Dans Le vœu, un petit garçon vampire tente d’interagir avec des enfants en leur faisant peur. À l’occasion de la sortie de cet album, son dessinateur Virapheuille nous a consacré quelques minutes pour en parler dans un café à Poitiers.

Virapheuille, nous sommes à Poitiers. Est-ce votre ville d’adoption ou êtes-vous originaire de la cité pictave ?
Alors, je ne connaissais pas Poitiers jusqu’à ce que j’y travaille. Je travaillais à la MSA de Niort et comme un poste se libérait à Poitiers, j’ai accepté.
Qu’est-ce que vous appréciez dans cette ville ?
C’est est assez calme. Et puis il y a des magasins de TCG (Trading Card Game, genre Pokémon ou Magic, ndlr) !
Ça fait pas mal de temps que je ne suis pas allé dans un magasin de TCG parce que j’étais en résidence d’artiste à Saint-Brieuc pour la ligue de l’Enseignement des Côtes d’Armor. J’y suis resté un mois et demi. Je faisais notamment des ateliers scolaires, tous les jours. Le mercredi, j’animais un atelier de découpage papier aquarelle.

« Le dessin, c’est un mode d’expression presque… primaire. »
Pourquoi avoir choisi de suivre des études d’arts plastiques ?
Je pense que tout le monde déjà de base aime le dessin. Tout le monde s’exprime avec le dessin. C’est un mode d’expression presque… primaire. C’est vraiment quelque chose que les enfants font un petit peu naturellement.
Quand j’étais petit, je faisais des fan arts. Je dessinais des Pokémon et des Looney Tunes. Et ce qui m’a donné un peu goût à la lecture. Parce que moi, je viens d’une famille d’immigrés. Chez nous, on n’avait pas cette culture du livre.
Mais, mes parents m’ont quand même offert des livres. Même si c’était assez rare.
Quand j’étais petit, il y avait un dessin animé qui passait à la télé : Tom-Tom et Nana. Quand je suis allé à la bibliothèque de l’école, il y avait des livres de cette série. J’en ai lu et j’ai adoré.
« J’ai aimé le dessin grâce aux dessins animés. Ce qui m’a donné envie de dessiner. »
Qu’est-ce qui vous reste encore aujourd’hui de ces cours d’arts plastiques à Rennes ?
C’est très théorique. Finalement, en arts plastiques, on fait un peu de tout. Du dessin, de la photo… En licence 3, j’avais réalisé une bande dessinée numérique. C’est un peu interactif.
Mais en fait, ce qui m’a aidé à la fac, c’est d’avoir du temps. On a du temps pour se développer.
J’ai l’impression que j’ai commencé réellement à apprendre et à développer mon univers à ce moment-là. Même si je n’avais pas le même style du tout. Mais j’étais plus libre et je faisais vraiment des dessins à moi. Alors qu’avant, je recopiais des choses.

Virapheuille, quel était votre rapport à la bande dessinée lorsque vous étiez plus jeune ?
Je n’en lisais pas énormément. À part Tom-Tom et Nana et les Boule & Bill. Mais, je m’y plongeais des heures.
« J’avais peur parce que je ne connaissais personne dans ce métier »
Finalement, vous avez débuté dans le monde de l’édition du livre illustré que récemment. Qu’est-ce qui vous a fait basculer dans cet univers ?
C’est ce que je voulais faire depuis des années. C’était au moment du Covid. Je ne sais pas, c’est difficile à expliquer. Malgré tout, j’ai adoré dessiner et en faire ensuite mon métier.
Avant le Covid, jamais je n’avais osé. J’avais peur parce que je ne connaissais personne dans ce métier. Je ne connaissais rien à l’édition. Je ne savais même pas comment on faisait un livre !

Votre premier livre illustré est édité en 2021 : La forêt de Tartempion, avec Marie Osmont. Comment s’est déroulée cette rencontre ?
J’avais un Book sur internet qui me permettait de montrer mes dessins. Book, c’est un site artistique en ligne. J’y avais créé ma page.
Marie Osmond, qui est la scénariste du livre et la créatrice de la maison d’éditions Plumes de bourdon, m’a repéré sur Book. Elle se lançait tout juste dans l’édition. On a donc commencé ensemble cette aventure. Et, on a monté ce projet de livre.
Quand je réfléchis, j’ai vraiment eu de la chance. J’ai l’impression que c’est une succession de chances ce qui m’arrive dans la vie.

On remarque dans votre bibliographie que vous avez beaucoup travaillé avec Pierre Joly (La jeune fille et l’oiseau, Les merveilles, Adorable Bleuette…). Comment l’avez-vous rencontré ?
En fait, à peu près au même moment que Marie m’a contacté, Pierre m’a écrit pour faire un concours, un appel à projet. Les lauréats étaient publiés par sa Région et les livres offerts aux nouveau-nés. Mais, on n’a pas gagné. Comme Marie chez Plumes de bourdon avait aimé l’histoire, elle l’a éditée plus tard.
Il connaissait déjà Marjorie Chamblain, qui était éditrice chez Kennes. Avec Pierre, on a donc fait La couronne en 2022 chez eux.
Puis, il a eu pas mal de livres. La jeune fille et l’oiseau encore avec Pierre. Chez Yo! éditions, il y a eu Un ours dans les étoiles, Ce qui brille et L’heure des étoiles.

