Ne m’oublie pas

Ne m’oublie pas. Les plaques tectoniques entre notre mémoire immédiate et celle à long terme s’entrechoquent pour créer les séismes et les reliefs de nos vies.

Mais qu’en sera-t-il si un jour la magnitude d’une plaque sénile s’immisce sournoisement sur le terrain glissant de notre cortex et provoque une faille dégénérescente sur l’échelle mesurée de nos cendres.

Comment alors vivre dans un monde qui n’existe plus, égarer ce que nous sommes, ne plus savoir le parfum des beaux jours, confondre et oublier ceux qui nous entourent.

Aussi, avant que le syndrome de la page blanche puisse osciller entre l’oubli et la rage du souvenir qui s’accroche aux aspérités de ce conflit de l’encéphale, il faut que je vous raconte le souvenir d’une merveilleuse lecture émotive qui ne s’oublie pas.

LA MÉMOIRE VIVE DU DISQUE DUR DE NOTRE CŒUR

Clémence est une jeune femme qui observe fébrilement la mémoire de sa grand-mère qui fout le camp sous Alzheimer et qui joue avec son envie à la ritournelle de fuguer d’une maison de retraite où rien et ni personne ne peut changer la donne à sa tristesse.

Elle cherche où sa mamychat s’enfuit, se réfugie et oublie. A l’écoute de son ainée, elle entend alors tous les mots d’un cœur qui pleure son enfance et parle d’une petite maison si près des falaises qu’elle peut embrasser la mer.

Clémence décide d’oublier la fatalité de la vérité qui se dessine. Elle prend la décision de la kidnapper pour animer ce qui habille encore les souvenirs de cette aïeule qu’elle aime tant, pour ne pas la laisser partir sans qu’elle se souvienne d’elles au pluriel et ne pas être en retard sur les mots qu’elles peuvent encore s’offrir.

LES SOUVENIRS PLUS FORTS QUE LE CHAGRIN

Pendant ce voyage, le passé se rafraichit et se réveille face au jour qui se lève pour cultiver la mémoire des instants encore heureux.

Mais il faudra faire le tri dans la masse des émotions qui parviennent en continu et qui ne peuvent être toutes engrangées afin de juste retenir l’essentiel du réconfort de ce lien intime.

Dans ce road movie du cœur, la petite fille veut faire encore ouvrir les yeux de sa grand-mère sur les espaces du temps qui se sont plongés dans le vide bouleversant où sa conscience la laisse désormais loin du présent.

Le temps sera certes plus vieux encore d’une nouvelle journée mais la pluie des moments de bonheur qui s’estompent sous le lavis des larmes ne refroidira certainement pas l’intensité de la chaleur réfugiée dans les bras serrés sur l’autre pendant ce voyage.

UN ROMAN GRAPHIQUE QUI NE S’OUBLIE PAS

Ne m’oublie pas nous fait rêver à la douceur de certains instants et fait espérer qu’il n’est jamais trop tard pour aller jusqu’à l’autre même quand le miroir efface l’image à la surface.

Les éditions Le Lombard offre à la jeune autrice belge Alix Garin la possibilité de nous livrer une merveilleuse carte postale poignante sur la filiation des souvenirs même quand la mémoire tremble.

Les dessins dans la rondeur graphique et sous la douceur d’une palette de couleurs pastel nous font méditer avec délicatesse sur le fil du temps accidenté par la maladie où gravité et tendresse s’équilibrent.

Article posté le jeudi 04 février 2021 par Gwénaëlle Favrais

Ne m'oublie pas d'Alix Garin (Le Lombard)
  • Ne m’oublie pas
  • Autrice : Alix Garin
  • Editeur : Le Lombard
  • Prix : 22,50 €
  • Parution : 15 janvier 2021
  • ISBN :  9782803676231

Résumé de l’éditeur : La grand-mère de Clémence souffre de la maladie d’Alzheimer. Face à son désespoir, elle prend la décision de l’enlever de la maison de retraite et de prendre la route en quête de l’hypothétique maison d’enfance de sa mamie. Une fuite, une quête, un égarement, l’occasion de se retrouver ? À moins que ce ne soit plutôt des adieux..

À propos de l'auteur de cet article

Gwénaëlle Favrais

Gwénaëlle Favrais

Passionnée de lecture et de course à pied, Gwénaëlle aime dénicher des trésors de bande dessinée. Instagrameuse influente en BD, elle aime les récits intimistes et humains. Son Insta : https://www.instagram.com/runforbook/

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