Lune l’envers

Lantz, dessinateur de bande dessinée, n’y arrive plus ; son nouvel album Le Nouveau Nouveau Testament, est au point mort. Adepte du travail à l’ancienne, sa sortie représente des enjeux financiers colossaux. Blutch décline cette fable cynique dans Lune l’envers, publiée par Dargaud.

LE NOUVEAU NOUVEAU TESTAMENT

Lantz, dessinateur de la future série bande dessinée Le nouveau nouveau testament, est convoqué par son éditeur. Cet entretien n’est pas des plus agréable. En haut de la tour MédiaMondia, l’auteur se fait remonter les bretelles. Ayant touché une avance il y a trois ans, son projet est pourtant au point-mort. Incapable de s’y mettre, le syndrome de la page blanche lui distille un énorme doute. Surtout qu’une énorme pression pèse sur ses épaules : les sommes importantes pour cet album engagent la survie de la maison d’édition.

LE SERVEUR EURIFICE

Liebling, artiste en herbe, commence un nouveau travail ce matin. C’est son agence de placement qui lui a trouvé ce job. Comme toutes les autres jeunes filles ici, elle doit glisser ses mains dans un appareil sensoriel : le serveur Eurifice. Dans cette drôle de machine, les ouvrières ne savent pas réellement ce qui s’y passe. Elle permettrait la Création.
Le soir, la jeune femme rejoint son compagnon. Dans l’appartement des parents du jeune homme, l’attend Lantz. Ce dernier, volage, lui fait part de ses doutes.

UN UNIVERS ÉTRANGE ET DÉCALÉ

Construite comme un récit de science-fiction, l’histoire de Blutch est d’une grande noirceur et très cynique. Pouvant parfois déstabiliser le lecteur par cette temporalité déstructurée, l’album questionne le lecteur. Fustigeant la société de consommation à outrance, les ouvrières ne savent pas pour qui ni pour quoi elles travaillent. Sa vision du monde de l’entreprise est très sombre. La structure très hiérarchisée de la production, donne l’impression d’une aliénation face au travail. Le progrès technologique est opposé ici au travail manuel, au savoir-faire de l’être humain face aux robots qui gouvernent nos vies, nos emplois.
L’auteur du Petit Christian (L’Association) dresse aussi un portrait cynique du monde de l’édition. Un univers où les auteurs kleenex se tuent à la tache. Enfin, Blutch s’interroge sur le vieillissement par des personnages qui prennent de l’âge au fil des pages.
Le trait charbonneux de l’auteur de Pour en finir avec le cinéma (Dargaud) est d’une grande efficacité. Les décors fourmillent de détails et les personnages sont d’une très belle élégance. Ajouté à cela, les magnifiques couleurs en aplats d’Isabelle Merlet qui rendent parfaitement l’ambiance d’anticipation du récit.

Article posté le vendredi 24 janvier 2014 par Damien Canteau

  • Lune l’envers
  • Auteur  : Blutch
  • Editeur : Dargaud
  • Prix : 14.99€
  • Sortie : 24 janvier 2014

Résumé de l’éditeur : Lantz est dessinateur de BD ; c’est lui qui a imaginé Le Nouveau Nouveau Testament, best-seller dont dépend l’économie entière. En panne d’inspiration, il est brutalement débarqué de sa série. Rongé par le doute, il ne sait plus ce qu’il veut, et ses nombreuses frustrations le rendent misérable. Vie de bureau, usine, pressions en tout genre – de la hiérarchie, des femmes, des responsabilités que l’on s’impose… Lantz nous renvoie à notre quotidien. Réussira-t-il à trouver une voie de sortie honorable ?

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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