Conan le cimmérien, tome 4

Lorsque Robin Recht s’empare du mythe de Conan le cimmérien, cela donne La fille du géant du gel, un superbe album puissant et haut en couleur; une adaptation époustouflante de l’œuvre de Robert E. Howard. Spectaculaire et dense !

Aesirs et Vanirs : luttes sans fin

Nordheim. Depuis la nuit des temps, les Aesirs et les Vanirs, peuples fiers et guerriers, s’affrontent à mort sur le lac gelé. A chaque combat, on compte les morts et finalement, il n’y a ni vainqueurs, ni vaincus. Pourtant, cette fois-ci, les hommes de Gorm – Aesirs – entourent un Vanirs, ligoté et mal en point. Ils pensaient alors qu’ils auraient la victoire facile, mais c’était sans compter sur la ruse de leurs ennemis : Heimdul aurait envoyé sciemment des hommes se faire massacrer par les Aesirs pour mieux détourner l’attention et faire avancer le plus gros de ses troupes contre les Vanirs.

De la rencontre de Atali et Conan le cimmérien

Gorm est furieux ! Non seulement, il va perdre la bataille et les yeux de la belle Atali ne vont pas s’arrêter sur lui. Fille du géant du gel, elle serait une déesse. Accompagnée de ses deux ours blancs, la femme aux cheveux roux se contenterait de regarder les combats, fascinée par l’odeur et la couleur du sang qui se repend sur les terres enneigés du Nordheim.

Pourtant, elle semble effrayé par des battements de cœur qui résonnent dans sa tête. Ce sont ceux de Conan le cimmérien qui frappe çà et là pour ne pas mourir. Il est alors le seul survivant de la bataille. La rencontre entre Atali et le grand guerrier fait des étincelles…

Conan le cimmérien : entre attirance et répulsion

Robin Recht frappe très très fort avec sa version de La fille du géant du gel ! Son récit comme sa partie graphique sont à l’unisson : forts, puissants et envoutants. Il adapte l’une des 21 histoires imaginées par Robert E. Howard avec de la grâce et de l’intelligence. L’écrivain avait décliné les récits de son héros entre 1932 et 1936. Sûrement l’une des histoires les plus folles et sensuelles de ce corpus de textes, il n’avait pas pu échapper aux fourches caudines de la censure : il n’a pas pu le publier.

Il faut souligner que la rencontre entre Conan et Atali est de feu et de glace, entre attirance et répulsion, le tout dans un érotisme qui transpire à chaque page. Ce jeu du chat et de la souris est d’un très bel effet sur le lecteur. Jusqu’où ces deux êtres hors-norme pourront-ils aller ? Comment la déesse va-t-elle pouvoir refermer son piège sur le guerrier nordique ? Elle veut l’attirer à elle, vers les cimes, vers le Wallalah, mais lui résiste. Pourtant, cet album n’est pas que érotique, la belle, pas uniquement aguicheuse et le guerrier qu’un mâle dominant. Ils sont tous les deux forts et de même nature.

Du sang, des rires et des larmes

Très loin des autres récits classiques de la saga, La fille du géant du gel devait forcément être décliné par Robin Recht. Seul le dessinateur de la superbe saga Elric (avec Blondel, Poli, Telo et Cano) pouvait rendre l’ambiance originale de ce Conan. Si la tension est là (l’amour), elle se mêle aux rires cyniques de Atali et aux larmes de la guerre.

Le dessin de Robin Recht est d’une beauté rarement vue dans ce style de récit d’aventure. Le découpage est rythmé par des cases tantôt contemplative (Atali observant les guerriers se battre), tantôt tourbillonnantes (les scènes de guerre). Parfois, l’auteur de Désintégration (Delcourt) cache à ses lecteurs des scènes pour qu’ils puissent eux même s’y engouffrer. Il possède un talent singulier de l’ellipse. Les gros plans s’entremêlent aux vignettes panoramiques avec une fluidité étonnante mais aussi les cases simples et aériennes avec celles fourmillant de détails comme pour donner une impression de tourbillon et d’immensité.

Tout est beau dans ce Conan le cimmérien. Les grandes plaines glacées, les sommets enneigées, les deux ours majestueux, Atali (farouche et intelligente), la stature de Conan et le jeu de regards entre les deux protagonistes. Que dire des couleurs ? Elles apportent vraiment beaucoup au récit : tension et ambiance. Des aplats de noirs tachetés de rouge pour les scènes de combats (voir la sublime double-case pages 14 et 15) et le bleu tacheté de blanc pour le ciel enneigé. Pour ces rendus magnifiques, Robin Recht a été aidé par Fabien Blanchot.

Pour donner encore plus d’envie aux lecteurs de se précipiter sur cet album, c’est Michael Moorcock qui en signe la préface. Ecrivain britannique de nombreux ouvrages de science-fiction et de fantasy, il dit toute l’admiration qu’il a pour le travail de l’auteur parisien.

Conan le cimmérien, tome 4 : de la profondeur du propos et de la beauté du dessin. Une combinaison gagnante pour un sublime album d’aventure et de fantasy !

  • Pour prolonger le thème de Conan, découvrez notre article sur John Buscema : Big John Buscema.
Article posté le samedi 05 janvier 2019 par Damien Canteau

Conan le cimmérien 4 de Robin Recht (Glénat)
  • Conan le cimmérien, tome 4 : La fille du géant du gel
  • Auteur : Robin Recht
  • Aide à la couleur : Fabien Blanchot
  • Editeur : Glénat
  • Parution : 12 décembre 2018
  • Prix : 14.95€
  • ISBN : 9782344018477

Résumé de l’éditeur : Unique survivant d’une bataille, Conan trône au milieu d’une neige maculée de sang. Le combat terminé, le Cimmérien se retrouve soudain envahi d’une lassitude profonde et d’un profond dégoût. Jusqu’au moment où il rencontre une femme à la beauté surnaturelle, aveuglante comme l’éclat du soleil sur la neige. Mû par un ardent désir, Conan décide de la suivre mais se retrouve pris dans un piège, attaqué par deux titans. Dans sa fougue, il ne s’est pas méfié. Il n’imaginait pas une seconde que sa promise n’était autre que la fille d’Ymir : le géant du gel !Récit mythique tant par la forme que sur le fond, La Fille du géant du gel est ici magistralement adapté par Robin Recht qui parvient à transcender l’essence de ce tourbillon de désir violent, véritable piège d’amour dans lequel la force de volonté du Cimmérien est mise à rude épreuve.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir