Robinson Crusoé

Le grand dessinateur milanais Sergio Toppi, disparu en 2012, avait magistralement adapté Robinson Crusoé, le roman culte de Daniel Defoe. Un petit chef-d’oeuvre à l’encre de Chine qu’éditent aujourd’hui les éditions Mosquito.

Un roman culte

Comme le Comte de Monte-Cristo, Cyrano, D’artagnan ou encore Quasimodo, Robinson Crusoé fait partie des personnages mythiques de la littérature. Alors, quand il s’agit pour un dessinateur de leur donner vie, de les animer sous nos yeux, le pari est parfois bien difficile à relever.

Surtout quand on est limité dans l’espace. C’est une gageure qu’a relevée sans difficulté le scénariste et dessinateur italien Sergio Toppi, disparu en 2012. Celui qu’on surnommait parfois le maître milanais a laissé à la postérité nombre d’albums et le souvenir encore intact d’un homme de grand talent.

Un talent palpable une fois de plus avec cette adaptation inédite du roman de Daniel Defoe, publiée comme à l’accoutumée par les éditions Mosquito en ce début d’année.

Pirates et naufrages

Robinson Crusoé a-t-il réellement existé ou n’est -il sorti que de l’imagination fertile du romancier anglais, qui fit paraître son récit en 1719 ? De fait, l’auteur s’inspira des aventures d’un certain Alexandre Selkirk.

Adolescent, celui-ci fuit le domicile paternel, s’embarque et connaît un premier naufrage. Mais l’appel de l’océan reste le plus fort et le voilà qui s’embarque à nouveau. Il est capturé par les pirates, reste prisonnier deux ans, puis s’évade. Un nouveau périple le mène au Brésil, pour participer à la traite d’esclaves noirs.

Alors qu’il se dirige vers le Brésil, un nouveau naufrage le laisse non loin de l’embouchure du fleuve Orénoque. Seul survivant, notre Robinson échoue sur une île déserte…  » Sur quelle terre ai-je été jeté par le sort ? s’interroge Robinson, Une île ou un continent?… A quelle distance d’un lieu habité ? « 

Pas si seul

La suite est connue. Robinson « prend ses marques » sur ce territoire plus ou moins hostile.  Avec l’aide de quelques outils récupérés, il s’improvise charpentier, éleveur, menuisier, jardinier, se confectionne des vêtements. Il construit aussi une pirogue qui ne lui permet guère de s’éloigner beaucoup de l’île. Et puis un jour, le voilà confronté à l’humanité.

Un groupe de cannibales, ceux qu’il appelle les Caribéens, débarque et s’apprête à sacrifier un des siens. Robinson délivre le malheureux, le nommera « Vendredi ». C’est avec lui qu’il passera le reste de son séjour sur l’île. Ce Vendredi, archétype du « bon sauvage » dont il continuera à s’attacher les services une fois revenu en Angleterre. Robinson aura vécu 28 ans loin de tout…

Ancré dans l’encre de Chine

On ne dira jamais assez combien le talent de Sergio Toppi était grand. Il réussit ici en 52 planches à restituer l’atmosphère d’un roman qui comptait 588 pages dans son édition en langue française ! Art de la synthèse et magie du dessin du maestro italien.

Tout de noir et blanc, son travail à la plume sublime à coups de fines hachures et de croisillons la mer démontée, les visages burinés des pirates et des indigènes.

Ce Robinson-là, qui n’était pas finalement un personnage si recommandable que cela ( négrier, esclavagiste) nous est ici rendu dans une humanité souffrante. Au crépuscule de sa vie, retiré de la fréquentation de ses semblables, il n’aspirera qu’à la paix. Parmi les multiples adaptations de ce mythe littéraire, celle de Toppi brille par son formidable souffle épique. A contempler…

Article posté le vendredi 13 février 2026 par Jean-Michel Gouin

Robinson Crusoé de Sergio Toppi d'après le roman de Daniel Defoe (éditions Mosquito)
  • Robinson Crusoé
  • Scénario et dessin : Sergio Toppi
  • Editeur : Mosquito
  • Prix : 16 €
  • Parution : Janvier 2026
  • Nombre de pages : 64
  • ISBN : 9782493343567

Résumé de l’éditeur. Remarquable adaptation du roman de Daniel Defoe.
Jeune Anglais assoiffé d’aventures, Robinson décide de s’embarquer à bord d’un navire. Il apprend la dure vie de marin et affronte de nombreux dangers. Après quelque temps passé au Brésil, il repart pour la Guinée, où il n’arrivera jamais… Unique survivant d’un naufrage, il échoue sur une île déserte. Il s’invente alors une vie solitaire, jusqu’au jour où il sauve la vie d’un jeune indigène, Vendredi…
Préface de Jean-Louis Roux.

 

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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