Doubles vies

Doubles vies, est un récit qui s’attèle à pointer du doigt les difficultés qu’on a toutes et tous à garder secret nos parts d’ombres qui parfois obscurcissent tant nos vies passées que présentes. Comment nos contradictions sont parfois mises en lumières à trop vouloir croire à un anonymat inviolable notamment à l’heure des réseaux sociaux qui l’air de rien tendent à déteindre sur la vie réelle. Une superbe comédie de Peter Bagge !

Un vantard comme sujet d’études

Toute l’histoire débute avec Vador Ryderbeck, Vlad de son vrai nom, journaliste freelance qui lutte contre son addiction à l’alcool. Un soir, il croit reconnaître dans un bar un énergumène vantard qui se targue auprès de deux jolies filles d’être un agent fédéral très pointu sur les réseaux terroristes qu’il aurait jadis plus ou moins infiltré.

Ce type, c’est Otis Boyd. Otis est très certainement mythomane. Vador voit en lui un parfait sujet d’étude pour un article sur les gens aux personnalités multiples qu’il est en train d’écrire.

De retour chez lui, il remettra un nom sur l’individu, Javier Ortiz un ancien copain de fac avec lequel il s’adonnait auparavant à des jeux de rôles. Cherchant à en savoir plus à son sujet, Vlad recontacte Woodrow, un autre ancien de la fac, lui aussi à l’époque accro aux jeux de rôles.

Avatar maléfique

Woodrow et Vlad se retrouvent très vite dans un bar en compagnie d’Ivy, la copine asiatique sexy de Vlad, dixit Woodrow dès qu’il la voit. D’entrée de jeu, Woodrow réussi à persuader Ivy de le laisser l’initier à Second World, la communauté virtuelle en ligne qui permet de vivre une infinité d’aventures plus ou moins extravagantes sous couvert d’un ou de plusieurs avatars.

Ivy se prend au jeu, et se laissera séduire par Lord Burlinghton, l’avatar maléfique et despotique de Woodrow. Ce dernier est également un joueur de poker en ligne compulsif. Au point d’avoir ruiné sa vie de famille avec cette addiction. Il semble d’ailleurs avoir beaucoup de difficulté à situer la frontière entre sa vie réelle et virtuelle lorsqu’il s’agit de passer du temps avec Ivy.

Tandis que Vlad, ne se doutant de rien, multiplie les rencontres avec Javier Ortiz qu’il a finalement recontacté. D’ailleurs comme le constate Vlad, il sombre dans une paranoïa dévastatrice. Ce dernier n’a de cesse de se déprécier. Il est convaincu d’être un journaliste raté et voit son passé venir le hanter. Des retrouvailles avec son oncle et sa tante lui apportent des révélations sidérantes sur son père et son grand-père. Il se verra contraint d’avouer quelques secrets à Ivy, jusqu’alors bien gardés. La jeune femme ne rêve pourtant que du grand et beau mariage que son compagnon lui a promis un jour où il voulait sans doute mettre un terme à une dispute.

Doubles vies : une belle comédie grinçante

Comédie satirique et désespérée, cynique par moment, Double Vies n’en est pas moins terriblement désopilante. Elle raconte à quel point l’émergence des réseaux sociaux d’où découle l’anonymat du web, peut totalement pervertir la sincérité des rapports humains. Et par conséquent, avoir de lourdes répercutions sur la vie réelle. L’intrigue tordue et loufoque de Peter Bagge dénonce également les conséquences psychologiques dévastatrices que peut avoir un secret trop profondément enfoui dans la vraie vie. Des non-dits qui finissent toujours par refaire surface un jour ou l’autre.

Peter Bagge et son vaudeville Doubles vies

Ce récit édité par Huber est un vaudeville où les situations ahurissantes s’enchaînent, entraînant dans sa danse les quatre protagonistes dans une farandole en accélération continue. Cachés sous leurs identités factices, leurs agissements et leurs paroles auront de lourdes répercussions sur la réalité. Seule Ivy, unique personnage principal féminin de ce récit, s’en tire à bon compte. Est-ce un hasard ? Peter Bagge avec le génie dont lui seul a le secret porte un regard acerbe sur nos sociétés modernes sans concession ni tabou !

Cotés graphisme, si vous ne connaissez pas Peter Bagge, c’est un trait caricatural, cartoonesque qui le caractérise, avec des personnages à la silhouette « chewing-gum », ultra souples et aux expressions joyeusement portées sur l’exagération.

Article posté le mardi 13 février 2024 par David Lemoine

Doubles vies de Peter Bagge (Hubert Editions)
  • Doubles vies
  • Auteur : Peter Bagge
  • Traducteur : Baptiste Neveux
  • Editeur : Huber
  • Prix : 17 €
  • Sortie : 21 avril 2023
  • Pagination : 136 pages
  • ISBN : 9791032408124

Résumé de l’éditeur : Satirique et sombre, terriblement drôle, Secondes vies raconte à quel point l’anonymat du web peut avoir de lourdes conséquences sur la vie réelle. Une comédie satirique de haut vol dans laquelle Peter Bagge suit un groupe d’amis qui, pour sortir de leurs quotidiens, se sont tous créé en secret une seconde vie et identité sur le web. Leurs mots, actions et activités sous ces identités en tous points fausses auront de lourdes répercussions sur la réalité. Peter Bagge avec le génie dont lui seul a le secret porte un regard acerbe sur nos sociétés modernes sans concession ni tabou !

À propos de l'auteur de cet article

David Lemoine

Lecteur de BD depuis sa plus tendre enfance, David a fini par délaisser assez vite les classiques franco-belges, pour doucement voir ses affinités se tourner vers des genres plus noirs, plus grinçants, sarcastiques, trashs, violents, absurdes et parfois même décadents. Il grandissait en somme…. Fan de la première heure de Ranxerox et Squeeze the Mouse, il vénère aujourd’hui l’oeuvre d’auteurs Anglo-Saxon tel que Bendis, Brubaker/Phillips, Ben Templesmith, Terry Moore, Jonathan Hisckman, Ellis/Robertson, sans bouder son plaisir à la lecture des européens talentueux, francophone ou non, que sont Tardi, Ralf Konîg, Michel Pirus, Gess, les frères Hernandez, ou même Fred Bernard. La liste de ses amours dans le 9e art est loin d’être exhaustive, vous vous en doutez, et cela fait plus de 20 ans maintenant qu’il s’efforce de vous convaincre de les embrasser à travers ses chroniques radio qu’il vous livre chaque semaine dans l’émission XBulles sur les ondes de Radio Pulsar (http://www.radio-pulsar.org/emissions/thema/x-bulles/ / https://www.facebook.com/xbulles)”

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