« Je crois que j’ai déjà publié 13 livres »
Virapheuille, vous avez enchaîné beaucoup de livres en 6 ans ! Une vingtaine ?
Non, je crois que j’en suis à treize. Si j’en ai beaucoup illustré les premières années, là, j’ai ralenti le rythme. Notre bande dessinée, Le vœu, m’a aussi pris beaucoup de temps.
Ensuite, Thibault Prugne des éditions Margot m’a contacté. Il n’avait pas de projet pour moi mais voulait que je travaille pour sa maison d’édition. Alors, j’ai demandé à Pierre de m’écrire une histoire. Je lui ai dit ce que j’aimerais dessiner et il a imaginé L’enfant et le monde.
Qu’est-ce qui vous plaît dans l’écriture de Pierre Joly ?
Au moment de La couronne, Pierre avait écrit une histoire à partir d’un dessin que j’avais réalisé : un prince et une grenouille. Il s’en est inspiré.
Il travaille sur des thèmes ou des choses qu’on aime, qu’on apprécie. J’aime bien comment il écrit, mais je ne sais pas comment l’expliquer.
Par exemple, pour La jeune fille et l’oiseau, je lui ai dit que je voulais dessiner une personne qui récupère un animal blessé et qui l’emmène chez elle. Elle le nourrit et l’animal grossit tellement que ça détruit la cabane. Et ensuite, elle reconstruit la cabane sur l’animal. Pierre a donc écrit l’histoire par rapport à mon envie.

Virapheuille, comment travaillez-vous avec Pierre ?
Il me donne tout clef en main. Je ne crois pas avoir déjà demandé de modification à ses textes. Tout simplement parce que je les aime bien. Je peux néanmoins lui faire des suggestions quand j’en ai envie.
Vous dessinez beaucoup de livres en lien avec la nature. Est-ce une thématique importante pour vous ?
Je trouve que c’est très important, la nature. On le voit en ce moment avec la canicule. Je trouve dommage qu’on n’en prenne pas assez conscience.
Aujourd’hui, Virapheuille, vous publiez Le vœu, votre tout premier album de bande dessinée avec Pierre Joly ? Comment avez-vous appréhendé le grand saut dans le monde du 9e art ?
J’ai déjà publié deux fois quatre planches dans le journal Spirou. Deux histoires écrites par Joris Chamblain.
Ces planches dans Spirou, je vois ça comme un exercice. Sans pression, même s’il y a de la qualité. Il n’y pas d’enjeu particulier parce qu’il n’y aura pas de suite aux histoires.
Comme je disais tout à l’heure, je ne connais pas trop la bande dessinée. Je n’en ai pas les codes.
J’aurais aimé prendre des cours de bande dessinée. Mais maintenant que je suis parti dans la BD, je suis parti !
Sur Le vœu, je n’ai pas du tout bloqué sur la réalisation des planches. Il n’y pas eu de gros changements entre le projet initial et le travail avec notre éditrice Flavie Souzy à La Gouttière.

« Augustus, même s’il ne me ressemble pas physiquement, il me fait penser à moi quand j’étais petit. »
Le Vœu met en scène Augustus. Qui est-il ?
C’est un petit garçon vampire. Il est un peu trop sûr de lui. J’ai l’impression qu’il ne sait pas trop grand-chose de la vie, mais il a envie d’apprendre.
Il a envie de terroriser les autres enfants, mais il n’y arrive pas. Ce n’est pas un vampire qui fait peur.
La première fois où il rencontre Aurore. Elle ne le voit pas. Il se rend donc compte qu’il est tout seul.
Même s’il ne me ressemble pas physiquement, il me fait penser à moi quand j’étais petit.

Vous avez commencé à l’expliquer : pourquoi veut-il absolument se rapprocher des humains ?
C’est de la curiosité, parce qu’en fait, il vit un peu tout seul. Il a cette envie de se sociabiliser.
Parfois, quand on est petit, on a envie de plaire aux gens et on fait des choses qu’on ne devrait pas faire.
Même s’il veut faire peur aux gens, c’est plus par envie de découvrir le monde, une envie de découvrir les autres. Mais, il se sent seul.
Finalement, est-ce que l’on peut dire que ce n’est pas un méchant garçon ?
Vouloir faire peur, c’est un peu une excuse au début pour lui. C’est un peu sa manière à lui d’aller vers les gens. Mais, c’est maladroit.

