Peau de mille bêtes

Un jeune adolescent borgne s’éprend de Ronces, une princesse frappée d’un maléfice. Stéphane Fert met en image le conte des frères Grimm, Peau de mille bêtes. Une superbe version féministe et intelligente. Sublime !

L’être aimé

Épris de Ronces, un jeune adolescent tente de la retrouver dans une forêt. Depuis le jour où il l’a vu, ses pensées sont hantées par sa beauté.

Il est alors surpris par un groupe de créatures malfaisantes. L’une d’elles lui arrache un œil. Il est alors sauvé par une corneille bavarde. Après un subterfuge, ils se retrouvent devant l’entrée d’un château.

La bonne fée Margot

L’oiseau est la propriété de la Bonne fée Margot ou plus exactement, la sorcière Margot. Mais ça, l’adolescent ne le sait pas.

Il lui demande alors de l’aider à retrouver sa bien aimée. Elle prépare une potion dans son chaudron et lui raconte l’histoire de Ronces.

Le maléfice du roi Lucane

Dans son village, Belle était très courtisée. N’en pouvant plus, elle décida de partir. Dans la forêt voisine, elle rencontra le roi Lucane. Ils se marièrent et eurent Ronces, une très jolie femme. A la mort de sa mère, elle fut chassée par son père qui l’ensorcela d’un maléfice…

Peau de mille bêtes : récit fantastique féministe

Depuis Morgane, on attend toujours avec impatience la nouvelle bande dessinée de Stéphane Fert. Et quelle bande dessinée encore ! Cette version de Peau de mille bêtes est merveilleuse !

Après la déclinaison du mythe arthurien de magnifique manière, il s’aventure de nouveau vers un conte fantastique. Bien lui en a pris. Décidément, les légendes lui vont comme un gant.

Très à l’aise avec l’ambiance de magie, les forêts, les souverains et autres animaux, Stéphane Fert met en image ce conte avec une grande maîtrise narrative.

Comme pour Morgane, il fait de cette fable populaire, une histoire résolument féministe et engagée. Comme l’explique l’autrice Mona Chollet (Sorcières, la puissance invaincue des femmes), les sorcières sont des figures féministes fortes et d’avant-garde. Trop pour certains hommes qui ne cessèrent de les pourchasser à travers les siècles. Une vision partagée par Thomas Gilbert dans le formidable album Les filles de Salem.

Une jolie histoire d’amour

Si Peau de mille bêtes est un récit sur la construction de l’identité féminine, c’est avant tout une histoire d’amour impossible entre un adolescent gringalet et une femme ensorcelées et mangeuse d’hommes. Telle une mante religieuse, elle se délecte de ses prétendants après l’accouplement.

Ce parcours initiatique semé d’obstacles est agréable à la lecture par les rôles secondaires du récit : le roi Lucane et la fée Margot. Stéphane Fert n’oublie pas de faire sourire son lectorat par les pitreries et autres dialogues savoureux de cette sorcière proche de celle des Contes de la rue Mouffetard de Pierre Gripari.

Dessin envoutant

Si l’histoire est passionnante, on est toujours autant émerveillé par la partie graphique époustouflante de Stéphane Fert. Le dessinateur de Quand le cirque est venu (avec Wilfrid Lupano) réalise des prouesses techniques superbes.

Il indique des influences de Mary Blair (dessinatrice aux studios Disney), Lorenzo Mattotti ou Taiyou Matsumoto et cela se ressent dans ses magnifiques planches.

Les formes arrondies de ses personnages sont agrémentées d’une palette de couleurs que lui seul maîtrise aussi bien.

Peau de mille bêtes : Une version du conte de Grimm moderne, féministe, haletant et intelligent, porté par un dessin sublime !

Article posté le mercredi 03 avril 2019 par Damien Canteau

Peau de mille bêtes de Stéphane Fert (Delcourt)
  • Peau de mille bêtes
  • Auteur : Stéphane Fert
  • Éditeur : Delcourt, collection Mirages
  • Prix : 17.95€
  • Parution : 27 mars 2019
  • ISBN : 9782756091723

Résumé de l’éditeur : Belle est vraiment très belle et tous les garçons du village la désirent. Rebutée par la perspective d’un mariage qu’elle n’aurait pas choisi, elle s’enfuit pour se réfugier au plus profond de la forêt. Là, le roi Lucane va la recueillir… puis l’aimer à la folie. Une petite fille va naître de cette union, Ronce, dont la destinée va être profondément bouleversée par la disparition de sa mère…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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