Invisible Kingdom

Lorsque deux vies que tout oppose viennent à se croiser, les nouveaux choix seront lourds de conséquences. Voici ce que vont apprendre Grix, la pilote du Sundog, un vaisseau de marchandises, et Vess, l’adepte de l’ordre de la Renonciation. Dans Invisible Kingdom, G. Willow Wilson et Christian Ward nous présentent une épopée mêlant science-fiction, foi et conspiration, aux éditions Hi Comics.

DES DESTINS CROISÉS.

A l’occasion d’une escale forcée sur une des lunes de Qari, Grix découvre que sa cargaison n’est en réalité qu’un leurre destiné à transférer d’importants fonds. Lux, la corporation toute puissante pour laquelle elle travaille est impliquée, mais qui d’autre ? Et surtout, dans quel but ?

Face à ces révélations, Grix se trouve face à un dilemme : doit-elle fermer les yeux en même temps que ces boites vides, ou bien doit-elle dénoncer ce qui ressemble à une gigantesque machination, au risque de tout perdre ?

Vess, quant à elle, pense avoir accompli sa destinée en rejoignant l’ordre de la Renonciation. A la suite d’une longue et pénible mise à l’épreuve, elle a su faire ses preuves et est devenue une « non-un ». Et, signe indiscutable de sa valeur et de sa fidélité au Royaume Invisible, Mère Proxima a immédiatement fait d’elle la nouvelle scriptorienne. A ce titre, elle a accès à tous les documents de l’ordre. Mais bien vite, elle tombe sur des registres mentionnant d’importants détournements d’argents provenant de Lux Bank à destination d’un compte appartenant à Mère Proxima en personne. Est-ce la vérité ? Est-ce encore une mise à l’épreuve pour tester sa foi ?

Face à ces révélations, Vess se trouve face à un dilemme : doit-elle fermer les yeux en même temps que ces registres, ou bien doit-elle dénoncer ce qui ressemble à une gigantesque machination, au risque de tout perdre ?

En se croisant, ces deux destins vont associer leurs preuves pour mettre à jour des malversations dont les enjeux les dépassent.

UNE ÉPOPÉE INTERGALACTIQUE.

On l’a compris, la scénariste G. Willow Wilson présente une intrigue originale qui réserve bon nombre de surprises. Mais de manière judicieuse, elle intègre son histoire dans un univers de science-fiction parfaitement travaillé.

Ainsi, vaisseaux spatiaux, villes futuristes et espèces extraterrestres avec des caractéristiques morphologiques précises seront au programme.

Au fur et à mesure, nous voyagerons et découvrirons les planètes Qari, Duni, Rool… On s’émerveillera ainsi devant des déserts à perte de vue, des immensités bleues ou encore des mégapoles peuplées d’êtres colorés.

Et il faut bien reconnaître qu’à ce titre, la prestation graphique réalisée par Christian Ward (Ody-C) est absolument exceptionnelle.

Le talentueux dessinateur, habitué des univers futuristes, livre là une prestation remarquable, envoûtante, presque irréelle.

Son trait, pourtant simple, est magnifié par son talent inné pour la mise en page et surtout par sa colorisation unique. Les couleurs vives se mêlent et s’entre-mêlent pour créer un effet presque hypnotique qui entraine le lecteur dans un véritable tourbillon graphique.

Il n’est d’ailleurs pas surprenant que l’artiste ait obtenu en 2020 le prestigieux prix Eisner du meilleur peintre ou artiste multimédia pour son travail sur Invisible Kingdom.

Mais la scénariste G. Willow Wilson n’est pas en reste et elle a plus d’un tour dans son sac.

CRISES DE FOI.

La jeune femme s’en explique longuement dans la postface qui accompagne l’édition de Hi Comics : tout est parti de recherches sur les traditions monastiques médiévales.

Quand on lit l’œuvre finale, on se rend compte que son esprit a quelque peu vagabondé, mais de fil en aiguille, la conception religieuse du renoncement est venue se confronter à un univers qui est en réalité le nôtre, constitué de multinationales toutes puissantes qui agissent à l’autre bout de la planète par un simple clic.

Pour autant, ne nous y trompons pas : G. Willow Wilson ne tombe pas dans une caricature facile qui reposerait sur une critique stérile. Ainsi, celle qui avait porté sur le devant de la scène Kamala Khan, plus connue sous le nom de Miss Marvel, aime les récits nuancés. Elle a d’ailleurs montré à de nombreuses reprises que si elle était capable de s’interroger sur la religion, elle le faisait avec respect et intelligence.

Les aventures de Grix et Vess n’échappent pas la règle et c’est avec plaisir qu’on lit une œuvre d’une qualité scénaristique remarquable. Le titre est d’ailleurs édité et porté par Karen Berger, la légendaire éditrice des chefs d’œuvre du label Vertigo (Watchmen, Sandman, 100 Bullets, Fables…) et a obtenu le prix Eisner 2020 de la meilleure nouvelle série.

Une intrigue qui s’annonce trépidante, un univers de science-fiction riche et bigarré, des dessins somptueux, un savant mélange de foi et de conspiration, tels sont les ingrédients présents dans le premier tome d’Invisible Kingdom, une série à suivre, comme en témoigne le fait que l’œuvre figure dans la très prestigieuse sélection officielle du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2021.

Article posté le jeudi 10 décembre 2020 par Victor Benelbaz

Invisible Kindgom de Gwendolyn Willow Wilson et Christian Ward (Hi Comics)
  • Invisible Kingdom, volume 1 : Le sentier
  • Scénariste : Gwendolyn Willow Wilson
  • Dessinateur : Christian Ward
  • Editeur : Hi Comics
  • Prix : 17,90 €
  • Parution : 14 octobre 2020
  • ISBN :  9782378872519

Résumé de l’éditeur : L’épopée de deux jeunes femmes dans une galaxie lointaine. Vess est une jeune initiée de la Renonciation, dévorée par une passion brûlante et une foi inébranlable. Pilote de fret aguerrie au service de la méga-corporation Lux, Grix est son antithèse. Elle trace sa route de planète en planète, épaulée par un équipage téméraire. Tout chavire quand Vess et Grix tombent sur une information explosive… Cette découverte fait chanceler les fondations de leur univers. Réunies par le hasard, elles doivent faire un choix : suivre le sentier auquel elles étaient destinées, ou s’en forger un tout nouveau.

À propos de l'auteur de cet article

Victor Benelbaz

Victor Benelbaz

Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.

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