mais aussi ce côté clan matriarcal africain.

Il y a quelques villages en Chine ou en Afrique qui sont gérés ainsi. J’aime ce côté ethnologique que je peux voir dans des documentaires.

D’où vient ce système de capes de couleurs ?

C’est un moment où je m’étais mis aux arts martiaux. On passe un cap en changeant de couleurs de ceinture. Il y avait aussi un peu le côté scout avec les récompenses. C’était donc des buts à atteindre comme aussi dans les jeux vidéo. En plus c’est pratique, quand on voit un personnage, tout de suite on sait à quel stade il est.

En combien de tome la série est-elle prévue ?

Au début en trois mais on va aller vers quatre. Il y a beaucoup de personnages et il faut que je les fasse vivre. Je sais où je vais dans mon histoire et je connais déjà la fin.

En plus, j’aimerai développer des spin-off avec des personnages secondaires. J’ai posé des bases pour raconter la vie du grand frère de Liam à la guerre.

Timo l’aventurier (un tome avec Yohan Sacré, Le Lombard)

Peux-tu me présenter Timo ?

C’est un petit garçon naïf. Ce qui m’intéressait, c’était d’imaginer un enfant cultivé, très intelligent et malin mais aussi naïf.

Il vit dans un petit village reclus, il est passionné de lectures de récits d’aventure et de chevalerie. Il a tout lu. Il se dit alors : « J’ai tout lu, ça y est je suis prêt, je peux partir à l’aventure ». Il y a d’un côté cette curiosité mais d’un autre, il ne se rend pas compte des dangers parce qu’il reste un enfant.

« Je n’aime pas avoir des personnages trop lisses »

Est-il hautain ?

Je n’aime pas avoir des personnages trop lisses. J’aime bien jouer sur les codes et sur Timo c’était mon credo : avoir un jeune héros qui part à l’aventure comme dans Zelda et où l’on voit les grandes étapes de son parcours.

Peut-être qu’il est un peu hautain au début puis on comprend qu’il est naïf. C’était pour le rendre un peu plus complexe. En tout cas, j’espère un peu plus intéressant qu’un héros de base très gentil.

Si des lecteurs l’ont trouvé ainsi, cela ne me dérange pas, car je le voulais très sûr de lui. Pour pouvoir jouer sur le contraste qu’au fur et à mesure de son aventure, il se rende compte que son savoir ne lui suffit pas.

Ce qui était important aussi était-ce la lecture, les contes, les savoirs ?

On voulait depuis longtemps travailler ensemble avec Yohan. Il y a dans son trait, un sorte de naïveté enfantine qui se dégage. Je trouvais intéressant de reprendre cela tel quel. Jouer sur ce côté graphique enfantin et moi jouer sur un contexte complètement classique de jeune héros qui part à l’aventure mais aussi de le brusquer. Que l’on soit surpris en voyant le dessin de Yohan qu’il lui arrive des sales trucs, toujours avec cet enrobage assez mignon, assez conte, assez classique.

L’idée du carnet de bord où il consigne sa journée est très intéressante. En quoi l’idée de l’écrit était important dans Timo ?

Au début, on avait évoqué que puisqu’il aime lire, potentiellement il aime écrire. Je voulais avant tout que cela rajoute au récit, pas que ce soit un bonus à la fin de l’album. Timo fait son carnet de route, cela me donnait un autre moyen de le faire parler différemment, d’être un peu plus dans sa tête, avec sa voix à lui. Je ne voulais pas de récitatifs partout. Je voulais une fois de plus que ce soit naturel et ainsi voir le décalage de ce que nous, lecteurs, nous voyons et que lui voit toujours dans sa naïveté. Par exemple, il se dit : «J’ai rencontré un grand sage» alors que c’est juste un ours un peu perché.

« Peut-être est-ce mon goût pour le documentaire qui me fait aller vers des choses réalistes, caméra à l’épaule »

Tes albums ont des points communs. Ce que l’on apprécie tout d’abord c’est que les histoires de tes héros-enfants sont contées à leur hauteur. Pourquoi est-ce important cette échelle de vision ?

