Murena #10 – Le Banquet –

Nouveaux horizons. C’est ainsi que devait s’appeler le dixième tome de Murena. Comme pour évoquer la ville de Rome en pleine reconstruction après avoir avoir été frappée par le grand incendie. Ce titre symbolisait également l’arrivée de Theo qui, après la tragique disparition de Philippe Delaby, reprend le flambeau au dessin. Jusqu’à ce que Jean Dufaux voit la couverture proposée par son nouveau partenaire. Cette tête de cochon restait dans l’esprit  des gros plans violents voire sanguinaires que Philippe Delaby avait pour habitude de nous offrir dans les précédents opus. Ainsi, ce deuxième épisode du Cycle de la Mort s’intitulera Le Banquet. La rédaction de Comixtrip l’a dégusté avec délice !

NÉRON ET MURENA SE RÉCONCILIENT…

S’il était besoin de le rappeler, Murena est une série historique qui débute à la fin du règne de Claude, le quatrième empereur romain, en 54 après J.C. sous la Rome antique. Le premier tome (La Pourpre et l’Or, 1997) lui sera consacré dans le but de comprendre l’arrivée au pouvoir de son successeur et fils adoptif (voire neveu…), Néron. Ainsi, les yeux du héros éponyme (et fictif), Lucius Murena, dévoileront le règne tumultueux, incendiaire & teinté de complots que sera celui de Néron, le sixième César. Dans le tome neuf, Les Épines, les dernières planches illustrées de Philippe Delaby dévoilaient la rencontre imminente entre Lucius et Néron. Avec pour l’un, l’objectif de déresponsabiliser les Nazaréens, coupables de l’incendie de Rome aux yeux de l’empereur. Et pour l’autre, l’occasion de retrouver un ami perdu jadis, résultat d’accusations infondées.

Dans ce dixième épisode de Murena, les premières pages confirment la réconciliation des deux hommes. Isolés dans la foule invitée au banquet de Trimalchion, ils ne se doutent pas que Lucius est recherché par le Besogneux et son redoutable gladiateur. Ce dernier a pour ordre de mettre six pieds sous terre le patricien. Un violent duel laisse à penser que la mission est réussie.

… ET SE PERDENT À NOUVEAU

Mais Lucius Murena n’a pas rendu son dernier souffle. Toutefois, c’est dans un piètre état qu’il sera trouvé et recueilli par Lemuria.  Ainsi, conquise par le bel homme, elle le remettra sur pied grâce à des substances aussi prodigieuses que dangereuses. Devenu amnésique, Lucius ne se rend pas compte de ce qui se trame derrière son dos. Lui qui, au début de cet album, entouré de Claudia et conforté par ses retrouvailles avec Néron, semblait se diriger vers une issue plus sereine. Il va devenir l’instrument des pires manigances élaborées pour mettre fin au règne de l’empereur romain.

Car la folie habite de plus en plus Néron. Comme en attestent certains passages dans Le Banquet, il ne reculera devant rien pour assouvir son obsession : reconstruire Rome à son image. Ses anciens loyaux conseillers tels que Sénèque ou Pétrone ayant laissé place à un entourage malsain et désireux de le voir fléchir, justifieront un peu plus ses mauvais agissements. Néron avait retrouvé Lucius, le seul qui pouvait lui ouvrir les yeux. Mais ce ne sera pas aussi simple…

RETROUVER L’ENVIE

Ce dixième épisode de Murena, se savoure avec une émotion particulière. Le lecteur retrouve une série qui l’accompagne depuis une vingtaine d’années mais qui l’a vu perdre en route Philippe Delaby, le dessinateur qui a en grande partie contribué à son succès. Pour Jean Dufaux, il a fallu du temps pour lui permettre d’accepter que Murena pouvait continuer. Même sans son ami. En poursuivant cette aventure à l’allure de péplum, le scénariste offre l’émouvante sensation que la présence de P. Delaby plane au-dessus de chaque planche, tel un œil bienveillant.

ET DONNER LES CLÉS À THEO

Et grâce au talent artistique de Theo, ce nouveau tome offre une belle renaissance. Car bien que la série poursuive son intrigue initial, il faut désormais la regarder avec un œil nouveau. Le dessinateur s’emploie à garder l’ambiance créée par le tandem d’origine, tout en y intégrant sa propre personnalité graphique. Sans comparer les traits des personnages inéluctablement différents. Chercher à ressembler au dessinateur belge n’étant pas le but. Et c’est tant mieux. Connu pour le Trône d’Argile ou le Pape Terrible, Theo nous gratifie de cases somptueuses. Des scènes de combat immersives, des édifices et décors très détaillés, une dernière planche bien inspirée, sont quelques-un des éléments qui nous font tourner les pages avec gourmandise.

Murena est donc de retour et de belle manière. Initialement prévue en quatre cycles de trois tomes, nous devrions encore nous délecter de six albums. De quoi satisfaire notre appétit envers cette Rome antique. Dans tous les cas, retrouver tous ces protagonistes qui nous accompagnent depuis si longtemps, est un immense plaisir. Merci aux auteurs, auxquels il faut associer le joli travail à la couleur de Lorenzo Pieri, de poursuivre cette passionnante aventure.

 

Article posté le lundi 05 mars 2018 par Mikey Martin

Murena Tome 10 - Le Banquet - de J. Dufaux et Theo décrypté par Comixtrip, le site BD de référence
  • Murena, tome 10 : Le Banquet
  • Scénariste : Jean Dufaux
  • Dessinateur : Theo
  • Coloriste : Lorenzo Pieri
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 12,00 €
  • Parution : 03 novembre 2017
  • ISBN : 9782505066644

Résumé de l’éditeur : Ce tome 10 de Murena signe le retour de la grande série sur la Rome antique ! Pour que cesse le massacre des chrétiens, accusés à tort d’avoir provoqué l’incendie de Rome, Lucius Murena se rapproche de Néron. Mais ce retour en grâce attise les convoitises et les rancoeurs. Il se retrouvera, bien malgré lui, au centre d’un terrible complot…

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s'installe avec sa compagne juste en face d'une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s'y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d'être partagée par de petites chroniques.

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