Le cocon

Alexandre De Moté et Natacha Sicaud signent chez Glénat Le Cocon, une émouvante biographie de l’artiste handicapée Judith Scott. Le parcours hors du commun d’une femme maltraitée considérée aujourd’hui comme une figure majeure de l’art brut au vingtième siècle.

Le cocon de Alexandre de Moté et Natacha Sicaud (éditions glénat)

Un triple handicap

Sourde, muette, trisomique. C’est ainsi que naît Judith Scott, un jour de mai 1943, dans l’État de l’Ohio (États-Unis ). Judith a une sœur jumelle, Joyce. Les deux fillettes vivent ensemble pendant sept ans avant que Judith ne soit brutalement placée dans une institution. Elle y restera des décennies, avant de devenir une artiste… C’est l’histoire de cette femme que nous content dans un émouvant roman graphique, Le Cocon, Alexandre de Moté et Natacha Sicaud pour les éditions Glénat.

Le cocon de Alexandre de Moté et Natacha Sicaud (éditions glénat)

Une maltraitance systématique

L’Amérique des années 50 ne laisse guère de chance à celles et ceux qui sont différents. Judith Scott va vite l’apprendre à ses dépens. Elle souffre du syndrome de Down, ou trisomie 21. A l’époque, on connaît mal ce handicap. On cherche seulement à « calmer » une petite fille qui crie, mord ou pique des crises de colère… Alors, pendant de nombreuses années, Judith sera enfermée. Un médecin fera ce triste constat : « Aucun soin ni aucun test n’a été pratiqué ou réalisé lors des trente-six années d’enfermement de Judith. Juste de la Clorpromazine et des calamants sous toutes les formes possibles. Une des institutions a décidé suite à des morsures à répétition…de lui enlever toutes ses dents ».

Le cocon de Alexandre de Moté et Natacha Sicaud (éditions glénat)

Dans un centre d’art

Ce n’est qu’en 1986 que Judith Scott retrouvera une vie plus « normale ». Sa sœur Joyce obtient alors la tutelle de sa sœur. Direction la Californie où Judith, 43 ans, intègre le Creative Growth Art Center, un centre d’art brut contemporain destiné aux personnes en situation de handicap mental. Dans ce lieu unique, où chacun avance à son rythme, on peut faire de la gravure, peindre, sculpter. Judith, qui semble d’abord étrangère à toute forme d’expression artistique, va peu à peu trouver sa voie dans un processus créatif original…

Le cocon de Alexandre de Moté et Natacha Sicaud (éditions glénat)

Un nouveau statut

Judith Scott n’est plus cette petite bonne femme au sourire édenté enfermée dans une chambre. Dans ce centre elle « récupère » et rassemble toutes sortes d’objets hétéroclites, laine, tissus, chiffons, vieilles cravates, roues de vélo, outils, qu’elle enveloppe de fils qu’elle enroule autour. L’ensemble devient alors un cocon géant, un fétiche, une poupée d’envoûtement.

Ces sculptures d’un genre nouveau interpellent, séduisent jusqu’aux historiens d’art. Bientôt, à l’aube de ses soixante ans, Judith acquiert le statut d’artiste. L’art a de ces vertus…

En 2001 à Lausanne, une première exposition révèle au public l’œuvre de la sculptrice américaine. Judith Scott est intégrée à la grande famille de l’art brut ou art outsider, celui qu’on qualifiait autrefois avec mépris « l’art des fous ».

Le cocon de Alexandre de Moté et Natacha Sicaud (éditions glénat)

L’art des liens

Avec Le Cocon, Alexandre de Moté retrace avec sensibilité le parcours de vie d’une artiste singulière. Une artiste qui semblait se désintéresser totalement de son œuvre une fois terminée, hors de toute démarche mercantile ou promotionnelle, seulement « impatiente de se consacrer à la production suivante », comme le souligne l’historienne de l’art et commissaire d’exposition Lucienne Peiry  dans la préface de cet album.

Saluons enfin ici le travail graphique de Natacha Sicaud, qui par son trait fin et élégant rend l’humanité de ces visages, qu’ ils soient en joie ou en souffrance. L’ensemble de cette biographie dessinée en 128 pages constitue une émouvante entrée en matière dans l’univers de Judith Scott.

Article posté le samedi 11 avril 2026 par Jean-Michel Gouin

Le cocon de Alexandre de Moté et Natacha Sicaud (éditions glénat)
  • Le Cocon
  • Scénario : Alexandre De Moté
  • Dessin : Natacha Sicaud
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 20,00 €
  • Parution : février 2026
  • Nombre de pages : 128
  • ISBN : 9782344064702

Résumé de l’éditeur : Née en 1943 dans l’Ohio, Judith Scott est atteinte de trisomie 21 et de surdité. Dans l’Amérique des années 1950, son handicap est mal compris : jugée « inapte », elle est séparée de sa famille et surtout de sa sœur jumelle, Joyce, avec qui elle entretenait un lien profond malgré l’absence de langage verbal commun. Commence alors pour Judith une longue période d’institutionnalisation, loin des siens.Trente-cinq ans plus tard, Joyce parvient à obtenir la tutelle de sa sœur et lui offre une nouvelle vie. Installée à Oakland, Judith rejoint le Creative Growth Art Center. C’est là, à 44 ans, qu’elle découvre la sculpture textile : des objets enveloppés de fils, des formes mystérieuses et organiques qui deviennent son mode d’expression privilégié.

À travers ces œuvres singulières, Judith tisse un langage propre, intime, presque thérapeutique, et se reconnecte peu à peu au monde. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une figure majeure de l’Art Brut.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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