Katya, interview croisée Antoine Schiffers et Nathalie Van Campenhoudt

Alors que la sortie du premier album d’Antoine Schiffers se profile, la rédaction de Comixtrip a rencontré le gagnant du Prix Raymond Leblanc de la Jeune Création 2023. Pour parler du projet avec lequel il a été désigné lauréat, qui mieux que celle qui a œuvré avec lui à cette création. Nathalie Van Campenhoudt est éditrice chez Casterman et ensemble ils nous ont expliqué comment un projet d’une dizaine de pages est devenu cet album intitulé Katya – La guerre. Partout. Toujours.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

Antoine, nous vous avions quitté en septembre 2023 alors que vous veniez de recevoir le Prix Raymond Leblanc. Est-ce que l’obtention de ce prix a mis une certaine pression sur vos épaules ?

Antoine Schiffers : Oui je pense parce que ce prix est assez convoité. Beaucoup de gens et de talents y participent. Donc je me devais d’honorer cette chance qu’on me donnait. Cela m’a donné de la confiance dans mon travail et ça a été libérateur. C’est extrêmement positif.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Antoine Schiffers : Quand j’ai signé le contrat, c’est devenu très officiel. Cela m’a donné envie de dessiner et de me lancer pour donner le meilleur.

Quoi de nouveau depuis notre dernière rencontre, vous veniez juste de recevoir le Prix Raymond Leblanc ?

J’avais commencé le storyboard, une quarantaine de pages. Il a donc fallu que je le termine, de fin octobre 2023 jusqu’à janvier 2024. Je l’ai envoyé à Nathalie pour qu’elle le valide.

Pendant cette période, tout s’est délié très facilement. J’étais agréablement surpris de voir que tout s’emboîtait naturellement.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

« Le fait de recevoir le prix a changé mon rapport à mon dessin »

Sur quoi avez-vous travaillé ensuite ?

Antoine Schiffers : Ensuite je me suis attaqué à la mise au net en reprenant l’encrage. J’avais terminé une vingtaine de pages pour le dossier du Prix Raymond Leblanc, même si je n’en avais envoyé que huit.
Mais je me suis aperçu que je ne dessinais plus de la même façon. Le fait de recevoir le prix a changé mon rapport à mon dessin. J’étais parti sur quelque chose de plus ligne claire et avec le temps, ça s’est transformé.

Quelle a été la modification majeure de ce projet ?

Nathalie Van Campenhoudt : Le projet d’Antoine était dans un format à l’italienne. Mais on s’est dit que ce serait plus facile de toucher un large public avec un format plus classique. On voulait voir le dessin d’Antoine en grand, un format 22×29 cm à la française. Donc le fait de changer de format demandait de retravailler le dessin. Antoine est reparti sur une base différente du projet.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

Comment avez-vous donc retravaillé ces planches ?

Antoine Schiffers : Ma chance a été que ces planches se superposent bien, comme si on pouvait dérouler l’histoire telle une pellicule afin de la regarder de droite à gauche. Donc ça n’a pas changé grand-chose.

Nathalie Van Campenhoudt : Et ça a bien marché pour les vis-à-vis et la composition des pages, donc ça tenait la route.

Antoine Schiffers : Dans le découpage, il y a même plein d’éléments que j’ai pu réutiliser. Ça a été moins compliqué que ce que j’avais pu imaginer. Mon scénario s’est écrit presque tout seul. Je savais où je voulais aller avec des scènes clés. Comme si les éléments d’un puzzle s’assemblaient.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

« La base était fluide et intuitive. »

Nathalie Van Campenhoudt, quel a été votre apport dans le scénario ?

Nathalie Van Campenhoudt : Le dossier comportait des intentions sommaires et le descriptif des personnages plutôt qu’une vraie ligne de scénario. Alors, quand j’ai lu le storyboard, j’ai fait une découverte parce que je ne savais pas où Antoine allait avec son personnage.

Mon travail a été d’annoter son storyboard avec des remarques. Mais la base était fluide et intuitive. J’ai trouvé que certains passages pouvaient prendre plus de place. Ce qui explique l’ajout de certaines pages. J’ai également fait des remarques sur les dialogues.

Le découpage d’Antoine est particulier avec parfois beaucoup de petites cases qui s’enchaînent. J’ai eu peur au départ que ce soit un problème et que cela gêne la fluidité de la lecture. Mais finalement je me suis fait prendre à son système et à son propre langage. C’est pourquoi ça ne ressemble pas à n’importe quelle bande dessinée. D’où son originalité.

« Antoine a parfaitement su utiliser les cases et l’espace entre les cases. »

Comment peut-on définir cet album ?

