La dent de l’iguanodon, c’est l’aventure romanesque de Mary Ann et Gideon Mantell découvreurs du premier vestige de cet animal au XIXe siècle. Pol Cherici, Lisa Lugrin et Clément Xavier relatent cette formidable découverte allant à l’encontre du dogme de l’Eglise et des savants de l’époque.
Gideon et Mary Ann, un coup de foudre
Gideon Mantell est médecin à Lewes, un petit village de l’Angleterre. Il s’occupe au quotidien de malades souvent mourants des alentours.
Un jour, Sir Woodhouse a besoin de lui. Sa femme lui demande d’alléger ses souffrances. A ses côtés, Mary Ann, sa fille.
Sur les murs de la chambre du mourant, des dessins d’ammonites réalisés par Mary Ann. C’est la coup de foudre entre le jeune médecin et la fille Woodhouse.

Les Mantell, entre malades et fossiles
Le couple se marie et s’installe chez Gideon. Leur vie est rythmée par les soins aux malades et la découverte de fossiles, une passion du jeune homme.
Une route non loin de chez eux est en construction. Cela leur permet d’avoir accès à des couches géologiques très anciennes. Pour cela, Gideon et Mary Ann se rendent chez John Rian, propriétaire de terres où passera ce nouvel axe routier.

Une dent bien mystérieuse
Ensemble, ils récupèrent des fossiles. Gideon les nettoie et les étudie, tandis que Mary Ann en fait des dessins. Ils collectent ainsi des centaines d’informations dans des carnets.
Un jour, Gideon rapporte une dent bien mystérieuse. Ils en viennent à la conclusion que c’est celle d’un herbivore car le dessus est très aplati. Mais elle est énorme. Proportionnellement à celle d’un humain, c’est forcément celle d’un dinosaure.
Après une enquête, Mary Ann et Gideon concluent que c’est celle d’un iguanodon, une nouvelle espèce jamais étudiée…

La dent de l’iguanodon, superbe enquête chez les paléontologues
Si la paléontologie connaît sa forme actuelle à partir de la fin du XVIIIe siècle, elle est donc naissante lors de la découverte importante de Gideon et Mary Ann Mantell.
C’est en 1825 que Gideon décrit pour la première fois l’iguanodon grâce à la découverte d’une dent. Le couple marié depuis 9 ans la découvre ainsi à Lewes, dans le comté du Sussex au sud-est de l’Angleterre, où il vit.
La dent de l’iguanodon est une très jolie enquête, très prenante de Pol Cherici, Lisa Lugrin et Clément Xavier. Les deux derniers ont déjà publié ensemble notamment Yékini le roi des arènes, Geronimo, mémoires d’un résistant apache, Waco Horror ou Jujitsuffragettes les amazones de Londres. La première a également travaillé avec Clément Xavier sur Le journal de Clara.
Ce sont donc 3 auteurices qui se connaissent bien qui proposent une histoire méconnue chez nous autour de découvertes paléontologiques majeures.

La dent de l’iguanodon, entre aventure, mystères et opposition
Solidement documenté, La dent de l’iguanodon est également romancé pour donner de la chair à ce récit historique important dans la recherche scientifique. L’histoire est accrocheuse et se lit avec aisance. Pas besoin de connaître parfaitement les fossiles et les dinosaures pour comprendre. Comme Mary Ann et Gideon Mantell découvrent, ils font part de leurs hypothèses et leurs doutes aux lecteurs. En confrontant le savoir de l’époque, ils expliquent indirectement aux lecteurs novices.
Cette enquête fondée sur un fait historique réel apporte ainsi son lot de mystères, d’erreurs et de certitudes. Il faut souligner que la découverte de la dent de l’iguanodon connaît aussi des réticences et des oppositions de la part de l’Église dont le dogme ne reconnaît pas cette découverte ou de la part même de scientifiques (souvent croyants). Le couple doit se battre contre ces antagonismes.
Sans oublier que seul Gideon peut porter cette découverte car c’est un homme. Les femmes, à l’époque, sont exclues des laboratoires et autres campagnes scientifiques. Il était important pour Cherici, Lugrin et Xavier de montrer le couple comme découvreur et non uniquement Gideon. Leur amour est leur force. Le binôme est bien rodé.
Puzzle au centre du récit
La dent de l’iguanodon est donc construit comme une enquête, un puzzle qui se matérialise devant le lecteur. Tels deux enquêteurs, ils formulent des hypothèses qui tiennent en haleine le lectorat.
Dans le domaine de la paléontologie, ce sont ces formulations qui attirent les plus jeunes. On est souvent fasciné car il n’y pas de traces écrites. Il faut se fier aux strates des sols, aux ossements… comme le montre bien les deux documentaires sur les fouilles d’Angeac-Charente que Comixtrip suit de près.