Comment avez-vous travaillé graphiquement sur Le vœu ?
Je ne travaille qu’en numérique, sur Photoshop. Tout est numérique, le dessin comme les couleurs.
Avez-vous toujours utilisé le numérique ou avez-vous déjà dessiné de manière classique ?
A la fac, j’ai acheté une petite tablette sans écran. J’ai commencé à dessiner avec ça.
Comment passer du scénario de Pierre Joly à vos planches ?
C’est comme pour les livres que j’ai déjà faits avec lui. Il me donne tout d’un seul coup. Même si cette fois-ci, c’était un peu particulier parce que c’est une bande dessinée. J’ai réalisé la première moitié, puis le story-board de la deuxième pour voir si ça allait fonctionner, parce que c’est une bande dessinée en miroir.
Pour que Pierre et Flavie puissent voir l’avancée de l’album, je mettais toutes les planches au fur et à mesure sur un drive.

Virapheuille, vous allez commenter les planches que j’ai choisies. J’en ai sélectionné trois. Page 3. C’est la première apparition d’Augustus. Comment l’avez-vous réfléchi en termes de design ?
Quand j’étais à la fac, j’avais dessiné une espèce d’ »original character ». Le personnage que j’avais créé était un lion avec les cheveux verts qui avait un peu ce genre de coupe de cheveux comme ça : en arrière. Une coupe, un peu comme un pinceau. Donc, la coupe de cheveux d’Augustus, je pense qu’elle vient de là.
Pour son pantalon, j’aime bien le jean mais un peu velours. C’est un effet que j’aime bien. En dessin, visuellement, je trouve ça beau, tout simplement.
Ses oreilles sont pointues parce que ça faisait un peu plus vampire. Son petit nez en trompette, en fait, tous mes personnages sont comme ça.
Et enfin, une cape sur les épaules. Au niveau du chara-design, généralement, mes personnages sont assez simples. Je n’essaie pas de mettre plein de choses pour qu’ils soient reconnaissables. Je trouvais que les cheveux oranges, c’était sympa.
D’ailleurs, les trois premières pages, c’est celles que l’on a envoyées à la maison d’édition pour notre projet. Elles ont été écrites comme ça même si elles ont été retravaillées.
« La couleur, c’est ce que je préfère ! »
Virapheuille, quel est votre rapport à la couleur ? Est-ce une étape facile pour vous ?
La couleur, c’est ce que je préfère. Vraiment, j’adore la couleur. J’aime bien créer des ambiances. Même si la deuxième partie de l’album, pour les couleurs, ça n’a pas été simple. On est dans le réel alors qu’avant, on est dans le fantastique.

La page 15. Augustus et Cornellius, sa chauve-souris, entrent dans le cimetière. Pourquoi avoir choisi une pleine page pour ce moment ?
C’est le choix de Pierre. Tout simplement parce qu’il a essayé de le penser “en miroir”.
Quelle était votre envie en termes d’ambiance dans ce cimetière ?
J’avais juste envie d’un grand cimetière où il y a plein de tombes un peu partout, que ce soit un peu le foutoir et que tout ne soit pas bien rangé. Je voulais que ça reste un peu naturel.

La double-page 28 – 29. Aurore et Augustus sont dans le jardin public. Pourquoi avoir choisi une double-page et un cheminement des personnages ? Qu’est-ce qui vous plaît dans ce style de mise en page ?
Là encore, c’est le découpage de Pierre. C’est aussi lui qui a eu cette volonté de cheminement des personnages dans la planche.
J’adore dessiner ce genre de planche. Ça permet aussi de raconter des choses et de faire réaliser aux personnages plusieurs mouvements différents. Augustus et Aurore font plein de trucs ensemble.
Et pour la lisibilité dans la lecture, il y a un chemin plus clair.
Je me suis dit que dessiner cette planche, ça allait me faire plaisir. Mais en même temps, c’est un casse-tête parce que le livre est en miroir. Il fallait que je pense que les gros éléments ne cachent rien. Par exemple, la maison avec le toboggan, le tas de sable ou la balançoire. Il ne fallait qu’il n’y ait pas trop d’éléments qui cachent le miroir.
Quand je travaille, je commence par la première planche. Je ne dessine pas dans le désordre.
Merci Virapheuille pour ce joli temps d’échanges. On peut retrouver Le vœu dans toutes les librairies à partir du 18 septembre.

L’entretien a été réalisé le mercredi 15 juillet 2026 à Poitiers.
- Le vœu
- Scénariste : Pierre Joly
- Dessinateur : Virapheuille
- Éditeur : La Gouttière
- Prix : 14,70€
- Parution : 18 septembre 2026
- ISBN : 9782357961128
Résumé de l’éditeur : Augustus est un jeune vampire. Il vit la nuit, mange avec ses parents uniquement le dimanche après minuit, et a pour seule amie une chauve-souris.
Aurore est une petite fille. Elle va à l’école, est entourée par des parents aimants, et recherche son animal de compagnie récemment disparu.
Malgré leurs différences, ces deux enfants ont un point commun : leur anniversaire ! D’un souffle, les bougies vacillent et scellent dans un vœu, l’instant de leur rencontre.
… Tout a changé à cet instant précis.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
En savoir