Nathalie Van Campenhoudt : C’est une histoire de roadtrip à moto, une histoire linéaire dans laquelle on passe de rencontre en rencontre et de paysage en paysage. Les interactions entre les personnages sont très importantes avec des expressions, des regards et les dialogues. On est totalement avec Katerina l’héroïne. Antoine a parfaitement su utiliser les cases et l’espace entre les cases. C’est vraiment très réussi.

Antoine Schiffers : Ce projet regroupe de nombreux thèmes qui me tenaient à cœur. C’est mon premier album et il représente ce que je peux faire de mieux actuellement.

Nathalie Van Campenhoudt : C’est sa propre façon de créer son langage avec son vocabulaire graphique et narratif.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

Comment se sont déroulées vos rencontres ?

Nathalie Van Campenhoudt : On a beaucoup échangé par mail et par Instagram. On s’est rencontrés également. Mais comme le feeling passait bien, rien qu’avec des messages, ça passait.

Qui est le personnage principal de ce récit ?

Nathalie Van Campenhoudt :  C’est Katerina et ce personnage féminin est extrêmement bien senti. C’était vraiment très étonnant qu’Antoine arrive à se projeter avec un personnage qui a ce vécu-là, cet âge-là et ces émotions-là. On y croit vraiment.

Antoine Schiffers : Katerina a une cinquantaine d’années. Elle est à la recherche de Katya, sa fille qui a disparu en Tchétchénie.

« J’aime bien laisser de la place au silence. »

Est-ce que vous vous êtes inspiré d’une femme en particulier pour calquer son attitude ou sa façon de s’exprimer ?

Antoine Schiffers : J’ai beaucoup observé les femmes autour de moi. Que ce soit ma mère, mes sœurs ou une femme vue dans le métro. J’aime beaucoup regarder et dessiner les gens en fonction de ce qu’ils expriment de façon muette.

Cette bande dessinée n’est pas des plus verbeuses, je ne suis pas forcément très loquace. J’aime bien laisser de la place au silence. Il faut savoir l’apprécier et le ponctuer de moments vocaux.

Ce personnage de Katerina regroupe ce que j’imagine être une femme.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

Est-ce que le récit imaginé par Antoine a subi des modifications au fur et mesure de son avancement ?

Nathalie Van Campenhoudt : Ce qui a changé par rapport au storyboard d’Antoine, c’est le changement sur la fin. Il ne terminait pas forcément avec une note sur le personnage de Katerina, comme une note émotionnelle après tout ce qu’elle avait vécu.

Je trouvais qu’il était important de terminer sur elle, puisque c’est l’héroïne. Même s’il y a d’autres choses en jeu dans cette histoire. Mais il fallait redonner un espoir avec une fin ouverte. Antoine a donc retravaillé dans ce sens.

Antoine Schiffers : Il y a un personnage secondaire assez important, un jeune garçon qui s’appelle Malik. Le storyboard se clôturait sur lui. Il a pris plus de place que ce que j’imaginais au départ. Je m’y suis d’ailleurs beaucoup attaché.

La Tchétchénie et ses paysages sont également très présents dans le récit.

Antoine Schiffers : L’endroit est également très important, puisque c’est l’histoire d’une femme, mais à travers elle de cet endroit. Le récit parle de violence et de ses conséquences. mais il y a assez peu de violence visuelle comme cela. Je voulais éviter cet écueil par un recours narratif.

Alors on arrive avec Katerina en Tchétchénie et on repart de Tchétchénie avec Malik. Mais c’était donc plus respectueux de finir avec Katerina également.

« Des gens que rien ne prédestinait vont passer des moments ensemble. »

Qui est donc Malik, ce deuxième personnage ?

Antoine Schiffers : Malik est un gamin de 13, 14 ans. Dans ce pays en guerre, l’âge des hommes prend de l’importance. En Russie, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les femmes ont pris de l’amplitude dans la société en raison du déficit démographique. Et des hommes morts au combat.

Ce gamin est à la frontière. Ce n’est plus vraiment un enfant parce qu’il a un puissant vécu et a assisté à l’horreur. Mais ce n’est pas encore un adulte.

Nathalie Van Campenhoudt : Il y a vraiment des points communs entre ces deux personnages. Ils vont finalement se rejoindre et s’entraider, alors qu’ils n’ont au départ absolument rien en commun. Cette rencontre improbable fait partie des belles rencontres de la vie. Des gens que rien ne prédestinait vont passer des moments ensemble. C’est ce qu’il y a de très émouvant.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

Avez-vous laissé de la place à des personnages secondaires ?

Nathalie Van Campenhoudt : Dans l’album d’Antoine, il y a des portraits de différents personnages rencontrés au fil des pérégrinations de Katerina et Malik. Et c’est à travers leurs portraits et leurs échanges qu’on se rend compte de la violence et de la dureté du quotidien. Sans être forcément confrontés à des scènes violentes. Il y a une justesse dans les portraits et on voit rapidement à qui on a affaire. On imagine le vécu des personnages grâce à certains indices.

