Dans Du pain blanc et du chocolat, paru en avril dernier à L’employé du moi, Pascal Matthey reprend son travail autobiographique. Il fait ici dialoguer sa jeunesse privilégiée des années 80 avec celle de sa mère, née durant la guerre en Allemagne.

Souvenirs de vacances
Pascal se souvient de ses vacances chez ses grands-parents à Marl en Allemagne dans les années 80. Le voyage en train depuis la Suisse, les repas de famille, l’ennui parfois, le quartier presque inchangé depuis la guerre. Là-même où sa mère a passé son enfance. Elle y est née en avril 1942. Ses premiers souvenirs datent d’après la fin de la guerre.
De retour de Belgique où il était prisonnier, son père avait ramené des choses qu’elle n’avait jamais vues : du pain blanc et du chocolat.

Un projet autobiographique
Après Le verre de lait (2004), Pascal est enfoncé (2007) et Les têtards (2016), Pascal Matthey poursuit son projet d’inspiration autobiographique. Mais si ces trois précédents récits étaient muets, Du pain blanc et du chocolat inclut, lui, du texte.
Après avoir évoqué les premières interrogations de l’enfance et l’éveil adolescent, Pascal Matthey s’intéresse aux traumas familiaux. Il réussit ici la prouesse de parler de la guerre sans jamais la montrer. Il fait dialoguer deux récits intimes. Le dessin raconte ses souvenirs de jeunesse dans les années 80. Le texte, lui, raconte la vie de ses grands-parents et de sa mère pendant la seconde guerre mondiale.
La mémoire transmise
Sa mère lui a raconté sa propre enfance dans l’Allemagne de l’après-guerre et l’histoire d’un père qu’elle rencontre quasiment pour la première fois à l’âge de cinq ans. Enrôlé de force dans la Wehrmacht en 1945, il tente à tout prix d’éviter les combats. Malgré tout, il est fait prisonnier par l’armée britannique et envoyé dans un camp en Belgique où il devra s’affairer dans les mines de charbon. Il en reviendra chargé de pain blanc et de chocolat.

Une nostalgie touchante
Sur des pages presque exclusivement composées de gaufriers de 6 cases, il sépare donc l’image du texte, tout en faisant résonner l’un avec l’autre, dans une succession de pages, souvent muettes, remplies de détails. Des gros plans sur des souvenirs précis, des instants partagés, des logos, des objets liés à l’enfance. Le playmobil, la boîte de céréales, les bandes dessinée lues, le blaireau du grand-père et tant d’autres. Autant de détails insignifiants qui marquent une époque et s’insinuent dans nos souvenirs. Son dessin au crayon noir, fin et précis, fixe une nostalgie touchante et troublante.
Du pain blanc et du chocolat, une lecture qui résonne
Édité par L’employé du moi, Du pain blanc et du chocolat constitue une expérience de lecture étonnante qui ne peut pas laisser insensible. Loin de n’être qu’un exercice de style, cet album, accessible à tous, saura résonner en chaque lecteur.
- Du pain blanc et du chocolat
- Auteur : Pascal Matthey
- Editeur : L’employé du moi
- Prix : 18 €
- Parution : 18 avril 2025
- Nombre de pages : 96
- ISBN : 9782390041429
Résumé de l’album : Quand vient l’été, le jeune Pascal quitte la Suisse pour se rendre chez ses grands-parents en Allemagne. De cette période de son enfance à la fin des années 80, il conserve de riches souvenirs. Les longs voyages en train, les parties de foot avec son frère, les repas de famille, les particularités culturelles, et l’ennui qui parfois marque ses séjours outre-Rhin. Mais ce n’est pas la seule mémoire qu’il entretient. Sa mère lui a raconté sa propre enfance dans l’Allemagne de l’après-guerre et l’histoire d’un père qu’elle rencontre quasiment pour la première fois à l’âge de cinq ans. Enrôlé de force dans la Wehrmacht en 1945, ce dernier tenta à tout prix d’éviter les combats, mais il fût finalement arrêté et fait prisonnier. Avec Du pain blanc et du chocolat, Pascal Matthey poursuit son travail autobiographique entamé en 2004 avec « Le Verre de lait ». Il y témoigne d’un épisode intime de sa famille. Si la guerre y occupe une place centrale, elle n’est jamais expressément représentée. La narration se construit par associations, qui mélangent instantanés de la jeunesse de l’auteur, images mentales et référents culturels. II fait dialoguer deux enfances très différentes, inscrites dans leur propre temps. Pour la première fois, ses planches réalisées au crayon ne sont pas complètement muettes, le vécu de ses aïeuls étant porté par une voix off qui vient se superposer à ses souvenirs.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-François Mariet
De mes premières lectures avec Tif et Tondu à aujourd'hui, j'ai toujours lu de la bande dessinée. Très attiré par le noir et le polar, je lisde tout et je tente d'élargir mes horizons de lecteur avec de plus en plus de comics.
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