Les fleurs rouges

Après L’homme sans talent chez Atrabile, les éditions Cornélius débutent leur publication en français de l’œuvre de Yoshiharu Tsuge avec Les fleurs rouges, un premier recueil d’histoires courtes entre réalisme social et dureté de la vie. Fascinant !

Les fleurs rouges : 12 récits captivants

Comme nous vous l’avions déjà présenté il y a quelques temps, Yoshiharu Tsuge est un mangaka important au Japon. Précurseur de la bande dessinée autobiographique « watakushi manga » (BD de moi), ce maître du 9e art a eu les honneurs d’une réédition de son magistral L’homme sans talent chez Atrabile. Ce travail mémoriel est poursuivi aujourd’hui par les éditions Cornélius qui ont décidé de le mettre en lumière à travers 7 anthologies. Il sera aussi à l’honneur à travers une grande rétrospective lors du futur festival d’Angoulême, en janvier 2020.

Pour ce premier volume, les lecteurs peuvent découvrir 12 récits courts publiés à l’origine entre 1967 et 1968 dans la revue Garo accueillant des histoires gekiga (mangas pour adultes dans une veine réaliste et sociale). Comme le souligne Léopold Dahan dans la postface, Yoshiharu Tsuge fut obligé de prendre de la distance après les succès de ses précédentes histoires, et ce pendant plus d’un an. Ainsi, Veillée funèbre – le premier récit de ce recueil – marque le retour du mangaka à la création.

De Veillée funèbre à La cabane de neige de Monsieur Ben

Il faut le dire tout de suite : Les fleurs rouges est formidable ! Cette première anthologie nous ébloui, nous charme, nous bouleverse et nous fait réfléchir comme rarement lorsque l’on lit un manga ou une bande dessinée. Par L’homme sans talent, nous avions découvert Yoshiharu Tsuge et nous constatons encore une fois sa grande force narrative avec ce premier opus.

Tour à tour, le maître mangaka nous fait sourire, nous émeut et nous questionne par ses 12 magistrales histoires. De Veillée funèbre à La cabane de neige de Monsieur Ben, en passant par L’auberge de Chôhachi, Le chien du col ou La famille de monsieur Lee, tout est étonnant dans les histoires de cet auteur né en 1937 à Tokyo.

Ode aux exclus de la société

Ainsi, Yoshiharu Tsuge nous plonge dans des moments tantôt surréalistes ou tantôt cruels. Il met en lumière les exclus de la société, ceux qui vivent à la marge, dans les campagnes, loin de ces villes qui font leur révolution. Souvent, ces personnes manquent de tout : d’attention, de nourriture et de bonheur. La vie semble rude sous les pinceaux du mangaka. Il y a là la mort, le deuil, l’absence et la tristesse dans Les fleurs rouges. Des sentiments bruts mais pourtant appréciables à la lecture.

Ces femmes et ces hommes sont traités d’asociaux et même les animaux semblent l’être comme La salamandre. Il y a souvent de la solitude dans leurs vies. D’ailleurs si elle semble absurde parfois, il y a néanmoins de la bonté et de l’entraide dans leurs existences (hormis Plein soleil).

Ce sont des tranches de vie qui se déroulent sous nos yeux. Le lecteur ne connait pas le passé des protagonistes et il n’y a pas de fin; pourtant cela ne gène en rien la lecture. Ces moments sont donc hors temps, comme suspendus.

Il y a de l’authenticité, de la justesse et un grand sens de l’observation chez Yoshiharu Tsuge. Il nous captive par des petits riens qui forment un grand tout. La campagne avec ces traditions peut rebuter, mais il faut aller au-delà pour goûter tout le sel de ces mini-récits étourdissants. Ils sont aussi parfois emplis de nostalgie et de poésie.

Les fleurs rouges : indispensable recueil de Yoshiharu Tsuge ! Fort et beau !

Article posté le dimanche 02 juin 2019 par Damien Canteau

Les fleurs rouges, Œuvres 1967-1968 de Yoshiharu Tsuge (Cornélius)
  • Les fleurs rouges, Œuvres 1967-1968
  • Auteur : Yoshiharu Tsuge
  • Editeur : Cornélius, collection Pierre
  • Prix : 25.50€
  • Parution : février 2019
  • ISBN : 9782360811564

Résumé de l’éditeur : Cornélius complète l’effort des éditions Atrabile qui viennent de rééditer L’homme sans talent, pour constituer une édition intégrale et inédite de l’oeuvre de Yoshiharu Tsuge. – Yoshiharu Tsuge ayant refusé pendant près de vingt ans la traduction de son oeuvre, cette édition est un évènement attendu par les lecteurs depuis des années. – Le titre du livre reprend celui d’une histoire adaptée au cinéma en 1976 par Shôichirô Sasaki. – Yoshiharu Tsuge a été l’assistant de shigeru Mizuki dans les années 1970

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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