Après Les entrailles de New York, Julia Wertz raconte ses tentatives pour arrêter de boire dans Les imbuvables. Entre thérapie de groupe, isolement et petits amis peu fiables, cette autobiographie navigue entre toutes les émotions.
Julia Wertz, les bandes dessinées et l’alcool
Julia Wertz et l’alcool, c’est une très longue histoire. Une histoire intime avec les boissons. Cette addiction, elle l’a racontée en toile de fond dans ses précédentes publications.
Née en 1982 à San Francisco, Julia Wertz a relaté son histoire personnelle dans un premier temps dans Whiskey and New York. Elle y abordait son déménagement de sa ville natale vers Big Apple. Notamment son travail dans un bar. Bar dans lequel elle buvait – trop – et s’était faite renvoyer.
Les éditions L’agrume poursuivaient la publication de son œuvre en proposant Les entrailles de New York en 2020. Un guide intime de sa ville d’adoption.
Pourtant, la grande autrice de bandes dessinées alternatives ne s’est jamais cachée de ses problèmes d’alcoolisme. Avec Les imbuvables, elle plonge le lecteur au cœur de son addiction.
Prise de conscience lente et douloureuse
C’est en allant chez un médecin que Julia se rend à l’évidence : elle est alcoolique. Mais avant de se faire soigner et de fréquenter les Alcooliques Anonymes, elle ne peut arrêter seule.
C’est toujours le même rituel. Tous les jours. Elle passe acheter une bouteille dans un magasin de vins et spiritueux. Bouteille qu’elle “s’enfile” en quelques minutes.
Mais le parcours pour devenir sobre sera long et douloureux.
L’alcool triste
L’alcool de Julia est triste. Il l’isole. Elle boit seule et non plus avec ses amis pour passer du bon temps.
“J’avais de multiples raisons de me saouler : la solitude, l’excitation, la colère, la joie […] Boire était mon unique mécanisme de défense face à l’expérience pourtant fort ordinaire d’être en vie.”
Les imbuvables. Être entourée pour guérir
Si l’abstinence de Julia est composée de hauts et de très bas, elle sait qu’elle peut également compter sur sa famille et ses amies.
Dans sa famille, il y a Josh, son frère. Frère qui lui aussi a connu une addiction sévère à la drogue. Il est donc à même de comprendre les tourments de sa sœur.
Quant à ses amies, il y a Sarah mais surtout Jen. Son opposé. Ayant à peu près le même âge, elle est en couple stable et a un bébé – P’tit B. – dans la deuxième partie de l’album.
Les imbuvables. Quand l’addiction détruit une vie
Si elle ne s’en est jamais cachée, il en faut du cran et de recul pour parler de son alcoolisme. Dit ainsi, on pourrait croire que Les imbuvables est désespérant et plombant. C’est mal connaître Julia Wertz.
Parce que si elle se livre avec justesse et sans fard, elle n’oublie jamais d’être drôle. L’autrice de L’attente infinie relate des moments délicats de son existence. On a mal pour elle, on rit avec elle.
Ce n’est jamais simple de parler de soi, surtout lorsque l’on est alcoolique. Alors, elle fait naviguer son histoire dans de belles émotions pour emmener son lectorat dans les tréfonds de l’âme humaine.
L’amitié et la bande dessinée comme pansement sur une plaie
Si les bouteilles tombent plus vite que le temps d’en retirer le bouchon, Les imbuvables est aussi un message d’espoir. Un hymne à l’amitié. Celle que Julia entretient avec Sarah et Jen. Elles sont là, présentes, écoutent, sans juger.
Si l’on excepte des petits amis peu investis, son entourage la soutient. Notamment Josh, son frère qui la comprend.
Julia Wertz buvait même lorsqu’elle dessinait. Ces “shoots” lui permettaient même de tenir. Parce qu’elle a continué de travailler malgré ses déboires. Comme elle le raconte dans Les imbuvables, c’est grâce à Roz Chast, autrice de Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ?, qu’elle rencontre le responsable artistique du New Yorker. Ce titre lui ouvre des portes et lui permet de publier Les entrailles de New York et ainsi d’être reconnue par le grand public.
La bande dessinée sauve aussi une partie de sa vie. Elle retourne dans des salons – même si elle se sent vieille – elle y retrouve ses camarades auteurices, dont notamment John Porcellino.
La vie, ça va, ça vient
Alors qu’elle était sur la longue route de l’abstinence, Julia Wertz voit tous ses ami.es s’éloigner de New York. Même Jen et P’tit B.
Elle doit même quitter son appartement semi-enterré (impropre à la location) du jour au lendemain. Son propriétaire la jette comme un kleenex.
Plus rien ne la retient à Big Apple. Alors, elle décide de rentrer chez elle, à San Francisco. La boucle se referme. Elle terminera son nouvel album chez sa mère, dans sa chambre d’ado.
La vie, ça va, ça vient. Avec ses hauts et ses très bas. Mais Julia Wertz continuera de nous livrer sa vie dans ses albums géniaux. Parce que l’on a besoin d’elle. De se confronter à ses démons pour mieux se comprendre nous même.
- Les imbuvables ou Comment j’ai arrêté de boire
- Autrice : Julia Wertz
- Traductrice : Aude Pasquier
- Éditeur : L’agrume
- Prix : 26 €
- Parution : 9 novembre 2023
- Pagination : 320 pages
- ISBN : 9782490975839
Résumé de l’éditeur : L’alcoolisme et les tentatives aléatoires pour s’en sortir, raconté par l’hilarante Julia Wertz. Le jour de ses 30 ans, Julia Wertz défonce une jeep de location dans la jungle de Porto Rico. Pour comprendre comment elle en est arrivée là, il faut revenir plusieurs années en arrière, quand elle décide d’en finir avec l’alcool. Les imbuvables raconte ce chemin aléatoire vers la sobriété, un parcours semé d’épreuves et de rebondissements, tour à tour émouvants et hilarants : les groupes de parole improbables, la cure de désintox, les histoires d’amour foireuses. Avec une honnêteté sans faille et un humour si singulier, Julia Wertz prolonge son oeuvre autobiographique commencée avec Whiskey & New York, L’attente infinie et Le musée de mes erreurs.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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