Manu Nhieu, entretien avec l’auteur de Burning Tattoo

Comixtrip est allé à la rencontre de Manu Nhieu, l’auteur de la formidable série Burning Tattoo chez Ankama. Il dévoile la genèse du manga, sa technique de travail et ses futurs projets. Plongée dans ce shônen drôle et décapant !

Manu Nhieu, pourquoi avez-vous voulu tenter l’aventure du manga ?

Tout simplement parce que j’en avais lu beaucoup étant adolescent. J’avais aussi pas mal d’amis sur Montpellier qui en réalisaient comme Reno Lemaire (Dreamland) ou Guillaume Lapeyre (City Hall). C’était surtout une envie ancienne mais j’avais peur du nombre important de pages à réaliser et que je n’arrive pas à assurer.

Cela a donc pris beaucoup de temps mais je me suis lancé. Au niveau du nombre de pages, j’ai réussi à tenir la cadence (rires).

Pourquoi avoir voulu imaginer un shônen ?

Ce sont là aussi toutes premières lectures manga que j’ai eu comme Dragon Ball qui m’ont donné l’envie. Je rattache aussi cela aux dessins animés que je regardais plus petit, comme Les chevaliers du Zodiaque.

Plus jeune, est-ce que vous avez baigné dans le monde de la bande dessinée ?

Mon père m’avait ramené Boule & Bill quand j’avais une dizaine d’années. Dans la famille, il n’y en n’avait pas. Puis par la suite, j’ai fait mes propres choix de lectures : du franco-belge, puis les Strange et enfin les mangas lorsqu’ils sont arrivés en France.

« J’ai cherché une méthode intéressante pour l’utilisation des pouvoirs des héros et je suis parti sur les tatouages »

Quelle fut la genèse de Burning tattoo ?

Le projet est relativement ancien, il faut que je puise dans mes souvenirs (rires). Je l’ai entamé en 2014 et ma volonté c’était de faire un shônen. J’ai cherché une méthode intéressante pour l’utilisation des pouvoirs des héros et je suis parti sur les tatouages. En ce qui concerne la maladie des os de verre, l’idée m’est venue en regardant le film Incassable avec Bruce Willis.

Comment votre projet est arrivé chez Ankama ?

J’ai monté le projet puis je l’ai montré à Reno Lemaire pour voir ce qu’il en pensait. Ensuite, je l’ai envoyé à tous les éditeurs, sans en cibler un en particulier. Sachant que des éditeurs de manga français, il n’y en avait pas beaucoup à l’époque. Quelques-uns étaient intéressés comme Pika et Delcourt. Mais cela a duré des mois et des mois avant leur réponse, j’avais enterré le projet et j’étais passé à autre chose.

Entre temps, j’ai réalisé un album classique et pendant cette période – 9 mois après avoir déposé le projet – Ankama s’est manifesté. Ils ont alors signé pour que la série se déroule sur trois volumes.

Est-ce que vous pouvez nous présenter Tatau ?

C’est un gamin qui est atteint de la maladie des os de verre, il est de ce fait très fragile et il est le souffre-douleur de ses camarades. Il va alors trouver un remède à son mal via des tatouages magiques. Il va découvrir que l’encre qui peut le guérir définitivement, il peut la trouver dans le Monde d’en bas où il va s’employer à aller. Pour sa quête, il sera accompagné de deux personnages : Ink qui vient de son village et qui est la fille de son professeur, ainsi que Sun qu’ils vont rencontrer par la suite.

Quel rôle tient Holo, sa console de jeu ?

C’est en fait la petite mascotte. Je ne voulais pas d’un animal – parce que cela se voyait dans toutes les séries – et j’ai cherché une chose originale. Je suis gamer donc cela tombait sous le sens. Holo a un côté un peu lourd, ce qui apporte aussi une forme d’humour.

« Cela permet avant tout de décompresser et j’avais du mal a imaginer une série comme celle-ci sans humour »

D’ailleurs l’humour parfois très gras des garçons est aussi typique des shônen. Pourquoi était-ce important d’en glisser dans votre récit ?

Ah pas du tout, c’est un humour très très fin (rires). Cela permet avant tout de décompresser et j’avais du mal a imaginer une série comme celle-ci sans humour.

Une petite anecdote au passage : les éditeurs que j’avais sollicité m’avaient reproché qu’il y avait trop de gros mots dans mon histoire (rires). Ce fut rédhibitoire chez Kana notamment !

Dans Burning tattoo, la recherche des encres magiques pour les tatouages est finalement un prétexte au voyage et à la quête initiatique. Pourquoi ?

C’est toujours la trame des shônens purs et durs en effet.

Les trois volumes de Burning tattoo ont été publiés dans un temps très rapide (entre avril 2016 et juillet 2017). Pourquoi un tel rythme ?

C’est ce que souhaitait l’éditeur puisque cela est son business mais ce sont aussi les habitudes des lecteurs de manga.

La cadence de travail fut donc soutenue ?

Je m’attendais à cela en même temps lorsque j’ai imaginé Burning tattoo. La cadence est un petit peu plus soutenue que sur un album classique mais j’ai réussi à m’y tenir.

  • Techniques de travail

« Burning tattoo est la première série que j’ai réalisée entièrement en numérique, à la Cintiq »

Sur quel support réalisez-vous vos planches ?

Burning tattoo est la première série que j’ai réalisée entièrement en numérique, à la Cintiq. Je garde une étape de story-board en crayonné au tout début et après je passe sur mon ordinateur. Par rapport aux cadences, l’ordinateur s’est imposé naturellement parce que je voulais aussi gagner du temps.

  • Projets 

Ce format manga, vous va plutôt très bien. Est-ce à dire que vous en referez ?

Si j’en ai l’occasion, oui. D’ailleurs, en ce moment, j’imagine un nouveau projet manga. En ce qui concerne la pagination et la narration, le format manga est quelque chose que j’apprécie vraiment beaucoup.

Avez-vous d’autres projets que celui manga ?

Là, je suis sur un album classique qui est signé chez Soleil, un one-shot de science-fiction. En plus de cela, j’ai le manga en gestation plus encore 2-3 autres projets. Je fourmille d’idées !

Entretien réalisé le samedi 16 septembre 2017
Article posté le samedi 07 octobre 2017 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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