Alors que le tome 2 de la série Les Enfants de l’Empire est sorti récemment aux éditions Delcourt, Comixtrip vous propose de mieux faire connaissance avec le travail de Yudori.
Avec cette série très élégante visuellement, cette jeune autrice sud-coréenne nous plonge dans l’Histoire de son pays dans les années 1930, alors qu’il est occupé par le Japon. Un récit sur la colonisation japonaise dans lequel on assiste à des chocs de culture entre les différents protagonistes.

Après votre premier album, Le Ciel pour conquête, vous décidez de changer de continent et de temps. Pourquoi ?
Yudori : Je viens de Corée du Sud et j’ai cette histoire à l’esprit depuis longtemps. Donc ce n’est pas vraiment changer, c’est presque revenir en arrière.
La Corée, c’est votre pays, était-il important pour vous d’y situer votre nouveau récit ?
Yudori : Oui, parce que ces dernières années, je pense que la Corée du Sud est devenue plus populaire dans le monde. Je suis allée à l’école aux États-Unis et maintenant je vis au Royaume-Uni. À chaque fois que je rencontre des gens et que je leur dis que je viens de Corée du Sud, ils me disent : « Oh, c’est un beau pays, n’est-ce pas ? Tout se passe bien, c’est un pays riche. »
J’ai réalisé que la Corée dont ils parlent est différente de la Corée que je connais. Je suis née dans un village rural et quand j’étais petite, les gens ne possédaient pas grand chose. La culture coréenne n’était pas très populaire. Quand j’ai parlé avec mes parents, leur vision de la Corée est totalement différente de la mienne. Donc j’ai voulu mettre dans cet album ma vision de la Corée, celle que je connais.

Dans Les enfants de l’Empire, votre personnage principal est une jeune femme, comme dans votre précédent album (Le Ciel pour conquête).
Yudori : En parlant d’une jeune femme, je pense que c’est plus facile pour moi. Ce serait plus difficile si je devais écrire une histoire qui s’intéresse à un jeune homme ou à une personne trans. Je ne peux pas dire que je connais leur vie. Je veux écrire sur ce que je connais de mon passé.
Vous avez situé votre récit dans les années 1930, alors qu’il n’y avait qu’une seule Corée.
Yudori : Je pense que mon objectif ici était de montrer comment le colonialisme a affecté la vie quotidienne, mais pas d’une manière si extrême. Souvent, quand les gens parlent du colonialisme ou de la guerre dans les films et les livres, c’est souvent avec un niveau de violence extrême.
Je voulais parler de ça. Même si ce n’est pas extrême, même si personne n’est tué, ça affecte les gens dans leur vie quotidienne.

Votre héroïne, Arisa Jo, est une jeune femme très moderne, ce qui n’était pas commun à cette l’époque, dans les années 30.
Yudori : Grâce à cette période très traumatisante dans l’histoire coréenne, on apprend beaucoup sur le colonialisme. Dans les livres ou dans les cours d’histoire, l’objectif était toujours pointé sur les hommes, sur la lutte contre l’impérialisme japonais pour protéger les femmes.
On ne parlait pas beaucoup des femmes à l’école. Puis j’ai grandi et j’ai fait mes études. C’est alors que j’ai réalisé qu’il y avait tellement d’autrices, d’activistes femmes et d’intellectuelles. Donc j’ai vraiment voulu parler de cette femme qui a pris toutes ces influences modernes et occidentales et qui le vit bien.
Dans votre livre, il est question de choc des cultures avec ces deux familles très différentes, ce jeune homme venant de la campagne et cette jeune fille habitant en ville.
Yudori : Je pense que c’est l’une des thématiques les plus importantes de ce livre. L’histoire de cette jeune fille, Arisa Jo, est vue par un garçon, puisque c’est lui le narrateur. Mon point de vue n’était pas vraiment d’exprimer son opinion sur la fille, mais plutôt d’exposer comment il pouvait être stupide face à elle.
J’ai lu beaucoup de livres sur cette époque et des livres écrits par des hommes. Sur la façon dont ils décrivent ces femmes rurales ou ces femmes modernes. Comment les femmes étaient souvent vilipendées ou regardées comme des filles stupides alors qu’elles voulaient juste acheter des vêtements. J’ai trouvé très intéressant, cette façon dont les hommes voyaient les femmes, alors que les colonialistes japonais occupaient notre territoire et que notre pays était en ruines.

C’est un récit historique, dans lequel vous avez inséré une histoire romantique entre vos deux principaux protagonistes.
Yudori : C’est pour parler de la façon dont le mariage se déroulait jusqu’à cette époque, en Corée. Quand une fille ou un garçon avait 12 ans, le père recherchait la bonne personne pour marier son enfant. C’est vraiment comme ça que ça se passait.
Jun Seomoon et Arisa Jo correspondent à l’une des premières générations de Coréens qui pouvaient décider avec qui se marier. Et leur façon de voir le mariage est différente de la façon dont nous nous voyons le mariage. J’ai trouvé que c’était vraiment intéressant de parler de ça.
À la fin de chaque chapitre, vous insérez des pages avec des notes, à la fois amusantes et vraiment très intéressantes.
Yudori : Quand je finissais de travailler sur un chapitre, j’essayais de montrer ce que j’aimais à propos de la Corée, comme la nourriture, les vêtements. J’aurais aimé en parler plus, mais je ne voulais pas que les lecteurs de mon histoire soient distraits par mes explications. J’ai donc inséré quelques pages, pour montrer tout mon amour pour toutes ces choses agréables pour moi. Et ça vous permet une petite pause dans la lecture.

Quand vous réalisez un album, vous êtes à la fois au scénario et au dessin. Laquelle de ces activités préférez-vous ?
Yudori : Je préfère définitivement écrire parce que dessiner prend tellement de temps. Tellement de temps ! J’espère qu’un jour, si je deviens assez connue, un dessinateur voudra bien travailler avec moi. Alors je n’aurais plus besoin de dessiner.
Merci beaucoup Yudori d’avoir répondu aux questions de Comixtrip lors du Festival Quai des Bulles 2024.
- Les Enfants de l’Empire tome 1
- Autrice : Yudori
- Editeur : Delcourt
- Prix : 20,50 €
- Parution : 09 octobre 2024
- ISBN : 9782413077145
Résumé de l’éditeur : Corée, 1929. Dans la capitale qu’on appelait alors Gyeongsung, tandis que l’occident diffuse peu à peu sa culture « moderne », le Japon impose la loi de l’occupant. Arisa Jo, la fille d’un riche marchand, et Jun Seomoon, le jeune héritier d’une noblesse déchue, vont incarner ces influences contraires et les conflits intérieurs violents qu’elles font naître en chaque coréen.
- Les Enfants de l’Empire tome 2
- Autrice : Yudori
- Editeur : Delcourt
- Prix : 20,50 €
- Parution : 19 novembre 2025
- ISBN : 9782413088622
Résumé de l’éditeur : Corée, 1930. Arisa Jo et Jun Seomoon sont à la croisée des chemins. Tandis que le passé d’Arisa refait surface, son esprit rebelle la pousse à trouver refuge dans des amours inattendus. Quant à Jun, sa quête de sens le pousse vers des idées radicales. Tous deux naviguent désormais dans un monde où leurs passions pourraient bien les jeter sur des chemins opposés.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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