La vis

Après le formidable recueil Les fleurs rouges, les éditions Cornélius poursuivent leur excellent travail de mémoire autour de l’œuvre de Yoshiharu Tsuge avec le deuxième volume de son anthologie, intitulé La vis.

Moins accessible et moins grand public que L’homme sans talent (Atrabile), La vis est encore un petite pépite patrimoniale proposée par Cornélius.

Sept histoire composent ce deuxième volume de l’anthologie de Yoshiharu Tsuge. Elles courent sur les années allant de 1968 à 1972

L’année qui a vu le printemps français s’agiter est une date charnière dans le manga pour adultes. C’est dans la revue Goro dont Tsuge était un des piliers qu’est publié le récit Neji-shiki (La vis) de cet auteur. Cela bouscule tout ce que l’on connaissait en manga. Cette histoire ne ressemblait en rien de ce qui se produisait à l’époque, ouvrant de nouvelles perspectives narratives, plus adultes. C’est La vis qui débute ce nouveau recueil, ce symbole si fort.

Alors que le précédent volume, Les fleurs rouges était déjà superbe et original, La vis est complètement différent, voire très radical, dans les propos et dans les dessins. A la fois onirique et surréaliste, il déconcerte par ses thématiques. Les femmes sont bousculées par des hommes qui les avilissent et les dominent. Le sexe est simple et crû. Tsuge fait ainsi voler les tabous pour mieux les dénoncer.

La partie graphique est forte, elle aussi. Les graphismes varient selon les courts récits. Parfois, le lecteur croise des phylactères sans rien à l’intérieur. Ce n’est pas un oubli du traducteur, mais un vrai parti-pris de l’auteur. Tsuge manie avec maestria le noir et le blanc. Parfois sombres, parfois lumineuses, ses planches sont sublimes.

Article posté le jeudi 10 octobre 2019 par Damien Canteau

La vis de Yoshiharu Tsuge (Cornélius)
  • La vis, Œuvres 1968-1972
  • Auteur : Yoshiharu Tsuge
  • Editeur : Cornélius, collection Pierre
  • Prix : 23.50€
  • Parution : 12 septembre 2019
  • ISBN : 9782360811663

Résumé de l’éditeur : Au début des années 1960, Yoshiharu Tsuge entame sa collaboration avec la mythique revue Garo, qui donne aux auteurs la possibilité d’expérimenter de nouvelles ap- proches dans un contexte éditorial peu enclin à l’ouverture. Tsuge trouve dans cet endroit la possibilité de se révéler et développe des bandes dessinées d’un genre nouveau où autobiographie et fiction s’entremêlent pour faire surgir une forme d’authenticité inédite – cette approche avant-gardiste sera appelée watakushi manga, « la bande dessinée du moi » et inspirera toute une génération. Après Les fleurs rouges, qui s’intéressait aux années charnières de la carrière de Tsuge, ce second volume prolonge cette exploration en permettant de découvrir un auteur en pleine mutation.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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