Le scientifique comme rêveur ?
Ce qui est aussi très appréciable dans l’album, ce sont les deux personnages principaux. Mary Ann douée en dessin, qui encourage son mari malgré les échecs et les oppositions. Et Gideon, solide médecin mais aussi rêveur. Il y a donc ce mythe du chercheur-rêveur qui est au cœur du récit.
Et si la poésie et les rêves étaient aussi le moteur des scientifiques ? Pourtant antinomiques, la poésie et le pragmatisme des sciences fonctionnent bien ensemble. Dans l’Antiquité, les Grecs ou les Égyptiens ne faisaient pas de distinction. Ainsi, on pouvait être mathématicien, philosophe, poète et écrivain en même temps. Comme Descartes, plus tard, qui était philosophe et mathématicien. Tous faisaient leurs Humanités. Un mélange subtil.
La poésie servait-elle la science et inversement ?

La dent de l’iguanodon : Pour les dessins de Mary Ann Mantell
Si l’amour des Mantell transpire dans La dent de l’iguanodon, il ne survit pas à cette passion dévorante qu’est la découverte de fossiles. D’ailleurs, le livre s’arrête lorsque Gideon fait son entrée à la Royal Society de Londres et que leur livre, Notice on the Iguanodon, a Newly Discovered Fossil Reptile, from the Sandstone of Tilgate Forest, in Sussex, est publié.
Ils ont trois enfants mais divorcent en 1833. Gideon décède d’une overdose en 1852 et Mary Ann en 1869.
Le plus important étant le cheminement pour comprendre à qui pouvait bien appartenir cette dent.
On appréciera la reproduction des dessins de Mary Ann Mantell dans l’album. Certains historiens attribuent d’ailleurs la découverte de la dent à l’épouse de Gideon et non à lui. Elle l’aurait trouvé sur le bord de la route.
La dent de l’iguanodon se termine par une postface de Ronan Allain, paléontologue au Muséum d’histoire naturelle de Paris et responsable des fouilles d’Angeac-Charente.
Si vous vous sentez l’âme d’une découvreuse ou d’un découvreur, tels Allan Grant et Ellie Sattler dans Jurassic Park, plongez dans ce très bel album construit comme une enquête.
- La dent de l’iguanodon
- Auteurs : Pol Cherici, Lisa Lugrin et Clément Xavier
- Éditeur : FLBLB
- Prix : 23 €
- Parution : 25 avril 2025
- Nombre de pages : 346
- ISBN : 9782357613676
Résumé de l’éditeur : Dans l’Angleterre du XIXe, Mary Ann et Gideon Mantell, couple passionné de fossiles, exhument une dent géante évoquant un hippopotame ou un rhinocéros, mais datant de l’« aire des reptiles », antérieure à l’apparition des mammifères. Cette trouvaille, incompatible avec les croyances de l’époque, est la première pièce d’un puzzle menant à la découverte des dinosaures. Leur enquête scientifique à haut risque pousse les Mantell à défier l’Église et les élites, farouchement opposées aux thèses évolutionnistes, qui menacent de bouleverser l’ordre établi et les privilèges. Par les scénaristes de Yékini, roi des arènes, prix révélation Angoulême 2015.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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