L’anglais Norm Konyu, c’est un style graphique particulier. C’est aussi un ton très personnel, comme nous l’avions découvert l’an dernier avec l’album Downlands. Les éditions Glénat traduisent un nouvel opus de l’artiste en ce mois de janvier 2026, The Junction. Un titre qui démontre qu’à son troisième livre, l’artiste développe une réelle œuvre, sur le fond comme sur la forme.
The Junction : Dessin virtuel, émotions bien réelles
Lucas a onze ans. Problème, lui et son père ont disparu depuis douze ans. Mais, il a toujours onze ans quand il revient un beau matin à Medford. La police, son oncle et sa tante, ne comprennent pas. Est-il un usurpateur ? Est-ce vraiment Lucas ? Où était-il ? Et si c’est bien lui, comment peut-il ressembler à l’enfant qu’il était plus de dix ans auparavant ? L’étude de son journal intime montre qu’il était dans un lieu Kirby Junction. Mais Kirby Junction n’existe pas.
Ne cherchez pas la plume, mais la souris
Lire du Norm Konyu, c’est bien entendu d’abord faire face à un dessin comme on en voit rarement. L’artiste produit un dessin vectoriel via le logiciel Adobe Illustrator. Il démarre avec des croquis épars au crayon, sur papier, mais la construction de ses planches se fait en numérique. La fin de l’album est d’ailleurs tout à fait intéressante puisque le processus y est présenté.
Cette méthode aboutit à un dessin très géométrique dans la forme. Les couleurs, travaillées à partir de textures produites à la main puis numérisées, viennent contrebalancer la potentielle froideur de l’exercice. De fait, le résultat pourrait même donner l’impression d’un travail de collage très concret. Le numérique, bien maîtrisé, n’a rien d’artificiel.

The Junction, c’est de la forme ET du fond
Comme dans toute bande dessinée, le parti pris graphique peut se montrer clivant. Mais si on choisit de l’accepter, alors c’est un scénario d’une grande profondeur qui s’offre aux lecteurs et lectrices, avec une accroche émotionnelle poignante.
Autant le dire tout de suite, oui il s’agit ici d’un récit fantastique. Non, la situation initiale d’un Lucas resté enfant pendant douze ans, n’a rien de normal. Évidemment, une explication « magique » va être proposée. Ces choix ne sont pas gratuits pour l’auteur. Sans divulgâcher (ça viendra un peu plus bas dans l’article), le merveilleux permet à Norm Konyu de traiter des différences de perception entre enfants et adultes au sein d’une même famille. Il confronte ainsi les points de vue, les réactions du fils et du père, autour d’un même événement. Il le fait de manière extrêmement sensible, avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité.
Si je vous ai donné envie de lire cet album, alors ne continuez pas cet article. Arrêtez-vous à ce paragraphe, le suivant viendra spoiler l’intrigue. Mais pour exprimer tout l’intérêt de cette histoire, il faut dévoiler la révélation que l’auteur construit patiemment au fil des pages. Et c’est dommage de ne pas découvrir cette construction. Donc, ne poursuivez que si vous avez LU, The junction.

SPOILER : Je vous dévoie le twist de The Junction
Bon, si vous êtes toujours avec moi, je considère que vous ne craignez pas les révélations. Parlons donc du fond précis de cet album.
Ce regard croisé père/fils, il se porte sur le processus de deuil. Car si la mère de Lucas est bien morte, en fait, eux aussi. The Junction, en tant que ville, c’est une sorte de Purgatoire qui se peuple peu à peu de personnes qui n’ont pas conscience d’êtres mortes. Elles vivent toutes une nouvelle vie, sans fin, dans ce nouveau cadre qui ne leur pose rapidement plus de questions. Elles acceptent leur mort, de manière inconsciente.
Un dernier mystère à trancher dans le récit
Mais le père de Lucas, lui, sait qu’ils sont morts. Et s’il l’accepte sans rien dire, c’est parce que cela lui permet de retrouver sa défunte femme, dans une forme de vie suspendue à jamais. Et donc, l’enjeu du récit, c’est que Lucas va comprendre cela à son tour. Mais que fera-t-il ? Va-t-il choisir de vivre une vie normale ou de retourner dans ce monde factice ? Ici, je ne vous dirais rien de plus, des fois que vous vous soyez aventurés en terres spoiler sans avoir lu. Mais pour ma part, j’ai trouvé tout à fait intéressante la conclusion proposée et les justifications offertes.
The Junction, le meilleur album de Norm Konyu ?
Je n’avais pas été pleinement convaincu par Downlands l’an dernier. The Junction m’a conquis sans l’ombre d’un doute, me poussant à relire le livre précédent, afin de voir si je n’aurais pas été injuste avec lui. Norm Konyu a ici beaucoup à offrir aux lecteurs. Ne passez pas à côté de ce titre.
- The Junction
- Auteur : Norm Konyu
- Éditeur UK : Titans Publishing Group
- Éditeur France : Glénat
- Nombre de pages : 176
- Prix : 22€
- Date de publication France : 21 janvier 2026
- ISBN : 9782344069721
Résumé de l’éditeur : Le revenant Lucas Jones réapparaît sur le pas de la porte de son oncle, dans sa ville natale de Medford, après 12 ans d’absence. La joie des retrouvailles laisse rapidement place aux doutes et au mystère. Où était-il passé ? Où est son père, qui a disparu au même moment ? Et surtout, comment est-il possible que Lucas soit toujours le même jeune garçon de 11 ans ? Comme l’enfant reste muet, c’est à l’inspecteur David King et à la psychologue Jean Symonds de tenter de trouver des réponses à partir des rares affaires que Lucas a rapportées – quelques Polaroid, et surtout son journal intime, récit délirant dans lequel il évoque une ville appelée Kirby Junction où des maisons surgissent brusquement de nulle part et où des gens attendent un train qui n’arrive jamais…
