Sengo

Kadomatsu et Toku, deux soldats japonais démobilisés, tentent de reprendre une vie normale après le conflit mondial. Sansuke Yamada conte leurs péripéties dans Sengo, un récit tragico-burlesque chez Casterman. Une formidable série !

Drôles de retrouvailles

Japon, 1945. Le pays est en ruine, les habitants tentent de panser ses plaies. Entre morts, blessés et reconstruction, cela n’est simple pour personne. De plus, l’empire du soleil levant est mis sous tutelle des États-Unis. Les tensions sont donc grandissantes à l’intérieur du pays.

Kadomatsu Kuroda est un soldat démobilisé après la reddition du Japon. Il est de retour à Tokyo. Il se rend au marché Meisei pour manger, mais il n’a pas d’argent pour payer. Le ton monte avec un membre du clan Ozu.

Cette échoppe appartient à Toku Kawashima, soldat aussi démobilisé. Alors que Kadomatsu joue des poings, il est arrêté par le propriétaire qui le reconnait : il était soldat sous ses ordres.

Bagarres à venir

Toku et Kadomatsu devisent alors sur le pays en ruine. Le second espère pouvoir retrouver des amis avec lesquels il travaillait dans un théâtre avant la guerre.

Il rencontre alors Sankaku qui lui propose un business illégal autour d’un entrepôt américain. Une vaste supercherie qui ne fonctionne pas. Il se retrouve alors le visage déformé après une bagarre. Heureusement, Toku est encore là pour le sortir de ce mauvais pas…

Un duo à la vie, à la mort

Publiée entre 2013 et 2018 au Japon dans la revue Comic Beam des éditions Enterbrain, Sengo est une merveilleuse série en 7 volumes de Sansuke Yamada. Le mangaka met en scène un duo disparate mais ô combien complémentaire pour raconter le Japon d’après la Seconde guerre mondiale.

D’un côté, il y a Toku, propriétaire d’un petit restaurant de quartier, patron d’employés, buveur, désabusé et séducteur. De l’autre, Kadomatsu, un homme costaud, rigolo, toujours prêt à jouer des poings, seul et en manque criant d’affection.

Tous les deux sont liés par un passé douloureux au front, un pacte que rien ne pourra séparer. Ils ont combattu ensemble et ont vu des choses innommables. De tout cela, dans le premier volume, on ne sait rien.

Sengo : tragédie burlesque

Sansuke Yamada imagine alors cette relation à la vie, à la mort entre Toku et Kadomatsu. Si le premier souhaite  rapidement se défaire du second : impossible, ils sont liés.

Le mangaka dévoile des combines, des systèmes D, des bagarres et des filouteries au gré des pages. Le marché noir est de mise pour survivre et Kadomatsu se retrouvera même ange-gardien pour des prostituées.

En plus des dialogues savoureux de Sengo, des situations complétement cocasses apportent de l’humour, une sorte de burlesque dans un pays au bord du gouffre.

Le Japon de 1945

En toile de fond de Sengo, Sansuke Yamada parle du Japon. Ce pays en proie au doute, ruiné, à reconstruire et sous la coupe des Américains. Puisqu’ils sont les vainqueurs, ils se permettent tout : humiliations, racisme, passages à tabac et femmes de réconfort. En effet, pour passer du bon temps, ces soldats flambent leur solde avec des prostituées.

Le ressentiment des Japonais vis-à-vis de l’envahisseur commence à poindre comme le montre le premier volet de cette saga historique. Ce thème est cher aux mangakas. Ainsi, Osamu Tezuka en a parlé dans Ayako ou encore Kazuo Kamimura dans Une femme de Shôwa. En sous-texte, le mangaka parle aussi de l’absurdité de la guerre comme avait pu le montrer Clément Paurd dans La traversée, là aussi une relation entre un soldat et son chef.

Sengo, cette belle fresque humaine, a remporté en 2019, le Prix du jeune talent du Prix Culturel Osamu Tezuka, mais également le Grand Prix de la Japan Cartoonist Association. Deux marques de prestige pour une série qui s’annonce passionnante et drôle.

Article posté le mardi 21 janvier 2020 par Damien Canteau

Sengo de Sansuke Yamada (Casterman)
  • Sengo, volume 1 : Retrouvailles
  • Auteur : Sansuke Yamada
  • Éditeur : Casterman, collection Sakka
  • Prix : 9.95 €
  • Parution : 02 janvier 2020
  • ISBN : 9782203202597

Résumé de l’éditeur : 1945, le Japon est vaincu. De retour au pays, deux soldats qui se sont connus sur le front, le bonvivant Kadomatsu et le désenchanté Toku, se retrouvent par hasard dans un Tokyo détruit et occupé par l’armée américaine. Entre débine et combines, marché noir et prostitution, la question quotidienne de la survie est si cruciale qu’elle éclipserait le désespoir chevillé à ces âmes vaincues. Malgré tout, au fil des nouvelles solidarités qui se nouent dans l’adversité, c’est bel et bien la vie qui regagne du terrain

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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