C’est toujours dans l’optique de moi savoir comment j’aurais réagit enfant. Il reste beaucoup de chose à raconter en jeunesse mais surtout en étant réaliste. On a souvent des héros qui partent à l’aventure et qui réussissent tout. Ça marche quand on est enfant mais j’aime plus l’optique réaliste et mettre à mal mes jeunes héros. Peut-être est-ce mon goût pour le documentaire qui me fait aller vers des choses réalistes, caméra à l’épaule.

Est-ce difficile de se mettre à leur hauteur ?

Je ne me dis jamais que j’écris pour les enfants mais je me dis que j’écris des récits « tout public ». Je ne me suis pas mis de limite. Dans l’écriture, c’est le moment des dialogues qui est le plus compliqué pour que l’on sente que ce sont des enfants qui parlent.

Quand j’ai commencé Momo, dès que je croisais des enfants j’essayais d’écouter leur façon de parler pour être le plus juste. C’était vraiment un travail par couche de réécriture.

Timo et Bergères guerrières sont dans une thématique fantastique. Qu’est-ce que tu apprécies dans ce genre littéraire ?

J’aime bien mais je m’en méfie. J’ai grandit avec ça, des dessins animés et des romans. Adolescent j’ai découvert Tolkien et Star War. J’en suis assez friand mais en tant que scénariste je m’en méfie. Je ne veux pas uniquement me contenter de créer une faune, une flore et un univers. Je ne suis pas là pour créer un jeu de rôle mais pour écrire une histoire.

J’aime le fantastique lorsque je peux aller plus loin que cela. Dans Bergères guerrières, il y a des enfants qui sont face à des menaces. J’utilise le fantastique lorsque je veux pousser un sujet fort, comme la guerre par exemple. Si c’était réaliste, ce serait trop frontal.

« L’enfance, c’est un moment où l’on se construit et le livre permet de façon ludique de donner des codes d’apprentissage »

En quoi est-ce important aussi de t’adresser aux enfants ?

Parce que j’ai grandit avec des albums, je suis un gros lecteurs en BD mais aussi en roman. Ça fait partie de ma culture, ça m’a formé de façon plus ou moins importante. Les livres étaient là au quotidien. Ce qui me plaît, c’est de transmettre. Ce qui est aussi important, c’est lorsque des parents, des adultes en parlent autant que les enfants, voire partagent sur le même livre.

L’enfance, c’est un moment où l’on se construit et le livre permet de façon ludique de donner des codes d’apprentissage.

Avec Momo, tu as eu un pléiade de sélections et de prix, et ce pour une première série. Comment as-tu reçu cela ?

C’était avant tout très encourageant. J’ai quitté mon travail d’éditeur, mon CDI, mes tickets resto et mes congés payés pour être auteur, c’était donc un sacré pari. Ce qui est paradoxal, c’est que l’année dernière, il y a eu beaucoup de prix alors que financièrement ça ne suivait pas et encore maintenant, c’est compliqué.

Je dois bien avoir un mois de travail tous les ans qui « saute » juste pour préparer et présenter des projets, ce n’est pas simple financièrement. Parmi tous les gens qui travaillent dans l’édition, on est les seuls qui ne sommes pas salariés. Il y a une dépense d’énergie qui est assez folle de ce côté-là.

Cela faisait plaisir parce que beaucoup de ces prix venaient des enfants. Souvent, ils aiment ou ils n’aiment pas, c’est franc. Ça me rendait aussi triste parce que je voyais plein d’auteurs qui faisaient du bon boulot et moi je trustais tous les prix. Il y a plein d’auteurs qui galèrent et qui n’ont même pas ces encouragements.

As-tu déjà des projets signés ?

Oui avec Jérémie Almanza – auteur de Aristide broie du noir avec Séverine Gautier et une version de Pinocchio chez Métamorphose – nous avons un projet jeunesse aventure chez Casterman en trilogie.

Il y a aussi le spin-off de Bergères guerrières. Notre éditeur est partant mais j’attends de trouver la bonne dessinatrice ou le bon dessinateur, parce que pour Amélie, la priorité, c’est de terminer la série.

J’ai aussi dans mes cartons, un récit jeunesse-ado d’anticipation. Je ne veux pas non plus rester enfermé dans la catégorie « jeunesse » donc je travaille aussi des récits pour les adultes : un road-trip en Ecosse notamment ou encore du médiéval un peu plus cru.

Entretien réalisé le vendredi 23 octobre 2018 à Blois.
Article posté le dimanche 23 décembre 2018 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir