Tête de gondole

Gérard est le patron d’un supermarché. Il sacrifierait tout pour sa réussite. Cette vie accomplie va être bouleversée par la découverte de malversations venues de sa hiérarchie. Didier Tronchet et Nicoby imaginent ses péripéties dans Tête de gondole, un album plus profond qu’il n’y parait.

Cash, cash

Quelque part en Bretagne. Un homme fait son jogging dans un magasin alors qu’il n’est pas encore ouvert. Cet homme c’est Gérard Mandon, le directeur du supermarché Cash.

En courant dans les rayons, cela lui permet d’en faire le tour et de remarquer tout ce qui ne va pas : étiquettes illisibles ou encore produits dans le mauvais rayon.

Gérard a même fait installer une douche dans son bureau. Après s’être lavé, il se tient face à la porte d’entrée de son supermarché. Il est 8h, le magasin ouvre. Il accueille alors les premiers clients.

Fête des pères, stagiaire et vol à l’étalage

Tout doit être au carré dans le Cash de Gérard. Il contrôle tout, tout le temps. Il accueille aussi un stagiaire – le fils de Hasler, le PDG du groupe – et l’envoie dans le service de surveillance. Pas trop son truc au stagiaire.

Gérard prend aussi le temps d’une réunion sur l’opération Fête des pères. Les idées fusent, surtout celles de Martel, mais sont un poil désuètes.

Après un tour au self, il retrouve Mathias, le responsable de la sécurité. Le vigile a appréhendé une voleur à l’étalage. Son argument est imparable et Gérard le laisse filer.

Malversations

Du côté sentimental, la vie de Gérard est comblée. Sa femme s’épanouit et part pour l’Equateur en mission humanitaire. Léa, sa fille, travaille comme serveuse dans un bar de quartier. Il ne la comprend pas. Il pourrait lui trouver un stage ou un poste plus important. Elle, elle, veut gérer sa vie comme elle l’entend.

L’existence du directeur de cash va être bouleversée. Il va être pris dans un engrenage venant de Hasler, qui veut le faire tomber. Gérard découvre alors les malversations du PDG…

Tête de gondole : Jolie comédie sociale

Débuté comme une comédie classique, Tête de gondole glisse vers le polar dans la deuxième partie de l’album. Didier Tronchet aime mélanger les genres (L’homme qui ne disait jamais non). S’appuyant sur le réel, il développe une comédie sociale pertinente et intelligente.

A travers la vie rangée et réglée de Gérard, il peut fustiger tour à tour la bourgeoisie de province mais aussi la surconsommation et le libéralisme. Ce patron loyal et rigoureux va tomber bien bas après ce guet-apens surprenant.

Belle galerie de portraits

S’il parait froid et dirigiste dans un premier temps, Gérard s’avère plutôt paternaliste avec certains de ses employés et n’hésitant pas à renvoyer l’ascenseur aux copains.

Plutôt empathique même si énergique, Gérard est entouré de rôles secondaires simples et bonhommes : Martel, le chef de la communication, Léa – plus à gauche que lui – ou encore Nelson voleur débrouillard et sympathique.

Si l’on y ajoute le fils Hasler roi de la caméra, Mathias vigile prêt à tout ou encore le PDG et l’on obtient un polar provincial très drôle.

UN dessin sympathique et moderne

Après Le meilleur ami de l’homme, Tronchet retrouve Nicoby pour Tête de gondole. L’auteur de Mon petit Ponant et La maison la nuit réalise de très belles planches modernes et dynamiques. Aidé aux couleurs par Philippe Ory, il possède le trait idéal pour restituer l’ambiance amusante et accrocheuse du récit.

Tête de gondole : très bon polar provincial humoristique à la belle fibre sociale. Une satire de la bourgeoisie, de la surconsommation et du libéralisme. Sympa !

Article posté le jeudi 21 mars 2019 par Damien Canteau

Tête de gondole de Nicoby, Tronchet et Ory (Dupuis)
  • Tête de gondole
  • Scénariste : Didier Tronchet
  • Dessinateur : Nicoby
  • Coloriste : Philippe Ory
  • Editeur : Dupuis
  • Parution : 08 mars 2019
  • Prix : 22€
  • ISBN : 9791034732999

Résumé de l’éditeur : Gérard Mandon est un homme heureux. Directeur d’un grand magasin dans la région bretonne, il fait son jogging tous les matins dans ses rayons pour vérifier que tout est bien en ordre. Il encourage ses employés à fermer les yeux sur les petits délits et gère ses têtes de gondole d’une main de maître. Un véritable manager à l’ancienne. Un peu trop à l’ancienne, selon son chef de la sécurité, Mathias, qui est convaincu que cela ne plairait pas au siège social. Tellement convaincu qu’il va tout faire pour faire virer son directeur. Gérard, lui, ne se doute de rien et cherche surtout à renouer une relation père-fille. Léa, un peu distante, refuse absolument son aide et ne veut pas monter travailler au siège social parisien de l’entreprise, préférant enchaîner les petits boulots. Ils trouveront un deal lorsqu’elle lui promet de partir une semaine là-bas si lui aussi sort de sa zone de confort. Il se retrouve alors à travailler chez un ferrailleur pas vraiment véreux mais vraiment mauvais en compta, pendant que Léa se retrouve par hasard au centre de la comptabilité illégale du siège social de l’hypermarché qui planque des bénéfices dans divers paradis fiscaux… Une semaine qui changera radicalement la vie du père et de sa fille. Tronchet et Nicoby reviennent après « Le meilleur ami de l’homme » à la chronique sociale. À la fois comédie familiale et fable sociale, Tête de gondole dénonce une société radicalement fracturée entre grand groupe véreux et petites entreprises ignorantes. Un roman graphique feel good à lire entre deux réunions au bureau !

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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