Café Budapest

Juste après la Seconde Guerre Mondiale, Yechezkel part vivre à Jérusalem avec sa mère. Mais la vie qui semblait sereine va soudainement être bouleversée par la création de l’Etat d’Israël et les conséquences sur la Palestine. Café Palestine met en scène cette très belle histoire signée Alfonso Zapico aux éditions Steinkis.

DE BUDAPEST A JÉRUSALEM

Budapest, 1947. Yechezkel et Shprintza, sa mère, vivent modestement dans un petit appartement de la ville. Alors que ses parents furent déportés dans un camp de concentration – son père n’en réchappera pas – le jeune juif surnommé Chaskel lui fut caché par des proches. Dans sa vie, son unique but : jouer du violon, sa grande passion. Une jour, il reçoit une lettre de Yosef, son oncle, qui l’invite à venir s’installer à Jérusalem. Après un long trajet, les deux découvrent le Café Budapest.

LE CAFÉ BUDAPEST : UN LIEU HÉTÉROCLITE OU IL FAIT BON VIVRE

Le Café Budapest tenu par Yosef et Karola, sa femme, est un petit bistro agréable, lieu hétéroclite où l’ambiance est apaisée et toutes les communautés se côtoient : Omar et ses amis qui jouent aux cartes, plus loin, Waldstein, rédacteur du Palestine Gazette lit un journal, les Rosenfeld sont attablés, tandis que Danny et le capitaine Heinz, soldats britanniques en faction pour sécuriser la ville, boivent une bière. C’était aussi sans compter sur Yaiza, la jeune musulmane vendeuse de fruits et légumes dont Chaskel tombe amoureux. Ce havre de paix est bercé par le son du violon du jeune juif.

Mais cette douceur de vivre va être bouleversée le 19 novembre 1947, après le vote du plan de partage à l’ONU. Le pays est donc divisé en deux, la ville devient le lieu de règlements de compte sanglants et le Café Budapest perd des clients.

CAFÉ BUDAPEST : UN LIVRE A MULTIPLES FACETTES

Le récit proposé par Alfonso Zapico est une belle pépite alliant la bienveillance, l’amour entre les peuples mais aussi le terrorisme et le fanatisme religieux. Cet album possède de nombreux portes d’entrée admirablement traitées par l’auteur espagnol de La guerre du professeur Bertenev (Paquet) : tout d’abord la très belle histoire d’amour entre Chaskel et Yaiza – tels Roméo et Juliette et leur impossible idylle, l’un juif, l’autre arabe -; la judéité acceptée selon différents degrés de l’athée Chaskel à l’ultra orthodoxie des fanatiques avec son lot de terrorisme, de guerre de religion et de morts; le passé radical de Yosef surnommé le Lion de Budapest (gréviste avec dureté avant la guerre); le lourd secret de la mère de Yechezkel dans les camps ainsi que le délicat travail de reconstruction des juifs après la Shoah – Shprintza se laisse d’ailleurs mourir et sent les événements arriver -; ou encore la musique comme partage entre les deux cultures, entre Chaskel le juif et le Docteur Hassan, l’arabe.

On le voit, avant le « partage », les juifs et les arabes vivaient en parfaite harmonie. C’est ce que Café Budapest veut aussi démontrer : l’intelligence des personnes sur les religions et la politique.

CAFÉ BUDAPEST : ENTRE DOUCEUR ET NOIRCEUR

Le trait en noir et blanc de Alfonso Zapico est idéal pour restituer à la fois la douceur du début de l’album mais aussi la noirceur de sa seconde partie. L’auteur de James Joyce, l’homme de Dublin (Futuropolis) s’autorise un dessin aux feutres d’un simple trait qui compose de très belles planches.

Article posté le samedi 30 avril 2016 par Damien Canteau

Très bel album Café Budapest est signé par Alfonso Zapico aux éditions Steinkis, décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Café Budapest
  • Auteur : Alfonso Zapico
  • Editeur : Steinkis
  • Prix : 20€
  • Parution : 09 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Budapest, 1947. Jeune violoniste juif, Yechezkel vit chichement avec sa mère. Jusqu’au jour où il reçoit une lettre de son oncle Yosef qui les invite à le rejoindre à Jérusalem. Yechezkel fera désormais résonner ses notes au Café Budapest que régente gaiement l’oncle Yosef.Mais les événements politiques rattrapent cette belle harmonie…
De Budapest à Jérusalem, de la Seconde Guerre mondiale au début du conflit Israélo-palestinien, de la fi ction à l’Histoire, du drame à la comédie, avec un sens du rythme remarquable, Alfonso Zapico nous entraîne irrésistiblement dans ses allers-retours.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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