L’envol du pélican

L’envol du pélican raconte l’histoire d’une enfance volée. Celle d’un petit garçon sous l’emprise d’un cousin agresseur. Un récit poignant publié ce printemps chez Sarbacane.

Un homme en souffrance

C’est l’histoire d’un petit garçon, Daniel, qui devenu un homme doit composer avec une douleur intérieure. Il a grandi dans les années 70, à Lima, au Pérou, dans une pension de famille tenue par sa mère, Madeleine. C’est une « femme libre, flamboyante », qui aime sortir, qui court après l’argent quand il lui faut songer à remplir les assiettes de ses locataires.

Daniel, lui, est plein d’entrain, se propose même parfois de faire la cuisine pour toute la maisonnée. Il grandit ainsi, « comme une herbe folle », trouvant parfois refuge chez une grand-mère aimante. Et puis un jour, tout bascule…

Nous voici plongés dans L’envol du pélican, un récit écrit par Rudy Ortiz et Sophie Révil, dessiné pour les éditions Sarbacane par l’autrice d’origine chilienne Antonia Bañados.

Un garçon sous emprise

Quelle est donc cette douleur qui empoisonne le quotidien de Daniel ? Devenu quadragénaire, parisien, il vit avec un compagnon qui perçoit son mal-être. Ce dernier lui conseille d’aller voir un psychothérapeute. D’abord rétif à cette idée, Daniel se rend chez ce praticien et commence à se confier…

Dans un long flash-back à la première personne, le récit se déploie autour de la rencontre entre Daniel et Vicente, un cousin plus âgé. Il est beau, fort, solaire, ce Vicente venu faire ses études de médecine à Lima. Pour le petit garçon de dix ans, c’est le début d’une fascination qui se transformera en emprise. Bientôt le cousin séducteur et « meilleur ami » imposera à Daniel des caresses plus qu’explicites…

Ne rien laisser paraître

Daniel va devoir vivre avec cette blessure. Et ce secret qu’on lui demande de garder. « Ce secret a englouti ma vie, raconte Daniel. Je serais mort de honte si quelqu’un avait appris ce qui se passait. Je me sentais coupable, je me disais: « c’est moi qui l’ai cherché. Alors, il fallait surtout ne rien laisser paraître ».

A ce sentiment de culpabilité s’ajoutera pour le jeune garçon le déclassement. Il ne travaillera plus à l’école, n’ira plus à l’école, mentira à son entourage. Puis Vicente finit par partir. Daniel a enfoui ces souvenirs en grandissant tout en tentant de se reconstruire, loin du Pérou, à Paris.

Avec le pélican

Avec ce récit d’une enfance volée, envolée comme le pélican qu’apprivoise Daniel, les auteurs parviennent à émouvoir tout en restant directs. Les images frontales, parfois crues, proposées par Antonia Bañados ne cachent rien du cauchemar enduré par le jeune Daniel. Avec un trait épuré, une bichromie assumée entre gammes de mauves et d’ocres, cette histoire d’emprise ne laissera pas ses lecteurs indifférents.

Article posté le samedi 28 mars 2026 par Jean-Michel Gouin

L'envol du pélican de Rudy Ortiz, Sophie Révil et Antonia Bañados (éditions Sarbacane)
  • L’envol du pélican
  • Scénario : Rudy Ortiz et Sophie Révil
  • Dessin : Antonia Bañados
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix :  26 €
  • Parution : 04 mars 2026
  • Nombre de pages :
  • ISBN : 9791040806646

Résumé de l’éditeur. Petit garçon espiègle et plein d’imagination, Daniel grandit dans la pension de famille que tient sa mère, Madeleine, au cœur de Lima. Femme libre des années soixante-dix, mère célibataire, elle multiplie les boulots et les aventures. Daniel reste souvent tout seul. Jusqu’à l’arrivée de Vicente. Son grand cousin. Beau, charismatique, solaire. Vicente prend le petit garçon sous son aile, et devient son meilleur ami. Le centre de sa vie. Pour Daniel, c’est un tourbillon de bonheur. Il ne sait pas encore que son enfance est sur le point de basculer brutalement …

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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