« Je suis un peu Katerina, Antoine est un peu Malik. A priori on ne devait pas se rencontrer. »

Nathalie, le travail d’Antoine ressemble-t-il à quelque chose que vous auriez pu rencontrer précédemment ?

Nathalie Van Campenhoudt : Quand j’ai lu cette histoire, j’ai tout de suite pensé au travail de Gipi. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’assez exceptionnel. Cette référence m’est venue dès la lecture du storyboard. Ce projet a gagné le Prix Raymond Leblanc mais on aurait tout à fait pu l’éditer en dehors du concours. Il était déjà très solide au départ. C’est un projet de qualité.

Antoine Schiffers : J’ai la chance d’avoir obtenu la confiance de Nathalie. C’est un plus et je n’ai jamais connu ça dans mon travail. C’est cool de se sentir valorisé et considéré.

Nathalie Van Campenhoudt : Je suis un peu Katerina, Antoine est un peu Malik. A priori on ne devait pas se rencontrer. Mais notre rencontre est un choix de cœur.

« Dès le départ, il y avait une évidence. »

Au sein du jury du Prix Raymond Leblanc, étiez-vous d’accord sur ce projet ?

Nathalie Van Campenhoudt : En fait, il y a eu une unanimité sur ce projet.

On reçoit environ 200 projets par an. Chaque membre du jury choisit une vingtaine de projets qui sortent du lot et qui pourraient potentiellement être lauréats du Prix.

Lors de la première étape de la délibération, chacun sort ses projets. Souvent, ce sont les mêmes projets qui sont sélectionnés par plusieurs membres du jury. Le projet d’Antoine avait été choisi par tous les jurés. Dès le départ, il y avait une évidence. C’était comme un signe.

Est-ce que ça se passe souvent ainsi ?

Nathalie Van Campenhoudt : Il y a souvent des projets qui ressortent. Mais avoir une unanimité aussi forte, je n’en ai pas le souvenir. L’année où Antoine a gagné, j’étais particulièrement attentive et impliquée, comme toujours, mais c’était l’année de Casterman (en 2023).

J’aurais pu avoir la crainte que le projet qui ressorte ne me parle pas. Ou qu’il ne fonctionne pas par rapport à la ligne éditoriale de Casterman.

Quels sont les autres projets que tu as suivis ?

Nathalie Van Campenhoudt : Celui de Julia Raynaud. Pour Aude Mermilliod, j’avais suivi le projet avant qu’elle ne participe au concours. Mais je n’étais pas encore membre du jury. Je travaillais à l’époque chez Le Lombard. Donc, finalement, j’ai suivi trois dossiers.

Le Bel Alex - Julia Reynauld - Casterman

Nathalie, est-ce que vous travaillez différemment avec les auteurs selon qu’ils soient débutants ou confirmés ?

Nathalie Van Campenhoudt : Je ne travaille pas forcément différemment, mais mon principe est de m’adapter à chaque auteur. Peu importe où il en est dans sa carrière et peu importe son expérience. Je m’adapte à leur façon de travailler.

Puis cela se fait au feeling en fonction des échanges, des dialogues. Je dis toujours aux auteurs de me dire quelles sont leurs attentes. Certains auteurs peuvent ne pas avoir envie de beaucoup de retours et d’implication. Il y en a peu, mais je fais en fonction d’eux. Cela n’a rien à voir avec l’expérience. On sait très bien que le talent n’attend pas le nombre des années.

« L’éditeur choisit de travailler avec l’auteur. Mais l’auteur aussi doit choisir s’il veut travailler avec un éditeur. »

Que vous apporte le Prix Raymond Leblanc en tant qu’éditrice ?

Nathalie Van Campenhoudt : Ce que j’attends du Prix Leblanc, c’est de pouvoir travailler avec des auteurs sur plusieurs titres au sein de la maison Casterman. Je trouverais dommage de d’investir autant d’énergie et de travail d’équipe pour une première sortie et que cela s’arrête. Cela ne veut pas dire qu’on embraye d’office, mais j’encourage, une fois le premier album terminé, l’auteur à me dire s’il veut raconter autre chose et s’il veut continuer avec nous.

L’éditeur choisit de travailler avec l’auteur. Mais l’auteur aussi doit choisir s’il veut travailler avec un éditeur. Ou pas, si cela ne s’est pas bien passé.

Antoine Schiffers : J’ai du mal à penser autrement, mais c’est idéal comme relation.

Nathalie Van Campenhoudt : Il se peut aussi que le projet suivant soit tellement différent du premier. Ce qui fait qu’une autre maison d’édition soit plus adaptée à la ligne éditoriale. Mais il est vrai que chez Casterman, nous avons une politique de fidélisation de nos auteurs et surtout nous voulons les faire grandir.

