Alain Bujak et Andrés Abiuso signent chez Futuropolis Les Cieux noirs, un récit documentaire retraçant le parcours de l’agronome français Yves Faivre, plusieurs fois otage des talibans en Afghanistan.

Des boeufs charolais aux plaines afghanes
C’est l’histoire d’un homme intègre, convaincu que la paix entre les hommes est possible, même quand celle-ci semble impossible… Cet homme, c’est Yves Faivre, un ingénieur agronome français qui a consacré une partie de vie à aider les populations afghanes.
On la découvre dans un récit dessiné intitulé Les Cieux noirs, publié en cet été 2025 chez Futuropolis , signé par le photographe Alain Bujak et dessiné par l’auteur argentin Andrès Abusio, qui propose ici son premier livre en France.
Après avoir des années durant accompagné les éleveurs de bœufs charolais pour augmenter la rentabilité de leurs troupeaux, l’agronome décide de tourner le dos à une agriculture intensive pour travailler en Afrique puis en Afghanistan.
C’est là qu’il va s’attacher à trouver des appuis et des financements pour monter des projets agricoles, notamment en matière d’irrigation. Une tache ardue dans un pays instable, qui a connu en 1979 l’invasion par l’URSS puis les déchirements entre factions claniques et plus tard la prise du pouvoir par les Talibans.

Enlèvement et emprisonnement
En 1998, l’agronome français est de retour en France. Trois années plus tard, après les attentats du 11 septembre 2001, il décide de retourner en mission vers ce pays auquel il est très attaché. Pour continuer à aider ces populations si démunies qui sont menacées de famines, il poursuit une œuvre entreprise vingt ans plus tôt : planter des arbres, irriguer, faire venir où il n’y a rien des tracteurs agricoles plutôt que d’essuyer les tirs des blindés, voilà ce qui lui importe.
En 2022, soupçonné d’espionnage par le pouvoir taliban, Yves Faivre est enlevé et emprisonné pendant plus de 30 jours. Il a alors plus de 70 ans. Dans sa cellule, on lui a laissé de quoi écrire. « De quoi mettre quelques souvenirs sur le papier ». C’est un journal de bord qui verra le jour et ce sera la matière de ce récit, fait de multiples allers-retours entre deux époques, les années 1990 et aujourd’hui.

Un message de paix
On ne connaît pas grand chose de la réalité afghane et du quotidien de ce peuple, hors des images et des reportages véhiculés par les médias. Aussi le récit dessiné proposé ici par un témoin privilégié prend-il toute sa valeur, historique et documentaire. Sans angélisme ni jugements à l’emporte-pièces, ces Cieux noirs nous renvoient malgré tout un message de paix. Cultiver la terre, faire pousser des arbres participent de cet élan pacificateur initié au cours de ses missions par l’agronome.
Malgré la chape de plomb installée par les maîtres de Kaboul, notamment sur les femmes, malgré les malheurs qui s’abattent sur le ce pays (dernier en date, un important séisme) il reste peut-être un espoir, semblent nous dire les auteurs.
A travers un graphisme semi-réaliste, Andrès Abusio campe des personnages attachants et un décor tout en nuances de gris, à l’image de ces baraques en tôle servant de geôles. Il y a ajoute parfois des touches de bleu, quand les hommes oublient leurs différences sous un ciel qui s’éclaircit.
- Les cieux noirs
- Scénariste : Alain Bujak
- Dessinateur : Andrés Abiuso
- Editeur : Fururopolis
- Prix : 18 €
- Parution : août 2025
- ISBN : 9782754842914
Résumé de l’éditeur : Ingénieur agronome, Yves Faivre va en Afghanistan alors que le pays est en pleine guerre civile entre les partis moudjahidines. Il y reste vingt-sept ans pour aider les populations villageoises dans leurs pratiques agricoles et dans leur gestion de l’eau, plantant des milliers d’arbres fruitiers. En 2022, à plus de 70 ans, il y retourne alors que les talibans ont repris le pouvoir. À son arrivée, il est arrêté et emprisonné.
Après L’Eau vive (prix Tournesol 2020 de la bande dessinée écologique), Alain Bujak signe un premier récit avec Andrés Abiuso sur le rôle essentiel de l’agriculture pendant la guerre.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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