Mon père cet enfer

A six ans, Travis Dandro découvre qui est son vrai père biologique. Papa toxique, il ruine la vie familiale de son épouse et de son fils. Quarante ans plus tard, l’auteur américain met en image sa vraie histoire dans Mon père cet enfer, une autobiographie poignante et touchante aux éditions Gallimard. Glaçant d’effroi !

Qui est mon vrai père ?

Auburn, Massachusetts, août 1980. Travis est heureux, il vit avec sa mère, ses petits frère et son père dans un pavillon de cette ville tranquille des Etats-Unis. Fréquemment, David, « un ami » de sa mère l’emmène se promener ou le garde les week-ends.

Quelques jours plus tard, au Papa Gino’s, un diner, la mère de Travis lui apprend que son père biologique n’est autre que David. Elle aura attendu ses six ans pour lui annoncer. Désormais, il pourra l’appeler Papa Dave.

Dave, papa toxico-toxique

Les premiers échanges entre Travis et Papa Dave sont bons. Il faut dire que le petit garçon à l’habitude de passer du temps avec son père biologique. Il n’est pas apparu comme par magie, d’un seul coup.

Dave travaille dans la scierie familiale Pond. Son frère veille constamment sur lui afin qu’il ne s’écarte pas du droit chemin. Il faut dire que l’homme n’est pas très fiable ni très stable psychologiquement. La faute à une prise régulière de drogue.

Un jour qu’il a en garde Travis, Dave s’arrête chez son dealer. En rentrant chez lui, il s’injecte une dose mais il est surpris par son fils qui en parle à sa mère. Furieuse, son ex-épouse lui interdit de revoir leur enfant. Pire, Dave en vient même à frapper Herb, son propre père sous les yeux de Nana sa femme et du petit garçon…

Mon père cet enfer comme une catharsis

Né en 1974, il aura fallu quarante ans à Travis Dandro pour pouvoir raconter sa vie en dessin. C’est en 2014 qu’il consulte un psychologue pour la première fois. Pendant les séances, son enfance revient le hanter.

Il se confie avec pudeur sur cette période : « J’ai commencé à faire des crises de panique au milieu de la nuit. Puisque je ne pouvais pas dormir, je me suis mis à raconter mon enfance en BD. Dessiner jusqu’au lever du jour est devenu ma routine contre l’anxiété. Je me suis rendu compte que ça avait sur moi une vertu thérapeutique, davantage que mes rendez-vous avec le psy. En effet, consulter semble avoir ouvert en moi des vannes et le dessin a été ma manière de tout contenir, de les refermer. »

Mon père cet enfer est donc devenu un acte cathartique fort dans sa vie, lui qui jusqu’à présent n’avait produit que des strips humoristiques dans des journaux.

De déménagements en désillusions

Tout au long des 464 pages de Mon père cet enfer, Travis Dandro ne s’est pas ménagé. Sans fard ni artifice, il a livré sa version de son enfance avec notamment tous ses traumatismes, ses bleus au corps et à l’âme.

Il faut être bien accroché lorsqu’on ouvre cet album, le récit est dur, poignant et glaçant. A l’image du Perroquet d’Espé ou Mal de mère de Rodrigue Vallambois – deux récits autobiographiques sur les mères de ces auteurs – l’auteur américain ne veut rien occulter de ses souffrances, de ses démons et de ses chagrins.

Comme un boomerang, Dave revient dans la vie de Travis et de sa mère. A chaque déménagement, il est chassé, il est éloigné mais il rentre de nouveau par la fenêtre. Sa mère en est toujours amoureuse, elle qui avait pourtant refait sa vie avec un homme aimant. Les mensonges, les coups, l’alcool et la drogue ne sont que des désillusions dans la vie du petit garçon. Travis explique d’ailleurs qu’il montre Dave souvent dans le livre sous un jour cruel mais qu’il a avant tout de la pitié pour lui.

De la lumière nait l’espoir

Nous ne vous dévoilerons pas la fin ni les rebondissements de Mon père cet enfer afin de ne pas vous gâcher votre plaisir de lecture même si on se doute un peu de ce qui pourrait se dérouler dans les dernières pages.

L’enfance et l’adolescence de Travis Dandro ne sont pas toutes roses. Le chemin est chaotique et les blessures ne pourront jamais se cicatriser. Pourtant, il y a de l’espoir dans cette autobiographie. De l’espoir porté par des personnages secondaires bienveillants. Si la maman semble parfois perdue, elle est protectrice et veut le bien de ses enfants. Il y a aussi Bud, l’oncle alcoolique pour lequel le lecteur éprouve néanmoins de l’empathie. Mais en premier lieu, il y a Nana, la grand-mère. Si Travis aime faire rager sa mamie, ce jeu du chat et de la souris est un bel espace de respiration dans le récit. C’est chez elle qu’il se réfugie quand rien ne va et c’est chez elle qu’il grandit.

La partie graphique tranche avec le propos parfois sombre du récit. Dans Mon père cet enfer, Travis Dandro se représente en petit garçon de manière humoristique, à la manière de Bill Watterson lorsqu’il dessine son Calvin (de Calvin et Hobbes), avec de grands yeux tout ronds et cheveux en pic sur la tête. Quant aux hachures, elles accentuent les scènes de tension de l’album.

Mon père cet enfer : une autobiographie intime dure, sensible mais aussi lumineuse et porteuse d’espoir. Une très belle bande dessinée !

Article posté le vendredi 04 septembre 2020 par Damien Canteau

Mon père cet enfer de Travis Dandro (Gallimard)
  • Mon père cet enfer
  • Auteur : Travis Dandro
  • Traductrice : Fanny Soubiran
  • Éditeur : Gallimard BD
  • Prix : 23 €
  • Parution : 26 août 2020
  • ISBN : 9782075144254

Résumé de l’éditeur : Travis Dandro apprend à l’âge de six ans que l’homme avec qui il joue tous les week-ends n’est autre que son père biologique. « Papa Dave » a tout d’un dur à cuire et est aussi accroc à l’héroïne. Alors que l’addiction de son père devient ingérable et que sa mère s’avère totalement dépassée, le jeune Travis, traumatisé par l’attitude toxique de son entourage, essaie tant bien que mal de vivre avec l’innocence d’un garçon de son âge. Une enfance marquée au fer rouge.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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