Le Génie de Beyrouth

Aujourd’hui, quand on évoque Beyrouth, et qu’on ne connaît pas particulièrement la capitale libanaise, deux mots viennent à l’esprit, guerre et explosion. Avec Le Génie de Beyrouth sorti chez Dargaud, Sélim Nassib (scénariste) et Léna Merhej (dessinatrice) nous proposent de découvrir leur Beyrouth. Celui d’avant 1975, quand ce pays, coincé entre mer et montagnes, était considéré comme la Suisse du Moyen-Orient.

Qu’a-t-il bien pu se passer pour que cet État entouré par la Syrie au Nord et à l’Est et Israël au Sud passe de la paix au chaos ?

Le Génie de Beyrouth - Sélim Nassib et Léna Merhej - Dargaud

Une rue multiethnique

Les auteurs de cette série, prévue en trois tomes, nous racontent ainsi l’histoire du pays, à travers celle des habitants de la rue Rizkallah. Une rue, dont le nom signifie “à la fortune de Dieu”, située à Beyrouth à proximité de la mer et dans laquelle vivaient des gens de différentes origines.

Un épicier chrétien maronite, un épicier musulman sunnite, un coiffeur arménien, un teinturier musulman chiite, des prostituées grecques, turques et égyptiennes, une famille juive syrienne, des maçons russes blancs…

Le Génie de Beyrouth - Sélim Nassib et Léna Merhej - Dargaud

Toutes ces personnes vivent les unes à côté des autres, dans ce même quartier multiethnique et multireligieux. Une seule partie de Beyrouth échappe à cette mixité. Là où se trouvent des camps de réfugiés palestiniens qui se sont installés au Liban à partir de 1967.

1975, une année fatidique

Le Génie de Beyrouth - Sélim Nassib et Léna Merhej - Dargaud

La rue Rizkallah, comme il y en avait de nombreuses autres à l’époque à Beyrouth, permettait à ses habitants de vivre dans le respect les uns des autres. Même s’ils ne se mélangeaient pas.

Mais en 1975, des bruits d’armes se firent entendre. Certains hommes ont commencé à aller “s’entraîner” dans les montagnes. Des avions lancèrent des bombes sur la banlieue sud de Beyrouth, là où se trouvaient les camps palestiniens…

Le Génie de Beyrouth - Sélim Nassib et Léna Merhej - Dargaud

Un choix graphique audacieux

Le Génie de Beyrouth - Sélim Nassib et Léna Merhej - Dargaud

C’est en camaïeux de verts et de roses pastels, avec un dessin très rond, que débute le récit de ces vies qu’on pourrait imaginer insouciantes. Puis progressivement, avec l’arrivée des premiers combats et des prises de positions des uns et des autres, l’ambiance de la rue Rizkallah et du pays se mue en gris et en gravats. Les hommes ont choisi leur camp et ce qui se profile pour le Liban et ses habitants semble inévitable et risque bien d’être irrémédiable.

Le Génie de Beyrouth - Sélim Nassib et Léna Merhej - Dargaud

Une lecture marquante

Une lecture qui ne peut que marquer, surtout quand on connaît les conséquences et les stigmates, de cette guerre civile ou plutôt de ces guerres, visibles aujourd’hui encore.

Le Génie de Beyrouth - Sélim Nassib et Léna Merhej - Dargaud

 

Parler du Liban :

Beyrouth malgré tout de Sophie Guignon, Chloé Domat et Kamal Hakim (Steinkis)

Baddawi, une enfance palestinienne de Leila Abdelrazaq (Steinkis)

Toutes les mers de Michèle Standjofski (Des ronds dans l’O)

Le piano oriental de Zeina Abirached (Casterman)

Article posté le vendredi 14 février 2025 par Claire Karius

Le Génie de Beyrouth - Sélim Nassib et Léna Merhej - Dargaud
  • Le Génie de Beyrouth – tome 1 : Rue de la Fortune de Dieu
  • Scénariste : Sélim Nassib
  • Dessinatrice : Léna Merhej
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 22, 95 €
  • Parution : 7 février 2025
  • Nombre de pages : 128
  • ISBN : 9782205208450

Résumé de l’éditeur :  « On dit qu’il existe à Beyrouth un génie qui est l’esprit même de la ville… On dit aussi qu’on ne peut avoir sa peau qu’en détruisant la ville ? mais ça, ce n’est pas prouvé… » Dans les années 1970 à Beyrouth, la rue Rizkallah est une mosaïque des différentes communautés du Liban, et ses habitants vivaient dans une relative concorde avant que la guerre ne vienne bouleverser ce fragile équilibre… Témoignage fictionné et sensible de cette lente catastrophe, « Le Génie de Beyrouth » déploiera jusqu’à nos jours et sur trois tomes son récit choral porté par la verve grave et légère de l’écrivain et journaliste Sélim Nassib (‘Libération’), et le dessin aérien et lumineux de Léna Merhej.

À propos de l'auteur de cet article

Claire Karius

Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.

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