Je suis née dans un village communautaire

Vivre dans un village communautaire, cela n’a semble-t-il pas trop perturbé Kaya Takada. L’autrice japonaise témoigne de ces années étonnantes dans Je suis née dans un village communautaire aux éditions Rue de l’échiquier.

Village communautaire : collectivité singulière

Nous connaissions les communautés religieuses de moines ou de sœurs, nous connaissions les centres de rééducation en Russie ou en Corée du Nord mais nous ne connaissions pas les villages communautaires au Japon.

Dans une période de libération des mœurs après mai 68, ces lieux de vie en commun devaient être des endroits de vie alternative où l’Homme était au centre du projet. Kaya Takeda a fait partie de l’une d’elles. Elle raconte.

Sans rancœur

La japonaise de 35 ans a vécu jusqu’à l’âge de 19 ans dans un village dont elle tait le nom et le lieu. C’est à Fusao, son mari, qu’elle témoigne de cette existence singulière.

Sous forme de petites saynètes de quelques pages, elle égraine les moments de vie pour que son compagnon puisse comprendre ce passé original.

Toujours avec humour, Kaya Takeda pose les choses telles quelles sont, sans filtre mais sans jamais juger ni donner de leçon. Parce que oui, elle en fut marqué mais semble sereine lorsqu’elle en parle. Ni remords, ni regrets, ni rancœurs. Juste une écriture salvatrice comme cathartique.

Son histoire est contée à hauteur d’enfant. Avec une fraîcheur et une naïveté qui prête à sourire même si les brimades et les privations sont parfois dures à la lecture. On éprouve de l’empathie et de la sympathie pour la jeune Kaya.

Radicalité à tous les étages

Ce qui frappe, c’est l’austérité et la manque de plaisir(s) dans ce village. Séparés des parents, les enfants sont regroupés par tranche d’âge. Les relations avec l’extérieur sont rares. Tout se déroule en vase clos.

Confiés à une éducatrice peu avenante et peu maternelle, Kaya et ses camarades apprennent la vie dans des cours très originaux. A part des jeux anciens, ils sont privés de technologie (radio et télévision). Rien ne doit parasiter l’enfance. L’éducation est stricte et axée sur les savoirs essentiels. Pour plus d’épanouissement personnel ? Pas sûr !

Cette vie d’ascète est rythmée par des rituels journaliers immuables. Du réveil à 5h30 au coucher à 21h, tout est codifié. Souvent de corvée de nettoyage de WC, Kaya aimerait plus d’imprévus.

Mangeant seulement deux repas par jour, elle a toujours faim. Elle tente de glaner de ci, des fruits dans un arbre, de là, des bonbons dans un placard.

S’émanciper

Si la vie semble rude et les corps durs au mal, Je suis née dans un village communautaire est porteur d’espoir. Kaya Takada a pu s’émanciper en quittant la communauté et devenir mangaka.

Par un dessin très typé et parfois kawaï, elle conte avec justesse des années de privations mais aussi de petits moments de bonheur. D’ailleurs adulte, elle savoure plus encore ces petits riens qui font un grand tout.

Je suis née dans un village communautaire est un très joli récit autobiographique entre férocité de la vie en commun et rires des situations touchantes.

Article posté le mercredi 16 janvier 2019 par Damien Canteau

Je suis née dans un village communautaire de Kaya Takeda (Rue de l'échiquier)
  • Je suis née dans un village communautaire
  • Autrice : Kaya Takeda
  • Editeur : Rue de l’échiquier
  • Parution : 03 janvier 2019
  • Prix : 19.90€
  • ISBN : 9782374251356

Résumé de l’éditeur : Kaya Takada a vécu au Japon une aventure peu ordinaire : elle a passé toute son enfance et son adolescence au sein d’un village communautaire. Inspiré par les idées libertaires qui ont abondamment circulé dans les années 1970, le village atypique dans lequel elle a grandi était une communauté rurale alternative, aux moeurs à la fois innovantes et sévères : pas de propriété privée, des lieux d’habitation dépourvus de clés, des biens matériels partagés avec tous, etc. Parallèlement à ces pratiques généreuses, le mode de vie était marqué par une rigueur monastique et un climat terrorisant : deux repas par jour seulement, des lieux de résidence séparés pour les parents et les enfants, des punitions corporelles pour faire régner une discipline de fer, etc. Aux yeux du reste du monde, la communauté était regardée comme un lieu étrange que les gens « ordinaires » appelaient « le Village », comme ils auraient dit « la secte »… C’est dans cet environnement déroutant que Kaya Takada a vécu jusqu’à l’âge de 19 ans, avec ses activités et ses bonheurs simples, mais aussi, comme une litanie sans fin, ses contraintes et ses brimades… Le choc du livre naît de la confrontation entre la fraîcheur du récit de Kaya, mené « à hauteur d’enfant » avec franchise, humour et entrain, et la radicalité des moeurs de cette collectivité singulière, extraordinairement rigide et dogmatique.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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