Pas de pitié pour les indiens

Et si la mort d’un fermier influait sur le vie de trois petits garçons ? Nicolas Dumontheuil imagine leurs déboires dans Pas de pitié pour les indiens, une comédie fantaisiste chez Futuropolis.

L’invention du mal

1976, dans un petit village du Quercy. Trois amis se retrouvent dans un pré où broutent tranquillement des vaches. Il y a là Jules le neveu du curé, Thierry le fils du gendarme et Jean le fils du couple d’instituteurs. Le premier a acheté un mammouth – un énorme pétard – à l’épicerie et le met dans une bouse.

Il éclate faisant une victime : Titi dont le tee-shirt est souillé. Pour le laver, il se trempe dans la rivière non loin. Mais voilà, il a froid. Les trois potes se rendent alors chez les frères Ardaillou pour se sécher. En attendant, le duo de fermiers leur fait boire une gnôle dont il a le secret.

Complètement ivres, sur le chemin du retour, ils ouvrent la clôture des vaches. La voiture de l’un des deux frères Ardaillou fonce sur l’une d’elle. Le verdict est sans appel : il décède.

Enterrement et début des ennuis

Tout le village s’est réuni pour saluer la mémoire de ce pauvre Ardaillou. De leur côté, Jules, Titi et Jean n’osent rien dire. Ils le savent bien, c’est à cause d’eux s’il est mort. Ils sont des assassins. Ils font alors le pacte de ne jamais rien révéler, notamment devant le Manitoba, un squelette dans une grotte à l’écart de la cité.

Les parents de Jean qui vivent dans l’école municipale, font bien leur travail. Ils acceptent tout le monde malgré les réticences de certains. Mieux, ils rendent visite aux hippies vivant sous tipi en dehors du village…

Nicolas Dumontheuil ou l’art de la comédie

Né à Agen en 1967, Nicolas Dumontheuil s’est construit depuis 1993 une œuvre d’une grande qualité. Il possède ce don unique et original de conter des histoires humoristiques. Il manie avec habilité l’art de la comédie comme notamment dans Qui a tué l’idiot ? (Alph-Art du meilleur album à Angoulême en 1997), Malentendus, Le landais volant, La colonne, La forêt des renards pendus ou encore L’ogre amoureux.

Pour chacun de ses albums, comme pour Pas de pitié pour les indiens, la farce n’est pas gratuite, elle repose sur des thématiques contemporaines fortes. Oui, Nicolas Dumontheuil fait rire son lectorat mais toujours de manière intelligente.

Pas de pitié pour les indiens : une carte postale d’une France colorée

Pour cette nouvelle comédie, l’auteur de Big foot brosse le portrait d’une France qui n’existe plus, une France rêvée, loin de celle hyper-connectée aujourd’hui.

Pour Pas de pitié pour les indiens, il a puisé dans ses souvenirs d’enfance, ceux où il n’avait pas encore dix ans et où l’amitié était une vraie valeur.

Il imagine cette fameuse trinité, le trio de Don Camillo (le curé, l’instituteur et le maire), ces notables pour qui l’ensemble des villageois vouent un culte. Ils possèdent le savoir et l’autorité, ils sont respectés. Nicolas Dumontheuil remplace juste le maire par le gendarme. Mieux, ils leur inventent des enfants, vrais héros de l’histoire. Les tensions peuvent aussi exister entre les trois entités comme dans les films avec Fernandel.

L’auteur de La longue marche des éléphants (avec Troubs) grossit les traits pour encore plus faire rire. Ainsi, Jules serait le fils du curé, les instituteurs de vrais soixante-huitards et la voisine, une communiste pure et dure. Il y a toujours de la bienveillance dans ses personnages. Même le plus crétin ou le plus salaud ne l’est pas longtemps. On le sent, il les aime et les cajole. Le ton est léger et les dialogues vifs dans Pas de pitié pour les indiens.

L’école au centre du village

Nicolas Dumontheuil laisse une très jolie place à l’école municipale, vrai personnage de son récit. C’est dans ce lieu central que quasiment tout se passe. L’école de la république est magnifiée, une école de village qui aujourd’hui n’existe plus. Lieu de vie du couple et son enfant, lieu de savoirs, de culture et de débats; c’est un vrai lieu de sociabilisation comme le serait le bistro du coin.

Composé de petits chapitres, l’album est riche aussi par des thématiques encore fortes de nos jours : le racisme, l’intégration, la solidarité et l’entraide, les croyances, le nucléaire et l’environnement, les interdits ou encore les premiers émois.

Cette belle fantaisie bénéficie de tout le talent graphique de Nicolas Dumontheuil. Son dessin tout en rondeur est agrémenté de couleurs saturées. En observant les planches, les lecteurs ont l’œil qui pétille.

Pas de pitié pour les indiens : une très jolie fable fantaisiste, une comédie rurale lumineuse et intelligente !

Article posté le jeudi 02 janvier 2020 par Damien Canteau

Pas de pitié pour les indiens de Nicolas Dumontheuil (Futuropolis)
  • Pas de pitié pour les indiens
  • Auteur : Nicolas Dumontheuil
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 19€
  • Parution : 02 janvier 2020
  • ISBN : 9782754827454

Résumé de l’éditeur : La journée de Jean, Titi et Jules avait pourtant bien commencée : Jules avait récupéré des pétards « mammouth » pour faire sauter des bouses de vaches bien fraîches. Après, les choses s’étaient gâtées : les trois enfants sont tombés sur les frères Ardaillou, fermiers, bouilleurs de cru, qui ont trouvé amusant de les faire boire ! Forcément à 8 ans, quand on est ivres, l’envie de libérer des vaches de leur enclos sur la route est très tentante ! Les vaches des Ardaillou justement… avant de rentrer chez eux, sans plus se soucier des conséquences… Malheureusement, peu de temps après, l’un des frères Ardaillou, qui a quitté son alambic et pris sa camionnette pour aller au village, est mort dans un accident en percutant sa vache… Pour les trois enfants, une seule question se pose : est-ce qu’ils sont devenus des assassins ? Et va-t-on leur couper la tête ?

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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