Philippine Lomar, tome 1 : Scélérats qui rackettent

Philippine Lomar n’est pas une adolescente comme les autres : elle est détective privé. Pour sa première enquête dessinée, Scélérats qui rackettent, elle aide une petite fille victime de ce fléau. Editée par La Gouttière, cette nouvelle série jeunesse est signée Dominique Zay, accompagné au dessin par Greg Blondin. Ça pulse et ça déménage. Enthousiasmant !

PHILIPPINE LOMAR : UNE ENQUÊTRICE QUI N’A PAS FROID AUX YEUX

Philippine Lomar est une adolescente comme les autres ? Non pas vraiment. Jeune fille orpheline de père et vivant avec une maman sourde et aimante, elle trouve toujours un stratagème pour rester le moins longtemps en cours. N’ayant pas la langue dans sa poche et hyper dynamique, elle va se retrouver en fâcheuse posture dans sa nouvelle enquête.

Le nez écrasé contre la paroi d’un aquarium et tenue en joue par un revolver, elle sent venir son heure. Surtout, elle se remémore cette drôle d’histoire qui a commencé au début de la semaine…

SWONG A UN SÉRIEUX PROBLÈME

Amiens par un jour d’hiver verglaçant. Swong suit depuis plusieurs jours Philippine mais ne sait pas vraiment comment l’aborder. Il faut dire que la jeune fille a un sérieux problème : deux lascars l’attendent tous les soirs à la sortie du collège Jean Zay pour la racketter. Les sommes sont astronomiques et elle ne peut en aucun cas en parler ni à ses parents – honnêtes restaurateurs – ni à la police.

Il n’en fallait pas plus pour attiser la curiosité de la mini-enquêtrice. C’était décidé, elle allait l’aider mais elle ne savait pas qu’elle allait mettre le doigt dans un vertigineux engrenage. Elle le sait, dans cette délicate mission, elle pourrait compter sur deux amis précieux : Mok le businessman des quartiers et Gégé le ferrailleur…

UN PREMIER VOLUME RAFRAICHISSANT ET ENTHOUSIASMANT

Oh la belle petite série jeunesse ! Voilà le cri du cœur que le lecteur pourrait avoir après avoir refermé ce premier volet de Philippine Lomar. En effet, tout est réuni pour faire passer un excellent moment aux jeunes lecteurs : de l’action, de la folie et de l’humour; le tout porté par une héroïne qui n’a pas la langue dans sa poche.

Réalisateur de courts métrages, auteur de théâtre (une vingtaine de pièces dont Délirium circus, Je suis perdu ou Une femme d’extérieur) et de polars pour adultes (C’est toujours la faute à la femme à barbe ou Trac), Dominique Zay a aussi beaucoup écrit pour les plus jeunes, notamment Panique au cirque (collection Souris Noire). On retrouve donc dans Philippine Lomar, cette patte unique et formidable qui font de ce premier volet un album rafraîchissant et enthousiasmant.

UN PERSONNAGE RESSORTI DES TIROIRS

Alors qu’il avait déjà imaginé Philippine Lomar pour une série policière jeunesse, Dominique Zay n’en n’était pas satisfait. Et c’est naturellement, qu’il ressortit de ses tiroirs, cette détective en herbe lors du projet avec Greg Blondin. Alors que généralement ce style de personnage sont des hommes blancs de plus de 50 ans, il a décidé de créer une jeune fille adolescente, courageuse et déterminée.

Pour son nom et son prénom, il a puissé dans ses influences en polar. Ainsi Philippine Lomar vient tout droit de Philipp Marlow, le héros de Raymond Chandler (Philippine pour Philipp et Lomar qui est une inversion de syllabes de Marlow).

PHILIPPINE LOMAR : UN EXCELLENT POLAR MULTIFORMES

Tout d’abord, soulignons l’excellente qualité narrative de ce premier tome. Très littéraire, les dialogues sont savoureux, ciselés et écrits dans une langue proche de l’argot et des films d’Audiard – en atteste le titre avec un jeu de mots malicieux- qui tout de suite plonge le lecteur dans une ambiance joyeuse mâtinée de suspens.

