Histoire de poireaux, de vélos, d’amour et autres phénomènes

Tous les samedis matins, Vincent accompagne ses parents, vendeurs sur les marchés. Là, il retrouve des adultes bienveillants, ses amis mais surtout Marie dont il secrètement amoureux. Marzena Sowa et Aude Soleilhac racontent ses aventures dans Histoire de poireaux, de vélos, d’amour et autres phénomènes, édité par Bamboo. Humour, nostalgie et amitié… C’est rafraîchissant et plein d’amour.

LEVER AVANT L’AUBE ET DÉPART POUR LE MARCHE

Comme chaque samedi matin depuis qu’il est tout petit, la maman de Vincent le réveille avant l’aube. Dur de se lever, de se laver et de manger alors que tous ses camarades font la grasse matinée. Après quelques minutes au radar, sa joie d’accompagner ses parents maraîchers sur son marché préféré prend le pas. Les sacs de patates à soulever, ça ne lui fait pas peur.

Dans leur vieux fourgon Citroën, le couple et leur enfant partent sur les petites routes de campagne. Pas besoin de radio, ils chantent à tue-tête du Renaud. La bonne humeur est au rendez-vous. En plus, ils croisent tous leurs amis exposants avant d’arriver à la grande ville.

LE MARCHE, UN LIEU DE VIE ET D’AVENTURE

Le soleil à peine levé,  les parents déchargent la camionnette mais laisse Vincent faire un tour. Les frères belges lui donnent de l’argent pour aller acheter des viennoiseries. Ce petit moment d’entraide, il apprécie. Mais ce qu’il aime le plus, c’est d’observer de loin, Marie, la fille du fleuriste; une belle et douce jeune fille radieuse entre les roses et les pivoines. Il retrouve aussi Jean-Michel, son ami – fils du poissonnier –  qui le pousse toujours plus à entrer en contact avec la blondinette. Mais le garçon de onze ans est très timide, ce qui n’arrange pas les choses.

Le marché est un véritable lieu de détente, d’amusement et d’aventure pour le trio. Entre la vieille bourgeoise et son cabot de chien qui veut des poireaux identiques, les patates à éplucher pour Yvan le vendeur de frites, la cantinière fantasque, Andrea l’italien vantard, des chats à adopter et un vélo… Tout ce méli-mélo plait à Vincent. Il aime cette ambiance de petite famille, de camaraderie et de folie.

UNE PARENTHÈSE ENCHANTÉE

Située dans une période indéterminée (on pense aux années 80, les acheteurs paient en francs), l’histoire imaginée par Marzena Sowa se savoure avec délice. Idéal pour les jeunes lecteurs, l’album est construit comme une belle parenthèse enchantée, un temps révolu, où l’entraide, l’amitié et les jeux étaient au cœur de la vie. Saupoudrée d’une douce nostalgie, l’auteure décrit magnifiquement ses moments de plaisir, la vie quotidienne de ses marchands ambulants et les premiers émois amoureux.

D’une grande fraîcheur, elle dresse un beau portrait de la campagne française, entre cultures mais aussi difficultés de vendre sa production, ainsi que le manque d’argent – la famille de Vincent ne roule pas sur l’or mais possède une vraie richesse, celle de l’ouverture vers les autres – une belle leçon de vie. Le point fort du récit réside dans la mise en scène de petits moments insignifiants pour le reste du monde; ces petits riens qui font un grand tout, ainsi que de faire se rencontrer un maximum de personne pour dresser une galerie de personnages sympathiques et amusants.

LE MARCHE COMME LIEU DE MIXITÉ SOCIALE

Le marché est ainsi présenté comme un véritable personnage à part entière, un lieu de mixité sociale, un lieu de tous les possibles, préservé par le temps qui passe, lieu d’insouciance pour les gosses et lieu de rencontres pour les adultes.

Loin de la Pologne des années 80 (dans Marzi, avec Sylvain Savoia, Dupuis) ou de la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale (L’insurrection, avec Gawron, Dupuis), la scénariste franco-polonaise happe le lecteur par cet album qui ne paie pas de mine, dans la veine des films de Jacques Tati.

UNE TRÈS BELLE PARTIE GRAPHIQUE

Dans le pas d’Emile Bravo ou de Dawid, Aude Soleilhac illumine Histoire de poireaux par un trait moderne et coloré. D’une belle douceur, ses planches restituent idéalement l’ambiance de fête, de joie et d’amitié du récit. Son marché, on le sent tel celui que chantait Gilbert Bécaud (Les marchés de Provence), un oasis de tranquillité dans ce monde de brut. Décidément, les histoires avec des enfants collent parfaitement avec le dessin très vivant  et tout en rondeur de la jeune auteure (La guerre des boutons, avec Philippe Thirault, Delcourt).

Un cahier de six pages est adossé à l’album où les deux auteurs racontent la genèse de l’album, agrémenté par des recherches graphiques et des souvenirs d’enfance. On en redemande !

Article posté le mercredi 20 mai 2015 par Damien Canteau

  • Histoire de poireaux, de vélos, d’amour et autres phénomènes
  • Scénariste : Marzena Sowa
  • Auteure : Aude Soleilhac
  • Editeur : Bamboo
  • Prix : 15.90€
  • Parution : 20 mai 2015

Résumé de l’éditeur : C’est l’histoire de Vincent, 11 ans, qui adore accompagner ses parents maraîchers sur le marché, davantage pour y retrouver ses copains que pour vendre des poireaux. C’est l’histoire de son amour secret pour la fille de la fleuriste, Marie, à qui il rêve d’offrir une pomme de terre en forme de cœur. C’est l’histoire de balades à vélo, celles qu’il aimerait tant faire avec sa chérie, encore faudrait-il qu’il possède un vélo. Sans oublier Andréa, son rival italien, Madame Yola et sa cantine ambulante, les clients pittoresques qui déambulent dans les allées du marché…

Dans cette ambiance simple et chaleureuse des étals, toutes ces histoires de poireaux, de vélos, d’amour et d’autres phénomènes se mélangent pour créer un tableau tendre et nostalgique de l’enfance.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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