Electric Miles tome 1 – Wilbur

Quand le duo de Tyler Cross se reforme, la planète BD franco-belge frémit. Electric Miles tome 1 est la nouvelle bande dessinée de Fabien Nury et Brüno, publiée par les éditions Glénat. Un thriller psychologique, entre fantastique, SF et méta-analyse du pouvoir de l’auteur.

Electric Miles tome 1 : retour gagnant pour le duo Nury/Brüno

Wilbur Arbogast est un auteur de science-fiction en bout de course, ravagé par son expérience du combat pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais un jour, il croise un agent littéraire qui ne l’a pas oublié, qui croit toujours en son talent, et qui veut le représenter. Mais Arbogast doute. Veut-il toujours écrire ? Et que veut-il obtenir de son écriture ? Sa réponse ? Créer une religion. Sérieusement ?

Critique garantie sans Tom Cruise ou presque

Electric Miles tome 1 extrait 1Écartons immédiatement l’évidence. Présenté ainsi, Wilbur Arbogast incarne un miroir du gourou de la secte de la scientologie. Précision utile, une religion est une secte qui a réussi et est devenue la norme. L. Ron Hubbard était bien un auteur de SF sans talent, créateur d’une méthode pseudo-scientifique qui lui a permis de porter ses talents de manipulation pour créer son organisation religieuse. Pourtant Fabien Nury est clair : Hubbard a été une source d’inspiration, mais Arbogast n’est pas lui. L’intrigue d’Electric Miles ira plus loin, ailleurs, même si elle s’appuie évidemment sur le parcours de cet homme.

Electric Miles tome 1 : Wilbur n’est pas qu’un titre

Cela étant posé, le personnage d’Arbogast reste tout à fait passionnant à découvrir. Se pose en permanence dans Electric Miles tome 1, la question de sa sincérité. Croit-il en ce qu’il écrit ? A-t-il conscience de développer une forme de manipulation psychique ? Est-il guidé par de mauvaises intentions ? Ce premier volet se garde bien de répondre. Au contraire, il cultive en permanence les points de vue différents, les doutes, pour que les lecteurs soient perdus. Pour que nous soyons manipulés par l’auteur de ce livre, comme les personnages de l’histoire s’apprêtent à l’être par les écrits d’Arbogast. Fabien Nury livre une belle opération de «mind fuck» qui retourne le cerveau des lecteurs.

Que sommes-nous en train de lire ?

Et ce n’est pas le seul axe de tromperie développé par le scénariste. Dès la couverture, une question se pose. Qui est ce chien et son apparence est-elle indicative ? En fait, de bout en bout de l’album, les deux auteurs jouent avec nos nerfs. Electric Miles est-il juste un thriller ou bien est-ce une œuvre fantastique ou de science-fiction ? Le doute plane en permanence. Les images que nous lecteurs voyons, sont-elles issues de l’esprit des personnages ou sont-elles réellement présentes dans le monde des personnages ?

Les lecteurs se font balader et en plus, ils en redemandent, pourquoi Fabien Nury se priverait-il au prochain album ?

Electric Miles tome 1 ou l’appel à la noirceur de Brüno

Electric Miles tome 1 extrait 4Et puis cela n’a été qu’effleuré, mais Electric Miles, ce n’est pas juste un scénario. C’est aussi un dessin intense et une mise en scène dépaysante. Brüno est un artiste référence aujourd’hui, capable de parler à un large public de la BD franco-belge, tout en développant un style très proche de l’underground.

Sa marque de fabrique, ce sont d’abord ses noirs intenses. Des aplats qui sont structurants au sein de la page, des traits inspirés par la ligne claire parfaitement tenus et sans faille. Chaque être est un monde à part entière, un univers auto-contenu. Le noir guide le regard des lecteurs. Et les espaces vides sont remplis avec intelligence par les couleurs de Laurence Croix. Les noirs et blancs de Brüno sont sûrement magnifiques, mais le travail de la coloriste vient apporter une contribution certaine aux sensations de malaise et de désorientation présentées un peu avant. Le travail de ces deux artistes tient de la danse de salon. Ils suivent une même rythmique, construisent la même émotion, avec deux expressions différentes.

Un succès de librairie sans aucun doute

Il est évident qu’Electric Miles, de Fabien Nury et Brüno, publié chez Glénat, sera un des titres de l’année et sans doute un prétendant au prix Canal BD des libraires. Et si la « hype » est évidemment présente, le résultat n’est en rien décevant. Au contraire, cet album porte la promesse d’un nouveau voyage dérangeant, intrigant et addictif. Alors autant ne pas le rater !

Article posté le samedi 12 avril 2025 par Yaneck Chareyre

Electric Miles tome 1 de Fabien Nury et Brüno (éditions Glénat)
  • Electric Miles tome 1 – Wilbur
  • Scénariste : Fabien Nury
  • Dessinateur : Brüno
  • Coloriste : Laurence Croix
  • Éditeur : Glénat
  • Parution : 02 avril 2025
  • Nombre de pages : 104
  • Prix : 20€50
  • ISBN : 9782344064849

Résumé éditeur : There is no world Los Angeles, 1949. Parmi les rayons d’un magasin de comics, Morris Millman, agent littéraire, croise une de ses idoles : le prolifique et brillant Wilbur H. Arbogast, qui a jadis publié de nombreuses nouvelles dans le magazine pulp Outstanding. Mais Arbogast, fantomatique et secret, n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été. Morris rêve de remettre Wilbur sur le devant de la scène. Aurait-il un texte, n’importe quoi à vendre, à promouvoir ? Oui, peut-être… Mais ce livre promis est aussi toxique, il rend fou, il tue. C’est du moins ce qu’affirme l’auteur déchu… L’agent, appâté, veut à tout prix publier ce texte, le vendre à des producteurs de cinéma, tout ça sans même l’avoir lu. Il vient, sans le savoir, de réveiller la folle volonté de puissance d’un auteur dément. Wilbur H. Arbogast ne veut pas seulement vendre un livre, il veut créer une bible. Fonder une religion, régenter le monde… Et grâce à la naïveté de son premier lecteur, il pourrait bien y arriver. Avec Electric Miles, le duo Nury / Brüno, continue de nous surprendre, en transportant le lecteur dans un polar fantastique digne de Philip K. Dick et Stephen King.

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

En savoir