Ce qu’il faut de terre à l’homme

Après 4 ans d’absence, Martin Veyron est de retour avec Ce qu’il faut de terre à l’homme, une fable campagnarde en Sibérie. Pour un retour, c’est une réussite !

LA VIE DANS LA CAMPAGNE SIBÉRIENNE

Sibérie, fin du 19e siècle. La vie dans cette région est difficile : les conditions climatiques sont rudes, les récoltes parfois moyennes et la famine peut frapper quelques familles. Mais depuis longtemps, la solidarité est de mise entre les habitants pour surmonter les difficultés. Chacun aide l’autre pour les moissons et le troc permet de survivre.

Pacôme – un paysan – sa femme et son fils vivent tant bien que mal sur leurs terres : récoltes, cheptel, abeilles et potager permettent de tenir.

Un jour, une connaissance de la ville arrive chez lui et lui parle de productivité, d’augmenter la surface de ses champs et de ses bêtes. S’il élude le sujet, l’idée fait son chemin.

LA BARYNIA ÉRIGE DES RÈGLES STRICTES

Dans le domaine voisin de la Barynia, les temps changent. Jusqu’à présent, les paysans se servaient en fruits dans ses vergers et ils pouvaient faire passer leurs bêtes sur ses terres.

La propriétaire est âgée et elle ne se soucie plus trop de son domaine; sa vaste demeure lui suffit amplement. Elle décide ainsi de revendre ses terres à un intendant. Ce dernier met le haut-là : la propriété se referme sur elle et l’homme n’hésite pas à employer la manière forte contre les récalcitrants.

La colère gronde dans les rangs des paysans qui décident de proposer plus d’argent pour racheter le domaine. La Barynia accepte mais cela entraine de grandes tensions entre les habitants. Ajouter à cela, le changement chez notre paysan Pacôme et le coupe est pleine…

CE QU’IL FAUT DE TERRE A L’HOMME : VINGTIÈME ALBUM DE MARTIN VEYRON

Né en 1950, Martin Veyron est l’un des maîtres du 9e Art. Après Bernard Lermite, Executive woman, Cru bourgeois et Marivaudages, Ce qu’il faut de terre à l’homme est son vingtième album. Grand Prix de la Ville d’Angoulême en 2001, il dévoile une formidable histoire avec ce nouvel album.

Depuis de nombreuses années, son œuvre est empreinte d’un réalisme social et ses thématiques très sociétales. Voulant mettre en image un récit pour dénoncer les ravages du productivisme, il se souvient d’une histoire qu’il a lue enfant. Après des recherches, il découvre que c’est une nouvelle de Léon Tolstoï et décide de l’adapter librement.

Les moujiks (paysans russes), la Sibérie et les difficultés pour survivre sont au cœur de son excellent récit. Il la pimente en y glissant un paysan à qui l’on fait miroiter monts et merveilles s’il agrandit son domaine et un intendant qui représente la ville, le savoir et la domination d’une ploutocratie sur les pauvres habitants.

Il décrit ainsi le passage de l’ère de l’archaïsme agricole à son industrialisation à la fin du 19e et au début du 20e siècle.

L’ARGENT ET LA CUPIDITÉ

Ainsi, il fustige l’argent roi qui écrase le petit peuple, qui asservit les masses mais aussi la cupidité des uns au détriment des autres qui jusqu’à présent vivaient bien de l’entraide et de la solidarité.

En plus d’une formidable histoire, Martin Veyron dévoile des planches d’une belle force graphique. L’humour est présent par les dialogues et les situations parfois cocasses. Il utilise un trait extrêmement expressif et vivant (voir la scène sur le lac gelé mais aussi de Pacôme sur son cheval à la Barynia). Excellent conteur, l’auteur de L’amour propre peut aussi compter sur un dessin solide, clair et empli de chaleur.

Article posté le samedi 07 janvier 2017 par Damien Canteau

Ce qu'il faut de terre à l'homme de Martin Veyron (Dargaud) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Ce qu’il faut de terre à l’homme
  • Auteur : Martin Veyron
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 19.99€
  • Parution : 22 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Sur son lopin de terre de Sibérie, le paysan Pacôme vit avec sa femme et son fils. Il n’est pas riche mais il subvient aux besoins de sa famille. Cependant, Pacôme se sent à l’étroit. « Si seulement j’avais plus de terres, soupire-t-il en regardant par-delà la clôture, je pourrais être tout à fait heureux. » Un appétit, tant pour les terres que pour ce qu’elles rapportent, qui va aller grandissant. D’après une nouvelle de Léon Tolstoï.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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