Donc même s’il s’agit d’un concours et de jeunes talents, j’espère les accompagner. Quand j’ai l’accord de ma direction, je suis libre de travailler avec eux, comme je veux.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

Nathalie, pouvez-vous nous dire combien de projets vous suivez en même temps ?

Nathalie Van Campenhoudt : J’ai en moyenne deux à trois sorties par mois, ce qui est beaucoup. Ce qui me fait un total de 15 à 20 projets à suivre par an. Comme certains projets prennent deux à trois ans, je peux travailler sur 35 à 40 albums en même temps. Parfois avec plusieurs auteurs sur un même album.

Notre métier implique d’être fragmenté, puisqu’on travaille sur des bouts de projets à des moments différents.  Je n’ai donc pas de journée type. Dans une seule journée, je peux travailler sur cinq ou six projets à des stades d’avancement différents. Cela demande de toujours savoir où on en est. Donc le planning des sorties est la base de notre travail, afin d’organiser nos priorités.

Votre collaboration avec les auteurs s’arrête-t-elle une fois le scénario et le dessin terminés ?

Nathalie Van Campenhoudt : Une fois l’album sorti, je délègue aux équipes de la presse, du marketing, de l’événementiel, toute une série de tâches. Ce qui ne m’empêche pas de donner des conseils aux auteurs qui reviennent vers moi. L’éditrice reste la personne de confiance et de référence, la première personne qui accueille les auteurs dans la maison.

J’ai la chance de travailler avec une assistante éditoriale qui est là pour m’aider dans certaines tâches. J’adore aussi travailler sur la fabrication des livres avec l’équipe fabrication production et le directeur artistique, afin d’arriver à un objet adéquat.

Antoine, expliquez-nous comment vous avez travaillé sur cet album ?

Antoine Schiffers : Je ne travaille plus que sur ordinateur, c’est trop difficile en traditionnel. J’utilise un gabarit avec l’espace nécessaire et les bords de page. Dans cet espace, j’ai gardé la division en deux. Ce qui est stressant, c’est de savoir que cet album sera lu, tout doit donc être irréprochable.

Quand il y a besoin, je travaille d’après des photos. Les personnages sont simples mais le décor est important, il raconte lui aussi une histoire.

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman

Nathalie Van Campenhoudt : Antoine a choisi de faire quelque chose de simple, mais qui sort de l’ordinaire, ce qui correspond à la ligne de Casterman. Cette histoire a un côté épuré.

Parfois on retrouve les attitudes d’un auteur dans celle de ses personnages et dans le dessin de l’album. Il y a toujours quelque chose qui transparaît.

Antoine, vous définissez-vous maintenant comme un auteur de bande dessinée avec la sortie de ce premier album ?

Antoine Schiffers : Ce sera le cas quand l’album sera sorti. Jusqu’à présent, je me voyais comme un dessinateur. C’est l’essence même de mon travail. J’ai choisi la bande dessinée, c’est la manière la plus logique, pour moi, de dessiner pour raconter.

Nathalie VAn Campenhoudt et Antoine Schiffers Bruxelles 2024 crédit Damien Canteau

  • La chronique de l’album à retrouver ici : Katya
Merci Antoine Schiffers et Nathalie Van Campenhoudt pour ce moment que vous nous avez accordé à l’occasion du Salon du Livre de Bruxelles 2024.
Article posté le dimanche 02 mars 2025 par Claire et Damien

Katya La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - Casterman
  • Katya, La Guerre. Partout. Toujours.
  • Auteur : Antoine Schiffers
  • Éditeur : Casterman
  • Prix : 25,00 €
  • Parution : 12 mars 2025
  • Nombre de pages : 144
  • ISBN : 9782203284241

Résumé de l’éditeur

Un récit universel sur la Guerre qui touche notre humanité en plein cœur. La Guerre, ce sont des millions d’enfants, de femmes, d’hommes qui ont disparu et continuent de disparaître dans des conditions plus atroces les unes que les autres. La Guerre n’épargne personne. Il semble que sur les décombres d’une guerre, une autre prenne toujours naissance. Car la Guerre est une construction humaine, une machination que l’on entretient, volontairement ou non. À travers le voyage de Katerina, partie à la recherche sa fille Katya, ce récit met l’accent sur ces femmes, toujours discrètes, qui semblent faire partie du décor. L’histoire de ces mères à qui l’ont fait tout subir sans leur poser de questions, celles qui élèvent des fils qui mourront peut-être un jour pour leur pays, ces femmes courageuses à qui l’on donne rarement la voix. Antoine Schiffers n’a pas la prétention de la leur donner, mais il voudrait au moins parler un peu d’elles.

À propos de l'auteur de cet article

Claire et Damien

Des rencontres et des interviews d'autrices et d'auteurs menées par Claire Karius et Damien Canteau

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