En choisissant les quartiers populaires d’Amiens, le scénariste peut mettre en scène une galerie de portraits bigarrée : des malfrats dangereux affiliés à une mafia locale, un couple et sa fille tenant un restaurant asiatique – avec la thématique de l’intégration réussie – mais aussi Mok –  au cœur d’or qui redistribue des objets tombés du camion aux plus pauvres – ou Gégé – qui tient une casse et qui cherche une cantatrice qui a perdu la mémoire. Mais surtout, Philippine, vrai garçon manqué, speed, attachante, cinglante dans ses réparties et qui n’a de cesse de vouloir aider les plus faibles.

L’auteur de Baron Noir (avec le dessinateur Got) a surtout voulu parler de thématiques fortes aux plus jeunes mais de manière légère et humoristique. Ainsi, il parle de la maladie d’Alzheimer par la cantatrice, mais aussi le racket et enfin la surdité par la mère de Philippine. Amené à intervenir dans des institutions et des populations en difficulté, il a voulu glisser ce handicap par cette maman aimante. Malgré cette infirmité, malgré l’absence de son père – mort dans un accident de voiture – malgré sa vie dans une HLM, la petite enquêtrice est toujours optimiste et pleine de vie. Pas de fatalité et pas de déterminisme social.

UN DEUXIÈME TRAVAIL EN COMMUN

Pour mettre en image cet excellent polar, Dominique Zay a de nouveau fait appel à Greg Blondin. Ensemble, ils avaient proposé une histoire courte C’est beau ! dans le recueil La crise, quelle crise ? paru chez le même éditeur en 2011.

Accompagné aux couleurs par le talentueux Dawid, le dessinateur dévoile de belles planches, très équilibrées et au découpage rythmé. Son trait tout en rondeur (à voir les grands yeux expressifs de ses personnages) est idéal pour tenir en haleine les plus jeunes lecteurs. Gégé a de faux airs de Gérard Depardieu, tandis que l’infirmière du lycée ressemble à Mademoiselle Jeanne – l’amoureuse de Gaston Lagaff – un bel hommage au maître Franquin.

Né en 1981, Greg Blondin a suivi  les cours de l’Ecole d’animation Pivaut à Nantes puis a intégré le studio amiénois 2HB où il a commencé à travailler sur des albums de bande dessinée : Maïsha (avec Allam, M6 éditions) puis Muslim’show (2 volumes avec le même scénariste, BDouin).

Article posté le mardi 28 juin 2016 par Damien Canteau

Très belle première enquête de Philippine Lomar signée Dominique Zay et Greg Blondin aux éditions La Gouttière, décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Philippine Lomar, tome 1 : Scélérats qui rackkent
  • Scénariste : Dominique Zay
  • Dessinateur : Greg Blondin
  • Éditeur : La Gouttière
  • Prix : 12.70€
  • Parution : 24 juin 2016

Résumé de l’éditeur : Mon nom c’est Lomar, Philippine Lomar. J’ai treize ans et demi. Ce que je veux faire plus tard, je le fais déjà : je suis détective privée. J’écrabouille les embrouilles, et il vaut mieux s’offrir mes services que de subir mes sévices, parce que si je vous prends en grippe, vous n’avez pas fini de vous moucher. Cette fois, l’affaire à laquelle j’étais confrontée sentait vraiment mauvais, une histoire de racket et le racket a une odeur, une sale odeur de terreur. Les frappes qui voulaient extorquer de l’argent à ma jeune cliente avaient même essayé de m’intimider, les boulets ! Mais ils venaient de faire une grave erreur : ils m’avaient énervée… Philippine Lomar est une jeune enquêtrice qui n’a pas sa langue dans sa poche. Lorsqu’elle est contactée par une personne en difficulté, elle se lance à corps perdu, active ses réseaux et n’hésite pas à utiliser les grands moyens, parfois même jusqu’à se mettre elle-même en danger. Elle peut toujours compter sur son sens de la répartie et sur Mok et Gégé, ses deux amis atypiques qui l’aident quand elle est sur une piste ou quand elle est dans le pétrin. Version moderne, jeune et féminine du célèbre détective de Chandler, Philip Marlowe, elle va aussi chercher du côté d’Audiard un sens aigu de la répartie qui vise juste.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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