Quelques jours à vivre

Lieu peu connu, l’unité de soins palliatifs fascine et interroge ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Douleurs, derniers instants d’une vie, mort, rires ou pleurs, toutes les émotions traversent les patients, leurs familles et le personnel soignant. Xavier Bétaucourt et Olivier Perret ont pu s’immerger dans celle de l’Hôpital Victor Provo à Roubaix. Plongée dans ce lieu étonnamment plein de vie avec Quelques jours à vivre !

BIENVENUE DANS LE SERVICE

Roubaix, Hôpital Victor Provo, unité de soins palliatifs. Juliette arrive dans ce lieu pour travailler sur son nouveau poste. L’infirmière – qui a déjà connu plusieurs services – est accueillie par le docteur Heuclin, responsable de l’unité.

La ville est l’une des plus pauvres de France, ce qui joue aussi sur les patients que le service accueille ; quelques-uns étant démunis et parfois sans famille. Eloigné de quelques centaines de mètres de l’hôpital, c’est un lieu à part où le nombre de soignants est plus important que dans n’importe quelle autre unité.

Muriel, Lucie ou Paul, ils sont plus d’une quinzaine à se relayer tous les jours auprès des malades. Chaque matin, le personnel se réunit dans une salle pour transmettre les informations importantes à leurs collègues qui les relèvent, le tout sous l’autorité de «Dieu», le docteur Heuclin.

« ICI ON SOIGNE, ON NE GUÉRIT PAS »

Petit service par le nombre de patients mais grand service par les soins apportés, comme le souligne une infirmière : «Ici on soigne, on ne guérit pas» et une autre renchérit : « On ne ment au patient ». C’est clair, c’est limpide, sans arrière-pensée ni cynisme, juste la stricte vérité. En 2016, 295 patients ont été accueillis dans cette unité. La durée moyenne d’hospitalisation est de 11 jours.

Une malade partie dans son sommeil, tout en douceur, dans une grande tranquillité ; un patient qui veut fumer une dernière cigarette ; un autre qui veut manger des pâtes ; un grand angoissé ; un membre de la famille qui pleure et qu’il faut rassurer… voilà le quotidien du personnel médical, aux petits soins avec eux. Pour les aider dans leurs taches quotidiennes, une psychologue écoute les malades mais aussi le amis ou la famille ; deux approches très différentes de son métier.

Alors que l’on pourrait les croire «blindés» par les morts à répétition, les soignants sont toujours touchés par un patient qui meurt. Même s’il ne le connaissent que depuis peu, leur décès peut aussi les atteindre. Hors de question d’en parler dans leur foyer, alors ils se confient, discutent beaucoup entre eux, s’épaulent, pleurent et rient. Parce que oui, malgré la mort et la tension à son maximum, ils rient !

QUELQUES JOURS A VIVRE : UN BEL HYMNE A LA VIE

Le lecteur de Quelques jours à vivre passe lui aussi par toutes les émotions, comme s’il était à la place du personnel. Du rire aux larmes, cet album d’une grande force émotionnelle lui permet de l’empathie.

Acceptés pour quelques semaines dans le service, Xavier Bétaucourt et Olivier Perret réalisent une bande dessinée qui accroche le lecteur et qui bouleverse son cœur ! Un hymne à la vie ! Le scénariste de Trop vieux pour toi (avec Yannick Marchat, La boîte à bulles) et Le grand A (avec Jean-Luc Loyer, Futuropolis) alterne les moments de vie de l’unité avec des moments de confidences des soignants (face aux lecteurs) mais aussi l’Histoire des soins palliatifs (de l’infirmière britannique Cicely Sounders en 1948 qui écoute un patient aux réticences de l’Église, en passant par les naissances tardives des unités en France – 1986 –  comme celle de Victor Provo).

Loin des clichés, Xavier Bétaucourt met en lumière des patients touchants mais aussi la volonté et l’abnégation du personnel de l’unité, tout cela de manière pudique mais sans filtre. Un témoignage fort et poignant grâce à cette belle immersion dans ce lieu si vivant.

UN DESSIN AU DIAPASON

Pour accompagner Xavier Bétaucourt dans ce projet singulier et original, Olivier Perret met son dessin au service de son récit. Son trait aux feutres en noir et blanc agrémenté de gris est au diapason de cette histoire si prenante.

Le dessinateur de Journées rouges et boulettes bleues (avec Benjamin Rémy et Mathieu Cyprien, La boîte à bulles) réalise des planches d’une grande sobriété comme le veut le récit. Il met le focus avant tout sur les personnages pour leur donner le plus d’expressivité possible.

Quelques jours à vivre : un album juste, fort et nécessaire pour comprendre ce qu’est un service de soins palliatifs. Une belle aventure humaine !

Article posté le dimanche 10 septembre 2017 par Damien Canteau

Quelques jours à vivre de Xavier Bétaucourt et Olivier Perret (Delcourt) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Quelques jours à vivre
  • Scénariste : Xavier Bétaucourt
  • Dessinateur : Olivier Perret
  • Éditeur : Delcourt, collection Encrages
  • Prix : 14.95€
  • Parution : 06 septembre 2017
  • IBAN : 9782756082264

Résumé de l’éditeur : Ce matin, Juliette prend son service à l’unité de soins palliatifs. Elle est accompagnée par une infirmière senior qui la guide pour ses premiers jours. Dans ce service qui ne ressemble à aucune autre unité médicalisée, elle assiste à la réunion de transmission entre les infirmières de nuit et celles de jour. Juliette comprend qu’elle va devoir remettre en question bon nombre de ses certitudes…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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