Spectregraph

James Tynion IV a la baraka. L’ensemble des titres du scénariste de The Nice House on the Lake sont désormais publiés en France, dès leur disponibilité en VO. Spectregraph, c’est donc sa nouvelle mini-série horrifique dessinée par Christian Ward et publiée chez Delcourt. Fantômes et milliardaires sont au programme.

Spectregraph : ce n’est pas la maison hantée à laquelle vous vous attendez

Années 60. Un milliardaire américain crée une société secrète pour encadrer son grand projet. Il veut découvrir si les fantômes existent, s’il est possible de transcender la mort. Il veut développer une machine pour arriver à cela. 2024. La maison dudit milliardaire est en vente. Mais la visite de la maison va très mal se passer pour l’agente immobilière.

Les Américains aiment se faire peur en ce moment

Spectregraph page 65

Spectregraph © 2024 James Tynion IV & Christian Ward. © 2024 Éditions Delcourt pour
l’édition française.

L’horreur fantastique a le vent en poupe aux États-Unis. Le monde du comic-book pousse le thème à fond, avec un public qui, manifestement, répond présent. James Tynion IV s’intègre pleinement dans cette tendance, qu’il nourrit avec pertinence.
Avec un risque. Le risque de se répéter, de proposer des trames scénaristiques trop proches, ce que l’on peut noter entre The Nice House on the Lake et W0rldtr33 par exemple. James Tynion IV parvient-il à se renouveler avec Spectregraph ? La réponse est « plutôt oui ».

Spectregraph : du Tynion IV qui se renouvelle

Pour se renouveler, le scénariste a changé la focale de sa « caméra ». Au revoir les dynamiques de groupe, ici l’héroïne agit en solo. En duo, si l’on considère les deux femmes impliquées dans la visite de la maison, comme des héroïnes au même titre l’une que l’autre.
D’un côté, nous avons une maman salariée sous pression ayant du mal à se remettre de son divorce. De l’autre, une jeune étudiante gothique à la recherche d’une vie intense.
En suivant ces deux femmes, le scénariste veut montrer que celle qui subit n’est pas la moins active, et que celle qui agit, pas la plus indépendante. Lectrices et lecteurs peuvent donc s’attacher et s’identifier à l’une comme à l’autre. Car finalement, elles sont toutes les deux victimes, d’une manière différente, d’un milliardaire égoïste et manipulateur.

Un bon méchant, ce n’est pas forcément une force cosmique

Ce que l’auteur conserve, c’est justement cette figure antagoniste omniprésente. Ambrose Hall, c’est son nom. Mais cette fois, il s’agit simplement d’un homme. Mais sa pensée jusqu’au-boutiste le place à l’échelle de ces menaces globales qu’affectionne James Tynion IV. Le personnage tient une place de croquemitaine. Il est le grand adversaire, sans que les héroïnes ne le voient réellement. Sans qu’il n’agisse directement dans leur temporalité. Tout au long de l’album, les flashbacks montrent ses actions passées et renforcent le sentiment de menace sur le temps présent. Les lecteurs se demandent quand il passera à l’action, et comment il se montrera agressif. Pour autant, le scénariste ne se prive pas de monstres. Dans une maison hantée, il y a largement de quoi faire flipper les héroïnes. Mais ne vous attendez pas à Casper ou à Zombillenium, les fantômes, ici, ont une saveur unique.

L’identité graphique particulière de Spectregraph

Spectregraph page 26

Spectregraph © 2024 James Tynion IV & Christian Ward. © 2024 Éditions Delcourt pour
l’édition française.

C’est le travail de Christian Ward, que de leur « donner vie ». Ward possède un style étrange. Dans la texture, il lorgne plus vers le photoréalisme. Mais dans le trait, on le sent dans une forme d’économie qui ne cherche pas la précision. Son dessin est pensé dans une optique de narration, il guide les lecteurs à travers toutes les informations qu’il serait susceptible de distribuer. Parfois très détaillé, parfois très chiche. Et donc ses fantômes ont une apparence particulière, comme la couverture l‘illustre. Quelque chose de très organique, de profondément dérangeant. Christian Ward insiste finalement sur ce que fût leur humanité passée et ce qui les rapproche des vivants. Une proximité qui renforce leur puissance horrifique. L’utilisation des couleurs numériques et de leurs effets spéciaux vient apporter toute la cohérence de la démarche.

Spectregraph ne nous lasse pas de l’horreur en BD

Ce one-shot Spectregraph est donc une lecture qui satisfera tous les amateurs de bande dessinée d’horreur. James Tynion IV et Christian Ward plongent les lecteurs dans une horreur réaliste suffisamment attirante pour qu’on puisse espérer une suite après la dernière case…

Article posté le mercredi 02 avril 2025 par Yaneck Chareyre

Spectregraph James Tynion IV
  • Spectregraph
  • Scénariste : James Tynion IV
  • Dessinateur : Christian Ward
  • Traducteur : Laurent Queyssi
  • Éditeur USA : DSTRLY
  • Éditeur France : Delcourt
  • Nombre de pages : 224
  • Prix : 25.5€
  • ISBN : 9782413088523

Résumé éditeur : Un manoir étrange, niché sur la côte, à quelques kilomètres au nord de Los Angeles… Des rumeurs courent… On le dit hanté… Son propriétaire était un magnat de l’industrie, avec une étrange fascination pour l’occulte et le paranormal. Depuis des décennies, les hommes et les femmes les plus riches du pays cherchent à comprendre ce qu’il y construisait. Maintenant, alors qu’il vient de mourir, ils ont hâte de le découvrir…

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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