Monsieur le Commandant

Après Seul le silence ou Les déracinés, les éditions Philéas nous proposent une nouvelle adaptation. Avec Monsieur le Commandant, c’est au tour de Romain Slocombe de se voir adapté graphiquement grâce à Xavier Bétaucourt au scénario et Etienne Oburie au dessin. Une plongée dans les heures sombre de notre Histoire.

Une lettre

Monsieur le “Commandant”, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps… Non Monsieur le Commandant ne va pas vous parler de la lettre d’un déserteur. Mais cet album épistolaire va vous décrire le chemin parcouru par un homme, peut-on d’ailleurs le qualifier comme tel, avant de dénoncer sa belle-fille. 

Que peut-il lui reprocher ? Absolument rien puisque Paul-Jean Husson est littéralement fou d’Ilse. Cette belle jeune femme, mariée à son fils est juive. J’ai oublié de préciser que cette histoire se déroule pendant la Seconde guerre mondiale et que l’Académicien, oui monsieur est un fin lettré, fait partie du cercle des amis du Maréchal Pétain, dans cette tendance maurrassienne, politiquement correcte à l’époque.

Un roman

Le romancier Romain Slocombe est particulièrement doué pour nous dépeindre, dans son œuvre, des personnages foncièrement odieux, qu’on adore haïr. En sept lettres, des “salauds” ! Mais pour ceux-ci, en matière de dénonciation, une seule lettre suffit. Surtout quand elle est adressée à la personne idoine, en l’occurrence le Sturmbannfürer. Et là, pas besoin de lettre anonyme entre gens qui se connaissent et se fréquentent.

Une adaptation

Avec cet album adapté du roman éponyme de Romain Slocombe, Xavier Bétaucourt et Etienne Oburie ont parfaitement su resituer et restituer le récit dans les sombres heures de la collaboration. Le roman épistolaire fait place à une histoire alternant événements passés et rédaction du courrier. La tension est présente à toutes les pages puisque, dès le départ, on ne peut occulter la fin. 

Monsieur le commandant - Nouvelle édition

Une réussite

Les dessins sont sobres, sans fioritures et préfigurent parfaitement bien le caractère, on ne peut plus carré, de cet homme prêt à faire prévaloir ses idées et son idéologies sur un sentiment auquel il n’était pas habitué.

Quant à la colorisation, elle est parfaitement terrifiante et souligne certaines scènes pour les rendre encore plus inhumaines.

Une mention particulière au personnage de l’Inspecteur Principal adjoint Sadorski, Léon de son prénom. Un autre infâme que l’on peut retrouver dans d’autres romans de Romain Slocombe et qui fait, dans cet album, une apparition. En effet, étant à la tête d’un groupe crée pour « taper du Juif », celui-ci est à la recherche d’Ilse.

Un album qui ne peut que faire ressentir l’horreur vécue et provoquée par certaines personnes, pendant cette période sombre de notre Histoire.

Article posté le vendredi 04 février 2022 par Claire Karius

Monsieur le Commandant de Xavier Bétaucourt et Etienne Oburie adapté de Romain Slocombe chez Philéas
  • Monsieur le Commandant
  • Scénariste : Xavier Bétaucourt
  • Dessinateur : Etienne Oburie
  • Adapté de : Romain Slocombe
  • Editeurs : Philéas
  • Prix : 17,90 €
  • Parution : 27 janvier 2022
  • ISBN : 9782491467128

Résumé de l’éditeur : Paul-Jean Husson est un écrivain bien né, grand bourgeois, éduqué, instruit, héros de la Première Guerre mondiale (il a même perdu un bras au front), auteur de livres loués par la critique et prisés du public, assez habile pour siéger à la fois à l’Académie française et à l’Académie Goncourt. Son fils lui présente celle qui deviendra sa femme, Ilse : une jeune actrice de cinéma Allemande connue dans son pays sous le nom d’Elsie Berger. Lorsque la guerre éclate, le fils Husson part pour Londres, laissant sa femme au côté de son père. Paul-Jean Husson en tombe éperdument amoureux, mais découvre rapidement que sa belle-fille est juive. Partagé entre son antisémitisme viscéral et cet amour interdit, Husson entreprend alors une invraisemblable virée en compagnie de celle qu’il ne cesse de désirer, à travers la France de l’exode. Pétainiste convaincu, Paul-Jean Husson se livre à travers une lettre de délation qu’il adresse à « Monsieur le Commandant » et démontre que la part la plus vile de l’âme humaine ne trouve de meilleure place où se révéler que dans le genre épistolaire. Terrifiant ! Dès les premières lignes, nous savons de quoi il est question. Les talents combinés du trio d’auteurs tiennent en haleine le lecteur sonné qui redoute une issue dont il a pourtant deviné qu’elle était fatale. Suivez les dérives, de 1932 à 1942, plus sentimentales qu’idéologiques d’un homme qui était tout sauf un sot.

À propos de l'auteur de cet article

Claire Karius

Passionnée d'Histoire, Claire affectionne tout particulièrement les bulles qui abordent ces thèmes, mais pas seulement. Elle aime les lectures humaines et intimes qui savent l'émouvoir et lui donnent espoir en la vie. Elle partage sa passion sur sa page Instagram @fillefan2bd.

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