Avec Le Pépère, Emmanuel Moynot signe pour Glénat une comédie pleine d’humour noir au coeur de Bordeaux. Quand un homme ordinaire devient un redoutable assassin…

Un petit homme bien ordinaire
Et si votre voisin de pallier aux airs si tranquilles était un tueur ? Et si votre collègue de travail timide et renfrogné s’avérait un redoutable sérial killer ? Peut-être vous-êtes vous déjà posé la question. La littérature, le cinéma se sont souvent emparés de ce thème, avec des succès divers.
Aujourd’hui, c’est la bande dessinée, sous les plumes et crayons d’Emmanuel Moynot qui nous entraîne dans l’univers d’Étienne, alias Le pépère, un récit complet de 80 pages publié ce printemps chez Glénat.
Derrière ce titre anodin se cachent une série de petites histoires macabres articulées autour de ce personnage bonhomme, rondouillard, aux oreilles légèrement décollées… Etienne vit seul à Bordeaux, dans une grande maison léguée par ses parents aujourd’hui disparus.

Les première fois
C’est là, dans un décor vieillot, que cet homme apparemment sans histoires organise son quotidien de célibataire endurci. Jusqu’au jour où il reçoit la visite d’une dame Patoulet, agent immobilier qui souhaite acheter la maison de Pépère pour édifier un immeuble. C’est avec elle que Pépère va démarrer sa carrière de tueur, en se débarrassant de l’importune d’une drôle de manière (Vous le saurez dès la page 16…)
En tout cas, résume Pépère comme s’adressant à son lecteur, « La première fois, ce n’était pas vraiment ma faute ». Le problème c’est qu’il y aura d’autres première fois… Une cliente de la Poste où à travaillé Pépère fera à son tour les frais de ses pulsions meurtrières puis une vague voisine, Madame Prunet, propriétaire d’un chat sacré de Birmanie.

Des crimes parfaits ?
Dans le quotidien glauque de Pépère, campé ici à plusieurs périodes de sa vie, on trouve Vanessa, une jeune punkette prostituée qui semble l’avoir pris en affection. Semble seulement, car cette dernière, alliée un temps à Sacha, fera finalement basculer la vie bien rangée du Pépère.
Sans morale, amorale, d’une ironie cruelle et habilement teintée d’humour noir, cette histoire a déjà été racontée de manière plus courte dans un album collectif , Le crime parfait, publié en 2022 chez l’éditeur Phileas. Moynot faisait partie de la quinzaine d’auteurs et autrices réunis dans ce recueil autour du thème du crime. On dit de lui qu’il peut être parfait. Le scénario imaginé par Emmanuel Moynot pour embarquer son lecteur avec lui est à la fois classique et machiavélique. Ce qui le distingue ici d’autres histoires de ce genre, c’est sa manière bien à lui de restituer des ambiances glauques, dans un Bordeaux aux tons sombres et aux éclairages crépusculaires.
Comme dans La Suprêmatie des Underbaboons, son album précédent ( chez le même éditeur ), Moynot excelle dans les atmosphères noires et tragiques, comme le rappelle Pascal Rabaté dans la préface de ce one shot.
Ce Pépère n’y échappe pas. On se prendrait presque à aimer cet homme aux allures débonnaires… Mais méfiez-vous, méfions-nous. Le crime rôde aussi là où on ne l’attend pas !
- Le Pépère
- Scénario et dessin : Moynot
- Editeur : Glénat
- Prix : 19 €
- Parution : Avril 2026
- ISBN : 9782344069318
Résumé de l’éditeur. À Bordeaux, Pépère mène une vie en apparence tranquille. À un détail près : Pépère est un assassin. La première fois, il n’a pas fait exprès : la dame de l’agence immobilière est venue. Elle voulait le virer, raser sa vieille maison décrépite pour y construire un immeuble. Ça ne lui a pas plu à Pépère. Il n’était pas content, il l’a poussée et elle s’est empalée sur le grand portemanteau en fer forgé. Elle a bien mis six heures à crever. Il l’a descendue à la cave et il a creusé. En remontant, il a vu la tache de sang sur le mur. Jamais il ne pourrait retrouver le même motif de papier peint. Ça n’allait plus ressembler à rien, cette entrée… Puis ce fut au tour de la voisine et de la charmante cliente de la poste de subir le même sort. Car Pépère a pris goût au sang. Mais le jour où il croise la route de Vanessa, une punk à chien qui va de vol en racket, rien ne va se passer comme prévu ! Quand elle débarque dans la maison de ce petit vieux aux airs inoffensifs, c’est avec la ferme intention de l’escroquer. Mais tout peut basculer… Quand les bas instincts se réveillent, plus personne n’est à l’abri de finir six pieds sous terre…
Inspiré d’un récit court réalisé par Emmanuel Moynot pour un album collectif, ce livre — préfacé par Pascal Rabaté, qui a participé au synopsis — est une pépite d’humour noir qui vous fera sûrement changer de regard sur Monsieur Tout le monde. Emmanuel Moynot, qui aime disséquer la France profonde et les gens qui la peuplent, nous plonge dans une fable aussi cruelle que jubilatoire, livrant un album savoureux à l’humour grinçant.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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