Alors que la Première Guerre mondiale touche à sa fin, un homme revient parmi les siens avec une main en moins. Comment vivre avec les morts, avec les vivants après un conflit mondial si meurtrier ? Antoine Cossé tentent de comprendre les affres de cette nouvelle vie dans Le retour, un album intimiste bouleversant aux éditions Cornélius.

Un retour éprouvant
Alphonse Chaton est de retour parmi les siens après avoir combattu dans les tranchées. Nous sommes en 1919 dans le Sud de la France et il fait beau. Tout le monde l’attend, son fils René, sa femme comme ses voisins, les Râteau.
Mais, ce retour est des plus éprouvants pour cet homme fragile psychologiquement depuis les horreurs vues à la guerre. Pire, il y a laissé sa main et ses deux frères y ont laissé la vie.

Toboggan et invisibilité
La femme d’Alphonse en est persuadée. Elle sait que son mari a le don d’invisibilité et c’est ce qui lui a permis de rester en vie sur le front. Il faut souligner que c’est ce qu’il lui raconte depuis des années, pensant qu’il peut l’être depuis son tout jeune âge. La vie se mélange ainsi au fantastique.
De son côté, René, en attendant que son père revienne de la guerre, a construit un immense toboggan passant à l’intérieur de la très grande maison familiale. Il a été impressionné par un manège de montagnes russes et a décidé de créer cette structure en bois. Cela lui a permis de faire passer le temps et de se dire que quand son père serait de retour, il serait fier de lui. Ce toboggan serait lui aussi magique…

Le retour : vivre avec les morts
D’Antoine Cossé, je fus impressionné par La baie des mutins publié en 2014 par L’employé du moi. Je fus également attiré par Metax et Nwai aux éditions Cornélius. Je fus charmé par Villa S et Showtime. Avec Le retour, je suis de nouveau agréablement surpris par Le retour.
Dans Le retour, Antoine Cossé aborde la guerre, les morts, les rescapés et les mutilés comme Alphonse. Comment se reconstruire en ayant vécu les pires horreurs ? Alors, l’auteur né à Paris en 1981 glisse du fantastique pour parler de ces questionnements incessants. Les fantômes des morts se promènent dans les jardins de la maison. Comment vivre avec les morts ? Comment ne pas oublier les héros tués anonymement pour une guerre qu’ils n’ont pas choisi ?

Le retour : vivre avec les vivants
C’est cette douceur et cette chaleur sudistes qui se fracassent sur les affres de l’être humain, d’Alphonse. Le lecteur se glisse dans le passé de cet homme ayant laissé sa main du côté des tranchées. Cette quasi abstraction dans les scènes de combats. On est bercé par ce récit entre tragédie, amertume et douceur de vivre.
Parce que si les morts hantent les vivants, comment vivre avec les vivants, avec les rescapés ? Surtout qu’Alphonse n’en parle pas, il est mutique, bouleversé dans sa chair et dans son âme. Pourtant, il est bien là. Sa femme et son fils aussi. Il doit reprendre sa vie pour eux. Mais, après tant d’épreuves, difficile d’occulter le passé.

Le temps est bouleversé
Cette remise sur terre, ce sont ses proches. Mais, si son fils, René, est là. Il s’enferme lui aussi dans son toboggan. Il ne comprend pas pourquoi son père ne comprend pas cette construction. Construction en bois qui distord le temps et l’espace. Ce temps bouleversé est délicatement mis en image et en propos par Antoine Cossé. Le toboggan ouvre des espaces temporels. Là, un ptérodactyle. Surprenant ! Et si cette invention venait apaiser les douleurs d’Alphonse ?
Le retour, c’est une fresque familiale intimiste tout en délicatesse. Antoine Cossé y fait virevolter tout son talent graphique, entre noir et blanc et une lumière intense.
Le retour des vivants parmi les vivants. Le retour d’un homme fracturé par un conflit meurtrier dans sa famille. Et si la poésie et le fantastique permettait de soulager, ne serait-ce qu’un peu, les blessures de la vie ?
- Le retour
- Auteur : Antoine Cossé
- Éditeur : Cornélius
- Collection : Solange
- Prix : 24,50 €
- Parution : 13 février 2025
- Nombre de pages : 96
- ISBN : 9782360812271
Résumé de l’éditeur : En 1919, dans le sud de la France, la guerre s’éloigne, le temps du retour a sonné. Mais les trains rapportent au pays autant de soldats que de tragédies. Les familles Rateau et Chaton attendent de revoir leurs hommes engagés sur le front. À l’ombre des arbres du grand jardin, l’espérance est un poison qui étouffe les coeurs. Seuls Alphonse Rateau, le mari de la narratrice, et Paul, le fils des voisins, reviennent vivants. En apprenant la mort de son père, le petit René entreprend de construire un gigantesque toboggan dans la maison familiale. Sans le savoir, il va affecter la cohérence de cet univers. Les deux familles ne tardent pas à assister à d’étranges événements. Un ptérodactyle fait son apparition dans le ciel et des fantômes arpentent soudain les chemins du parc. Un jour, René découvre que son toboggan ouvre des fenêtres temporelles. Et si cette invention pouvait apaiser les blessures et les déchirements?? Et si les traumatismes de la guerre pouvaient être effacés par la puissance salvatrice de la vie?? Antoine Cossé donne avec Le retour un livre de la maturité. Son dessin jouant des clair-obscurs fait ici merveille, dévoilant des émotions que les personnages répriment. Plongeant ses protagonistes dans les rouages d’une machinerie fantastique propre à libérer les âmes, il croise les destins d’individus confrontés au deuil et à la perte de sens dans une fresque intimiste poignante.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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