O-sensei

Fondateur de l’aïkido dans les années 30 au Japon, Moriheï Ueshiba fait l’objet d’un ouvrage dessiné par Edouard Cour aux éditions Akileos, O-senseï. Biographie sélective, l’auteur met avant tout en lumière les origines de cet art martial et de la philosophie qui en découle. Une vision singulière et intelligente.

LA VIE HORS-NORME DE UESHIBA O-SENSEï

Né en décembre 1883 et décédé en avril 1969, Moriheï Ueshiba est le fondateur de l’aïkido. Il grandit dans une famille de Tabane au Japon. Enfant frêle et souvent malade, il étudie la chinois et se révèle intelligent. Son père le pousse à pratiquer la natation et le sumo dès l’âge de 10 ans.

En 1901, il quitte le foyer familial pour Tokyo où il étudie le ju-jistu. Mais de nouveau malade, il regagne Tanabe où il se forge un corps plus solide grâce aux exercices physiques.

A 20 ans, il s’engage dans l’armée malgré sa petite taille, participe à la guerre russo-japonaise et apprend l’art du combat à la baïonnette (juken justu). Pendant la période de son service militaire, il perfectionne ses techniques de combat, notamment à mains nues.

Il participe au repeuplement de la région d’Hokkaïdo dans les années 1910. Avec sa femme Itogawa Hatsu, il donne naissance à trois enfants et poursuit son enseignement du combats en obtenant de nombreux diplômes délivrés par de grands maîtres.

On le retrouve en Mongolie en 1924, accompagnant maître Deguchi afin de fonder un royaume utopiste, centre spirituel pour l’amour et la fraternité universelle. Échappant à la mort, il est de retour au Japon où de nombreuses personnalités lui rendent visite au fur et à mesure que son aura s’accroit.

LE COMBAT ÉPIQUE CONTRE L’OFFICIER DE MARINE

Edouard Cour met en scène le fameux combat de Ueshiba contre un officier de marine en 1925. Maître de Kendo, l’homme a l’habitude de se battre. Étrangement – c’est vraisemblablement ce qui a surpris le militaire – Moriheï n’utilise pas de sabre, évite chacune de ses attaques sans réellement se battre et gagne. Epuisé par cette expérience, il ressent alors une bien-être et de la sérénité. Cette révélation personnelle influera le reste de son existence.

Il développe alors un nouvel art martial, Ueshiba aïki jujutsu qu’il renommera en 1931, l’aïkido. Il devient alors un vrai maître O-sensei et commence alors à diffuser le diffuser dans le Japon, ainsi que ses préceptes et la philosophie qui en découle.

« PRÉSERVER LA VIE ET RESTAURER LA PAIX »

O-senseï ne veut en aucun cas que l’aïkido soit un art de la mort mais préfère : « préserver la vie et restaurer la paix » à travers lui. Edouard Cour a délibérément choisi de ne pas s’appuyer sur la chronologie de la vie de Ueshiba préférant s’attarder sur le côté contemplatif et méditatif de ce personnage et de la technique. S’il met en scène aussi les combats, il ne limite pas son ouvrage à cela. Dans la post-face, il souligne que « Ce travail de biographie sur Moriheï Ueshiba fut un projet aussi passionnant que complexe et vertigineux à aborder … ! » Il poursuit son explication :  » […] me concentrant sur la création de celui que les pratiquants nomment O-senseï : l’aïkido. Car il s’agit à mon sens d’un enseignement dépassant les limites de sa discipline et dont l’intérêt est universel ».

S’il s’est entouré de personnes « spécialistes » pour créer l’album, il n’en demeure pas moins qu’il aurait commis quelques erreurs comme il le confesse sur son blog (O-senseï, corrections et précisions) mais cela ne gène en rien la lecture de ce remarquable ouvrage. L’auteur du merveilleux Héraklès mettant en scène le mythe grec de ce demi-dieu (trois tomes chez Akileos) s’éloigne de la couleur – qu’il avait magnifié dans sa précédente série – pour proposer de très belles planches en noir et blanc construites par différentes techniques qu’il maîtrise à la perfection (encre, lavis, trame) donnant une ambiance manga-manhua de grande qualité. Si l’ouvrage pourra paraître ardu et délicat pour l’entrée en lecture, il n’en demeure pas moins un formidable album.

  • Si l’envie vous prend, vous pouvez aussi lire les albums  de bande dessinée publiés par Budo éditions dans cette même veine – combats et philosophie : Le livre des cinq roues (Au 17e siècle, Miyamoto Musashi, samouraï invaincu, écrit un ouvrage intitulé Le livre des Cinq roues, qui délivre le sens et la finalité du combat de ces guerriers japonais. Sean Michael Wilson a décidé d’adapter en bande dessinée cette œuvre célèbre et en a confié le dessin à Chie Kutsuwada)  mais aussi Le sermon du Tengu sur les arts martiaux (Un recueil de paraboles écrit par Issai Chozanshi, un samouraï du XVIIIe siècle, compte parmi les grands classiques des arts martiaux par Sean Michael Wilson et Michiru Morikawa).
Article posté le mardi 21 juin 2016 par Damien Canteau

Très bel ouvrage O-sensei est un album de Edouard Cour aux éditions Akileos et décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • O-senseï
  • Auteur : Edourd Cour
  • Editeur : Akileos
  • Prix : 18€
  • Parution : 02 juin 2016

Résumé de l’éditeur : Une plongée dans la vie et la philosophie de Morihei Ueshiba, fondateur de l’aïkido. Un voyage intérieur à la découverte des origines et des préceptes de cet art martial japonais si particulier, réflexion sur la voie du guerrier et de la paix véritable.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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