L’éveil

Les auteurs de Macaroni et Les larmes du seigneur afghan, Vincent Zabus et Thomas Campi imaginent L’éveil, une fable fantaisiste entre amour, humour, engagement politique et dinosaure. Joyeusement fou !

De l’angoisse d’Arthur

Bruxelles, 2016. Jeune homme timide, Arthur est un vrai angoissé. Hypocondriaque depuis l’enfance, en cette période, il se pose beaucoup de questions existentielles. Sa vie est réglée comme du papier à musique. Il aime le confort de son appartement.

Malgré de grandes peurs, il tente de les surmonter. Ce qui n’est jamais simple lorsqu’elles sont ancrées très profondément et ce depuis des années.

Sandrine et la quincaillerie

Pour calmer une très grosse crise, Arthur décide de sortir s’aérer l’esprit. Alors qu’il marche dans la rue, une énorme branche tombe d’une arbre et manque de l’assommer. Il a l’impression qu’elle a été mordue. Surprenant !

Assis par terre pour reprendre ses esprits, il est interrompu par Sandrine. Elle l’invite à la suivre. Étonnamment, le jeune homme lui emboite le pas. Ils arrivent à La quincaillerie. C’est un lieu de rencontre entre habitants du quartier. Un endroit de solidarité, qui permet de discuter, de créer du lien et un lieu culturel.

Le reste de la soirée se passe dans son appartement. Sandrine ne lui laisse pas trop le choix, prend les choses en main et le lit sert de décor à leurs premiers ébats. Le lendemain matin, la jeune femme a disparu. Arthur angoisse de nouveau. Pourquoi est-elle partie ? Il se lance à sa recherche…

L’éveil à la folie-douce

Quel album ! L’éveil est fou, décalé, légèrement transgressif, doux, chaleureux, mais également fort, interrogateur et agréable à la lecture. Ne vous attendez pas à lire un énième album à la narration classique et une romance à l’eau de rose mais plutôt à découvrir une bande dessinée singulière, intelligente et drôle, où les personnages – et donc les lecteurs – sont baladés et se posent des questions.

Il y a de la folie-douce dans le récit de Vincent Zabus. L’auteur d’Hercule agent intergalactique nous emporte dans une histoire surréaliste parfois, complètement barrée mais aussi très actuelle et contemporaine. Le scénariste réussit cette prouesse de mélanger les genres avec une grande habileté.

L’éveil aux sensations

L’éveil c’est aussi une rencontre. La rencontre entre deux êtres diamétralement opposés. Arthur, l’angoissé de la vie, l’hypocondriaque va s’éveiller aux sensations aux côtés de Sandrine. Elle, est plus extravertie, plus ouverte et n’hésite pas à le bousculer dans sa petite vie de vieux célibataire. Elle ne lui laisse jamais le choix. Elle l’embarque et cela lui fait un bien fou.

Cette bande dessinée a un petit je-ne-sais-quoi dans la veine de Jacques Tati, de Robert Desnos et d’André Breton. Un surréalisme tendance 2020. Il y a de l’humour et de la passion. Arthur s’adresse parfois même aux lecteurs directement, sa conscience peut aussi prendre l’aspect de deux jeunes femmes à leur fenêtre et l’on comprend les mécaniques de sa pensée car il dévoile ses sentiments au fil des pages. Pourtant, les femmes et les hommes de L’éveil ne veulent plus subir mais agir.

L’éveil aux engagements politiques et sociaux

L’éveil est aussi un album aux thématiques très contemporaines, très modernes. Par La quincaillerie, Vincent Zabus nous interroge sur le monde qui nous entoure. Ce lieu, ayant vraiment existé à Bruxelles pendant deux ans entre 2015 et 2016, est un endroit d’échanges. Tous les membres sont logés à la même enseigne, il n’y a pas de « chef » et toutes les décisions sont prises collectivement. On y parle écologie et politique. Est-ce qu’en les côtoyant, Arthur va s’ouvrir aux autres, s’engagera ? Et si cette période post-confinement était propice à réfléchir différemment sur le monde ? Finalement, il faut lire L’éveil maintenant, il peut y avoir des clefs pour répondre à ces grandes questions.

Il y a aussi des dinosaures et du street-art. Sans trop en dévoiler, le récit interroge aussi par l’art. Les artistes se réapproprient l’espace urbain, tels Banksy ou les mouvements féministes qui collent des messages contre les féminicides. Ils et elles font passer des messages au plus grand nombre pour faire changer les mentalités.

De la beauté du dessin

Pour accompagner Vincent Zabus au dessin, c’est de nouveau Thomas Campi qui s’en charge. Les deux artistes se connaissent bien puisqu’ils ont déjà publié cinq albums ensemble : le tome 3 d’Agathe Saugrenu, Les petites gens, Les larmes du seigneur afghan, Macaroni ! et Magritte, ceci n’est pas une biographie.

Pour L’éveil, le dessinateur italo-australien fait encore des merveilles. Son trait semi-réaliste est d’une grande douceur et ses couleurs somptueuses. La ville de Bruxelles est belle sous ses pinceaux. Ses personnages sont doux et attachants.

L’éveil : une romance singulière pour un album singulier, porté par une folie-douce et un formidable dessin.

Article posté le jeudi 21 mai 2020 par Damien Canteau

L'éveil de Vincent Zabus et Thomas Campi (Delcourt)
  • L’éveil
  • Scénariste : Vincent Zabus
  • Dessinateur : Thomas Campi
  • Éditeur : Delcourt, hors collection
  • Prix : 17.95 €
  • Parution : 10 juin 2020
  • ISBN : 9782413008675

Résumé de l’éditeur : Par quel hasard Arthur se retrouve-t-il ce jour-là projeté dans l’improbable projet de Sandrine ? Rien de commun pourtant entre ce jeune homme hypocondriaque et cette Street Artist bruxelloise dont l’objectif est d’ouvrir les yeux des gens sur les « énormités » qui les entourent… Et si ce frêle garçon était contre toute attente le seul capable de l’aider à atteindre son but ?

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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