L’âge dur

Gauthier, Louise, Marc, Candice, Pauline, Martin, Jeanne, Nicolas, Sarah, Michel… tous ces prénoms sont ceux d’adolescents qui se croisent, se parlent, se déchirent ou s’aiment. Max de Radiguès raconte leurs grandes et petites histoires dans L’âge dur aux éditions L’employé du moi.

PREMIÈRES CIGARETTES, PREMIERS ÉMOIS, PREMIERS BAISERS, PREMIÈRES TENSIONS

Martin arrive souvent en retard en cours, doit s’asseoir à côté de Jeanne – ce qui ne lui déplait pas mais ce n’est pas réciproque – et copie sur la jeune fille; tandis que Michel aimerait approcher Claire – le jeune basketteur joue sa rencontre au panier rentré – mais celle-ci lui en veut depuis qu’il lui a mis un coup de coude dans l’œil (quelques jours avant la photo de classe !). Sa mère découvre qu’il fume mais il accuse Marc à sa place, ce que son camarade apprécie modérément.

Marc commence à ressentir des pulsions pour un garçon, essaie d’en parler à sa meilleure amie, mais elle ne comprend pas le sous-entendu. Il faut dire que l’adolescent explique que c’est son ami qui l’a embrassé pendant la nuit alors qu’il est en couple avec Louise.

L’AGE DUR : TOURBILLON DE SENTIMENTS

L’âge dur fut publié une première fois en janvier 2011. Pour cette nouvelle version, Max de Radiguès a ajouté 16 pages inédites en couleurs. Pour cet album, recueil d’histoires courtes, l’auteur belge nous raconte l’adolescence. Alors que l’on pourrait se dire que dans cette période délicate, il a toujours les mêmes thématiques : l’amitié, l’amour, les « premières fois », les cigarettes, les cours, la mode ou les relations avec les parents; l’auteur de Hobo Mom réussit à nous accrocher avec ces petits riens qui sont très importants chez ces « presque adultes ».

Quelques lecteurs pourront être déstabilisés par le style narratif de L’âge dur. Pas de héros, pas de linéarité, les histoires s’entremêlent et n’ont parfois pas de fin. Mais pourtant ce merveilleux album, comme un récit choral, est d’une grande justesse, très fin dans la lecture des sentiments et d’une grande bienveillance pour les protagonistes. Max de Radiguès les aime, les protège et surtout les rend beaux, n’en fait pas des êtres à part mais des êtres entiers (ce qu’ils cherchent en somme). D’ailleurs en choisissant cette narration, il les place à la même hauteur, égaux entre eux. Si les garçons semblent empruntés et peu sûrs d’eux, les filles sont plus mâtures mais inaccessibles.

Cette construction en chapitre est dû à la publication dans un fanzine entre 2009 et 2010. Si cela pourrait sembler haché, il n’en est rien, car tout se tient et les transitions sont habilement menées.

MAX DE RADIGUES : L’AUTEUR DE L’ADOLESCENCE

Après de nombreuses lectures sur cette thématique de l’adolescence, on a beau chercher, le meilleur dans ce genre c’est Max de Radiguès (auquel on peut ajouter le travail de Riad Sattouf avec La vie secrète des jeunes ou Retour au collège).

Né en 1982, l’auteur belge a déjà écrit sur l’adolescence notamment, Cowabunga (L’employé du moi), Frangins – deux adolescents demi-frères vont apprendre à se connaître lors de vacances – mais surtout les merveilleux 520 km & Un été en apnée – qui mettent en scène Louise et Simon amoureux mais séparés pour les vacances – (ces trois albums sont édités chez Sarbacane). Nous pouvons aussi ajouter Orignal (Delcourt), formidable album sur le harcèlement.

L’âge dur est dans cette veine réaliste intimiste et intelligente où les adolescents ne sont pas que dans un mal-être mais peuvent aussi ressentir des plaisirs – pas que charnels d’ailleurs – et peuvent nous toucher par leur naïveté, leur insouciance et même leurs colères. La puissance du propos est corroboré par une partie graphique forte grâce à un trait sobre, simple et aérien.

Article posté le dimanche 11 septembre 2016 par Damien Canteau

Sublime album de Max de Radiguès, L'âge dur est publié par L'employé du moi et décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • L’âge dur
  • Auteur : Max de Radiguès
  • Éditeur : L’employé du moi
  • Prix : 16€
  • Parution : 07 septembre 2016

Résumé de l’éditeur : Gautier sort avec la belle Louise, mais ressent aussi quelque chose pour Marc. Romain n’a jamais embrassé personne. Candice essaye d’avoir les devoirs de Pauline. Martin copie sur Jeanne. Nicolas a appris à jouer Stairway to Heaven. Ça n’impressionne pas du tout Sarah. Michel est trop timide pour parler avec Claire, surtout depuis le coquard qu’il lui a donné… À travers une série d’instantanés, Max de Radiguès représente le petit monde de l’adolescence telle que nous l’avons tous vécue ; des premiers flirts aux peines de coeur, des cigarettes en cachette, des jalousies mal placées, des devoirs oubliés, de la complicité et de la camaraderie, des découvertes comme des déconvenues. Au centre de ces petits évènements du quotidien, des personnages pour lesquels l’auteur a manifestement beaucoup d’affection. La composition des planches est réduite à son strict minimum afin de laisser la part belle aux interactions, transformant ainsi la moindre des futilités en une expression exceptionnelle de la sensibilité. L’Âge dur nous replonge avec délicatesse dans nos années « collège » et nous rappelle que l’âge bête (ou ingrat pour d’autres) n’est pas que mal-être et souffrances, mais aussi insouciance et plaisirs. Cette nouvelle édition est enrichie de pages inédites (dont 16 en couleur). À la suite de L’Âge dur, Max de Radiguès a publié plusieurs albums chez Sarbacane mettant en scène de jeunes protagonistes qui lui ont valu de nombreux prix. Preuve, si tant est qu’il y en ait besoin d’une, que la thématique de l’adolescence continuera d’être une source d’inspiration essentielle pour lui.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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