Le visiteur du Sud

Notre avis : Oh Yeong Jin, sud-coréen, se rend en Corée du Nord pour travailler. Il brosse le portrait de ce pays très fermé, ses relations aux habitants et au régime dans Le visiteur du Sud, un excellent album très drôle édité par Flblb.

Employé dans le secteur de l’énergie, Oh Kong-sik est envoyé en Corée du Nord par sa société pour travailler en tant qu’ouvrier dans une centrale électrique. Si les deux pays sont les pires ennemis du monde, quelques entreprises tentent de jeter des ponts entre eux.

Le futur dessinateur est élevé dans le culte de la détestation des nord-coréens mais la réciproque est vraie pour ses hôtes, dénigrant avec force ces « chiens de capitalistes », ces coréens-américains. C’est avec ce bagage préformaté qu’il se rend donc à Shinpo sur son lieu de mission.

Le trajet est déjà une aventure en soi : les douanes, Air Koryo et ses avions datés peu sûrs, les repas offerts, les aéroports quasi fantômes, le petit coucou pour relier la ville moyenne et le car qui roule lentement sur des routes défoncées.

Sur place, il doit composer avec Chef Oh Dongcheul, pas très vaillant ni regardant sur la production des briques qui seront utiles à la construction. Si le sud-coréen tente des approches, ses questions très personnelles déstabilisent son interlocuteur qui ne doit jamais trop parler de lui…

Initialement publiés en 2008 et 2009, les deux albums du Visiteur du Sud sont compilés en un seul volume (cette intégrale fut déjà éditée en 2011). Lauréat du prix Asie-ACBD en 2008 (premier tome), ce beau carnet de voyage est construit comme une fresque qui raconterait toutes les différences entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, mais aussi les difficultés à s’entendre et à se comprendre.

Avec un œil aiguisé et un humour cynique (il y a aussi énormément d’auto-dérision), Oh Yeong Jin dépeint la fracture entre le nord et le sud. Pourtant, il ne se pose pas en donneur de leçons, tout n’est pas manichéen (les gentils du sud et les méchants du nord) parce que les Hommes restent des Hommes, seul le régime et ses dignitaires sont à dénoncer.

Avec de nombreux textes écrits, il montre les réelles différences, les incompréhensions et les non-dits qui plombent une future réconciliation voire une réunification comme les deux Allemagne en 1989. L’auteur qui n’est pas dessinateur de métier est donc un observateur affûté de ces fractures.

Avant lui, seul Guy Delisle avait dépeint ce pays au régime dictatorial communiste délirant dans Pyongyang (L’Association, 2003) mais depuis, quelques albums ont vu le jour : La faute une vie en Corée du Nord de Michaël Sztanke et Alexis Chabert (Delcourt, 2014), Le voyage de Phoenix de Jung (Soleil, 2015) et plus récemment L’anniversaire de Kim Jong-Il de Aurélien Ducoudray et Mélanie Allag (Delcourt, 2016). Malgré les rares images (très contrôlées par l’Etat), les mises en scènes fastueuses, la passation de pouvoir après la mort du Cher Leader, les exactions, la famine, les tensions militaires ou les essais nucléaires, il est toujours aussi compliqué d’avoir de vraies informations sur ce pays si fermé. Le visiteur du sud est donc une bonne occasion d’apprendre et de comprendre ce pays si atypique.

Article posté le samedi 24 juin 2017 par Damien Canteau

Le visiteur du Sud de Oh Yeong Jin (Flblb) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Le visiteur du Sud
  • Auteur : Oh Yeong Jin
  • Editeur : Flblb
  • Prix : 25€
  • Parution : 1er juin 2017
  • ISBN : 9782357611290

Résumé de l’éditeur : Monsieur Oh, technicien de la Compagnie sud-coréenne d’électricité, est envoyé en Corée du Nord dans le cadre d’accords de coopération. Sur place, le manque de moyens et l’organisation rigide de la vie quotidienne compliquent le travail. Dans les discussions, les questions politiques sont abordées, souvent avec humour, mais les contradictions surgissent car rien ne peut remettre en cause l’idéologie d’État.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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