Geisha ou le jeu du shamisen

Après avoir quitté son village, Setsuko est confiée à une maison éduquant les geishas. Mis en image par Christian Durieux, Geisha ou le jeu du shamisen imaginé par Christian Perrisin conte l’histoire fascinante de cette petite fille dans ce monde méconnu et attirant.

QUITTER SON VILLAGE POUR LA GRANDE VILLE

Japon 1912. La famille Tsuda acculée par le manque d’argent décide de quitter son village montagnard pour la grande ville. Entre une mère aimante et dévouée et un père ancien samouraï qui boit, l’ambiance n’est pas au beau fixe. Le couple a deux filles de 3 et 7 ans. L’aînée Setsuko n’est pas très belle mais est ingénieuse et débrouillarde.

Après plusieurs jours de marche, ils arrivent en ville, passent aux bains publics et trouvent une chambre dans un hôtel miteux pour 15 nuitées.

OKIYA, GEISHAS ET ÉDUCATION STRICTE

Un jour alors qu’il était encore ivre, Tsuda se fait renverser par un tramway. Après un long séjour à l’hôpital, il en ressort amputé d’une jambe. Sa femme doit alors travailler pour compenser puisque lui ne peut plus le faire.

Lui faisant promettre d’obéir quoiqu’il advienne, l’homme fatigué vend Setsuko à une okiya, une maison de geishas. Elle est accueillie par madame Tsushima qui débourse beaucoup d’argent pour l’acheter et décide de la renommer Kitsune, la renarde.

Elle est alors confiée à O-Tsuru – une servante – qui la loge dans une grande pièce sombre sans fenêtre où une autre fille dort. Les jours suivants, elle découvre les codes des geishas, la hiérarchie et l’éducation stricte de la maison…

UNE TOILE DE FOND ORIGINALE

Alors que quelques mangas ont ouvert les portes des okiyas à leurs lecteurs, Geisha ou le jeu du shamisen est sans doute le récit le plus complet et le plus fascinant sur ce milieu.

Solidement documenté (voir la bibliothèque comprenant plus d’une dizaine d’ouvrages et quatre films), l’histoire imaginée par Christian Perrissin est extrêmement accrocheuse.

L’auteur du merveilleux Kongo (avec Tom Tirabosco) a choisi comme toile de fond les ères Meiji (1868-1912) et Taisho (1912-1926) pour implanter son récit. Ces deux périodes sont de vraies ruptures importantes au Japon, voyant les populations campagnardes s’exiler dans les villes qui commencent à s’industrialiser et se développer. Cela imprime à Geisha ou le jeu du shamisen un parfum rétro très agréable, entre traditions et ouverture au monde.

GEISHA OU LE JEU DU SHAMISEN : EXTRAORDINAIRE RÉCIT D’UN MILIEU PEU CONNU

Christian Perrissin décrit avec justesse et tout en délicatesse, le milieu des geishas, milieu obscure et fermé. Les codes très forts et l’éducation stricte permettent aux jeunes filles de gagner leur vie. Entre les servantes, les dames de compagnie, les musiciennes, les danseuses ou les prostituées, chacune d’elles occupaient une place particulière dans ces établissements.

Pour donner de la chaire à son récit, il a créé le personnage de Kitsune, très jeune fille de 8 ans affublée d’un grand nez mais valeureuse et intelligente. Après une longue maladie, elle découvrira le shamisen, instrument à cordes très difficile à jouer. C’est avec ce dernier qu’elle deviendra quelqu’un.

UN DESSIN DÉLICAT EN NOIR ET BLANC

Cette très belle fiction est aussi romanesque par la vie difficile de Kitsune. Son père unijambiste qu’elle adorait, la vend pensant bien faire. Elle lui en voudra longtemps, cherchant même à le retrouver.

Très bel hommage aux films des années 30, Geisha ou le jeu du shamisen est excellemment mis en image par Christian Durieux. L’auteur de Oscar (avec Denis Lapière) dévoile de très belles planches en noir et blanc. Les traits fins de ses personnages sont idéaux pour restituer toute la beauté et la délicatesse de ces femmes. Il prend aussi beaucoup de soin pour représenter les costumes et les décors de l’okiya. Des vignettes sont d’ailleurs dans les pas des magakas.

Article posté le vendredi 05 mai 2017 par Damien Canteau

Geisha ou le jeu du shamisen 1 de Christian Durieux et Christian Perrissin (Futuropolis) décrypté par Comxitrip le site BD de référence
  • Geisha ou le jeu du shamisen, première partie
  • Scénariste : Christian Perrissin
  • Dessinateur : Christian Durieux
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 19€
  • Parution : 06 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Japon, aux alentours de 1912. Setsuko Tsuda a 8 ans quand ses parents quittent leur village pour la grande ville côtière, dernier espoir d’une vie meilleure. Son père, vieillissant, est un ancien samouraï qui boit trop pour oublier la dissolution de sa caste au début de l’ère Meiji. Sa mère, qui était sa jeune servante avant de l’épouser, en veut terriblement à ce raté qui lui promettait monts et merveilles et qui lui mène une vie pire que celle de boniche. Les premiers mois sont prometteurs jusqu’à ce que son père se fasse renverser par un tramway, perde une jambe et toute chance de retrouver du travail. Un soir, il prend la décision de vendre Setsuko à une maison de geisha réputée, l’okiya Tsushima. L’argent reçu en échange de l’enfant aidera la famille, et Setsuko pourra espérer un avenir meilleur. Car être vendue à une okiya de premier rang est considéré comme un privilège. Elle partage désormais son temps entre l’école de geisha, où les jeunes filles apprennent à marcher, danser, chanter… et les corvées de l’okiya. Les premiers mois d’apprentissage sont difficiles. Et le risque majeur pour une apprentie geisha qui échoue est de finir comme servante ou prostituée… Heureusement, Setsuko se réfugie dans le jeu du shamisen, cette guitare à trois cordes qui accompagne le chant des geisha et dont la mélopée peut s’avérer des plus envoûtantes quand on en joue divinement.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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