Le convoyeur

Un convoyeur arpente les routes d’un monde complétement dévasté après que la Rouille, un virus, ait tout décimé. Seul être humain non muté, il effectue des missions et parfois tente d’aider les personnes affectées. Tristan Roulot et Dimitri Armand imaginent son parcours dans Le convoyeur, une série post-apocalyptique sombre et violente. Sans concession !

La rouille, un mal mystérieux

Il y a de nombreuses années, la Rouille a frappé. Ce virus mystérieux a déferlé sur la population et beaucoup d’habitants furent touchés. Cette bactérie s’attaqua à tous les métaux sur Terre. Les villes et les ponts se sont écroulés. Pire, les femmes et les hommes furent aussi atteints, parce que le corps humain possède aussi un part de fer dans son organisme.

La faim et les maladies furent à nouveau deux grands fléaux de l’Humanité. Organisés en clans, les survivants n’hésitèrent pas à se défendre. Les guerres éclatèrent.

Le convoyeur : espoir de l’Humanité ?

Le Convoyeur se rend chez M. Cendres. Missionné par ce parrain local, il devait lui rapporter un colis. Mais deux bandits eurent raison de lui, lui volant ainsi le précieux objet.

Le Convoyeur demande un nouveau délai pour récupérer ce bien. M. Cendres accepte mais lui confie un autre dossier : rapporter au duc d’Arcasso, la tête de son fils emballé dans un carton.

Le ton monte entre les deux hommes. Le convoyeur arrache le cœur de M. Cendres, qui entre alors dans une colère noire. Ses bras s’enflamment. Surgit alors Ana qui égorge l’une des hommes de main du caïd…

Frayer son chemin dans un monde post-apocalyptique

« Seuls les fous pactisent avec le diable » : nous voilà prévenus ! Le convoyeur c’est un très bon récit post-apocalyptique bourré de testostérones. L’histoire imaginé par Tristan Roulot est rythmée, emplie d’actions et gentiment amorale.

Tel un cauchemar se déroulant dans la tête d’un homme endormi, ce premier opus est un subtil mélange de science-fiction, de thriller et de western.

Puisant dans des œuvres cultes de la pop culture, le scénariste de Hedge Fund et Irons fait référence aussi bien à Ken le survivant – le manga de Buronson et Tetsuo Hara – qu’au long métrage Les fils de l’homme de Alfonso Cuaron. Mad Max de George Miller, Freaks de Tod Browning et X-Men de Stan Lee et Kack Kirby, complètent un tableau généreux et alléchant.

Personnalités troubles

Ce que l’on apprécie dans Le convoyeur c’est son côté non-manichéen. Même le personnage principal n’est pas exempt de tout reproche. Homme de parole, ce mastodonte possède des lunettes destructrices, tel Cyclope dans X-Men. La seule chose qu’il demande lorsqu’il a aidé une personne, c’est qu’elle doit ingérer un étrange petit œuf. Il est en opposition aux personnes affectées par la Rouille et qui ont muté.

Sur sa route, se dressent de multiples obstacles en la personne de M. Cendres, à la tête d’une fine équipe de malfrats. Son pouvoir, il le tient de ses poings incandescents. Il y aussi le Légat, missionnaire en croisade pour la Nouvelle église. On y ajoutera, Ana dont le compagnon a disparu ou Nymphe, mutante des moins rassurantes et l’on obtient une galerie forte de portraits.

Le convoyeur : quand Walking Dead rencontre Mad Max

Dans ce monde d’anticipation, les questions se posent, plus énigmatiques les unes que les autres. L’histoire est un mélange de Walking Dead de Robert Kirkman et de Mad Max. Le convoyeur envoie et ça dessoude quasiment à chaque page.

« J’aime l’idée d’aller au-delà du bon goût et du mauvais goût. Mais je cherche aussi l’envers de l’Humanité. Le postulat, c’est que, dans un tel monde, où la morale devient une faiblesse, les vrais psychopathes seraient les leaders » évoque Tristan Roulot lorsqu’il parle de la violence dans ce premier volet de saga.

De la force du dessin

Le Convoyeur charrie son lots de mystères et rebondissements pour le plus grand bonheur des amateurs de ce genre. L’ambiance est sombre, désenchantée et déshumanisée; parfois dans la veine de la sublime série Jérémiah d’Hermann. Elle est magnifiquement mise en image par Dimitri Armand. Le trait du dessinateur de la nouvelle version de Bob Morane est d’une belle puissance.

Le découpage est rythmée et précis. Les personnages sont très expressifs et toujours en mouvement. Les planches sont très belles, rehaussées par des couleurs chaudes bien senties.

Pour changer des histoires post-apocalyptiques habituelles, Tristan Roulot a choisi la France comme décor. On est donc loin des terres arides américaines. « J’en ai marre de toujours magnifier l’Amérique. On a un terroir de folie, assumons-le », confie le scénariste et de poursuivre : « […] en France, on a de la vieille pierre, sans fer à l’intérieur ». C’est pourquoi, l’on peut aussi qualifier Le Convoyeur de western féodal post-apocalyptique français.

Tous les ans, Tristan Roulot et Dimitri Armand nous gratifieront d’un nouvel opus du Convoyeur, contenant une histoire complète pour chaque volume, dans la grande tradition des bandes dessinées d’aventure. Excellente idée !

Article posté le jeudi 16 juillet 2020 par Damien Canteau

Le convoyeur de Tristan Roulot et Dimitri Armand (Le Lombard)
  • Le convoyeur, tome 1 : Nymphe
  • Scénariste : Tristan Roulot
  • Dessinateur : Dimitri Armand
  • Editeur : Le Lombard
  • Parution : 26 juin 2020
  • Prix : 14.45 €
  • ISBN : 9782803675753

Résumé de l’éditeur : Un virus s’est répandu sur la terre. La « Rouille » s’est attaquée au fer, détruisant peu à peu les infrastructures, les véhicules, les outils,… Notre civilisation est revenue à l’âge de la pierre. Dans ce monde brutal, le légendaire Convoyeur incarne le seul espoir pour beaucoup de gens. Il accepte de remplir toutes les missions qu’on lui confie, quels qu’en soient les risques. En échange de quoi, les commanditaires doivent simplement manger un oeuf étrange…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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